lundi 13 juillet 2009

Voir,entendre,sentir,goûter,toucher,ce n'est pas tout,notre esprit apporte des images qui vont nous permettre d'accéder au monde réel qui nous cerne

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qui nous cerne : qui nous " assiège ", qui nous " bloque " , qui nous " investisse ", qui nous " environne " ( première partie) .

A l'instant où un objet extérieur, tout ce qui nous entoure, " impressionne " nos sens, notre esprit ajoute, de sa propre initiative, aux sensations éprouvées, un certain nombre d'images, de représentations ; ces souvenirs qui complètent la connaissance de l'objet extérieur et présent, ne restent point inertes et immobiles en présence des sensations, comme deux corps qui n'auraient aucune affinité chimique ( action physique responsable de la combinaison des corps [ de la matière] entre eux) l'un pour l'autre . C'est plus qu'une juxtaposition ( accolement ; juxtaposer, c'est mettre plusieurs choses l'une contre l'autre sans les relier, sans créer des liens entre elles ) .

Il se forme en réalité une combinaison ( association intime ; l'action mutuelle de deux ou plusieurs corps qui s'unissent pour former un nouveau corps distinct , exemple : l'interaction de deux volumes d'hydrogène et d'un volume d'oxygène donne de l'eau) , le rapprochement des sensations acquises provenant de l'extérieur, avec les images antérieures inscrites quelque part dans le cerveau , et quoique ces deux éléments proviennent de sources différentes, puisque l'un est sensoriel et l'autre idéal [conceptuel] , ils se réunissent pour former un seul tout .

Ce qui le prouve, c'est que, toutes les fois qu'on modifie le groupe des sensations, il s'ensuit une modification correspondante dans le groupe des images ;

- si avec un prisme on dévie (on écarte de la direction normale) la sensation, l'image se dévie ( se déforme également) ;
- si avec une lorgnette ( petite lunette d'approche portative) on agrandit la sensation, l'image s'agrandit ;
- si avec un miroir plan on répète la sensation ( par réflexion) et on la rend symétrique, l'image se réfléchit et devient inverse dans le plan de ce miroir . Ce retentissement (cette conséquence) sur l'image est un phénomène qui se passe ( se produit) tous les jours, à toute heure, à tout instant, dans nos perceptions sensorielles, c'est-à-dire tout près de nous, en nous .
Si nous ne le remarquons pas ( si cela n'apparaît pas à notre conscience, à notre esprit) , c'est qu'il est trop délicat, trop petit .. Pour le rendre plus apparent, il faut recourir à l'illusion qui le grossit, qui l'amplifie .

Nous appellerons " percept " ( ce qui est perçu, l'objet de la perception, face objective de la sensation) , c'est-à-dire les images de l'objet extérieur définitivement acquises et liées à la sensation excitatrice .

Il nous reste à étudier le lien qui unit la sensation à l'image .

Les expériences précédentes en ont prouvé l'existence, sans en faire connaître la nature .

On peut considérer la perception externe comme une opération de synthèse, puisqu'elle a pour résultat d'unir à des données fournies actuellement par les sens, des données fournies par des expériences précédentes . La perception est une combinaison ( un assemblage d'éléments dans un arrangement déterminé) du présent avec le passé .

Percevoir un corps qui se trouve actuellement dans le champ de la vision ( espace limité dans lequel la vue peut s'exercer) , lui reconnaître telle forme, telle grandeur, telle position dans l'espace, telles qualités, etc : c'est-à-dire les sensations optiques de l'œil, et celles des autres sens - et des éléments passés - c'est-à-dire une foule d'images ; c'est faire de ces éléments dépareillés un seul corps . C'est là un phénomène qui échappe complètement à la conscience ; à ne consulter que ce témoin, l'opération de percevoir un objet paraît être un acte facile et naturel qui n'exige de notre part aucun effort de réflexion ; en réalité c'est là une illusion . L'expérience et le raisonnement nous prouvent que dans toute perception il y a travail .

Mais la quantité de travail n'est pas constante ; il est clair qu'elle varie souvent les circonstances . On aurait tord de croire que la perception constitue une espèce unique ; c'est une forme d'activité dont la nature est très variable, car elle confine ( forcer à rester dans un espace limité) par une de ses extrêmes limites au raisonnement conscient, formé de trois propositions verbales, et, par l'autre bout, , elle se confond avec les actes les plus élémentaires et les plus automatiques, les réflexes par exemple . La quantité de travail que la perception consomme croît dans la série ascendante, et devient même très sensible, quand on approche des raisonnements dans lesquels intervient une part manifeste de réflexion et de comparaison ; à l'inverse le travail décroît quand on descend vers les actes réflexes ( réactions spontanées et rapides où n'intervient pas le jugement, à une situation nouvelle) , sans devenir, toutefois, complètement nul .

