lundi 5 mars 2012

Alors, vous allez enfin vous décider ! prendre une décision ! Allons , Doudoue, tu avances ! tu te décides, viens, c'est facile , tu agis ! : tu mets "simplement" un pied devant l'autre ! Prémices à la lecture du livre de Alain Berthoz : La décision .


 Photographie prise par Gerboise dans un verger de l'Ile de France .

Enfin, elles [ces fleurs,ces feuilles] se décident (provisoirement !) à sortir de leur léthargie ... Un renouveau survient, un air printanier plein de promesses " prend la résolution ! " de régner sur la nature des "choses de la vie " , se met en tête de s'installer pour un instant, qui sait, peut-être pour plus longtemps . En attendant, c'est une chose merveilleuse dont il faut profiter le plus possible !

 Avant de présenter, dans un prochain billet, le livre passionnant et très formateur pour notre intelligence des choses de l'esprit et en particulier pour cultiver notre réflexion : La décision , de Alain Berthoz, publié en 2003 aux Éditions Odile Jacob ,dans lequel il s'agit de comprendre [les mécanismes neuronaux], comment le cerveau prend une décision? Il était peut-être nécessaire, avant de réfléchir aux apports de l'auteur afin de les commenter, de définir certains termes dans un autre contexte de nature différente, celui des mots : comment exprime-t-on ces actes grâce aux subtilités du langage ?

Première partie

DÉCIDER , RÉSOUDRE

Fixer l'esprit , faire qu