Il est donc important de donner quelques exemples des diverses espèces de perceptions .

" Tout d'abord, avant toute chose, disait James Sully, [ Illusions des sens et de l'esprit, 1883 ] , décrivant les degrés de la perception visuelle, vient la construction d'un objet matériel, d'une forme et d'une grandeur particulière, à une distance caractéristique, c'est-à-dire la reconnaissance d'une chose tangible (concrète) , ayant certaines propriétés d'espace simples, et étant dans un certain rapport avec d'autres objets, et plus particulièrement avec notre propre corps . C'est là la simple perception d'un objet, qui a toujours lieu, même lorsqu'il s'agit d'objets parfaitement nouveaux, pourvu qu'on ne les voie d'une façon assez distincte .
Cette partie de l'action de combinaison, qui est la plus instantanée, la plus automatique et la plus inconsciente, peut être considérée comme répondant aux rapports d'expérience les plus constants, et par conséquent les plus profonds .

La deuxième étape de cette action de construction présentative est la reconnaissance d'un objet comme faisant partie d'une classe particulière, par exemple celle des fraises, ayant certaines qualités spéciales, comme tel ou tel goût .
Dans cette phase, les rapports d'expérience sont moins profondément organisés, de sorte que nous pouvons, dans une certaine mesure, par la réflexion, y reconnaître une sorte de mise en œuvre intellectuelle des matériaux que nous fournit le passé .

Une phase encore moins automatique dans l'action de reconnaissance visuelle est l'acte de reconnaître les objets particuliers ; par exemple, l'abbaye de Westminster, ou notre ami John Smith .

La somme d'expériences qui est reproduite ici peut être très considérable, comme lorsqu'il s'agit de reconnaître une personne avec laquelle nous sommes depuis longtemps intimes ...

Arrivés à ces dernières phases de la perception nous touchons à la commune limite de la perception et de l'inférence ( acte d'inférer, c'est-à-dire de tirer d'un fait, ou d'une proposition donnés, la conséquence qui en résulte) .

Reconnaître un objet comme appartenant à une classe, c'est souvent affaire de réflexion consciente et de jugement, alors même que cette classe est constituée par des qualités matérielles de première évidence, et qui peuvent être considérées comme immédiatement saisies par les sens .
A plus forte raison la perception devient-elle inférence quand la classe est constituée par des qualités moins faciles à saisir, qui exigent, pour être reconnues, une longue et laborieuse suite de souvenirs, de distinctions et de comparaisons ...

Dire où il faut tracer ici la ligne de démarcation entre la perception et l'observation d'une part, et l'inférence de l'autre, est évidemment impossible "

Nous pouvons ajouter que la perception, dans les phases les plus élevées de son développement, prend un caractère particulier . Dans la perception rudimentaire, l'esprit infère simplement des sensations qu'il reçoit par l'un de ses organes [par exemple l'œil] que l'objet a encore d'autres propriétés que les autres sens percevraient, si c'était nécessaire et si nous le désirions ; ainsi lorsque nous regardons à l'intérieur d'un four métallurgique, la poche d'acier liquide, la couleur rouge réveille en nous [si nous l'avons déjà vu, observé ] l'idée de chaleur, que nous pourrions éprouver directement en approchant notre main .
Une telle perception se réduit à une suppléance ( suppléer, c'est ajouter en vue de remplacer ce qui manque, combler un vide, remédier à une insuffisance) du toucher par la vue .

Mais dans les perceptions plus complexes qui tiennent du raisonnement proprement dit, il en est tout autrement ; lorsque nous reconnaissons à l'inspection d'une simple feuille qu'un arbre est un chêne, un érable, un marronnier, lorsque nous découvrons, sur le terreau d'un sentier forestier, une empreinte d'un sanglier, sur la branche d'un arbre, un nid d'oiseau, la sensation que notre œil reçoit évoque l'image d'objets dont nous ne pouvons pas faire immédiatement l'expérience .
Cependant ce sont toujours des opérations du même genre, des suggestions d'images par une sensation actuelle, et il n'y a pas de raison de croire que le mécanisme de cette suggestion soit différent dans les deux cas .

Pour reprendre en quelque sorte, résumer les faits qui précèdent, nous pouvons réduire tous les actes de perception a deux types : la reconnaissance spécifique et la reconnaissance individuelle . Il serait intéressant de savoir si une perception individuelle commence par être générique (qui appartient au genre : opposé à spécifique) , et n'arrive que par degrés, par une progression régulière, à son développement complet .

Nous poursuivrons cette analyse dans une prochaine étape de notre blog Savoirs et Réflexions . ( voir la deuxième partie) .

Bien à vous, cordialement, Gerboise .

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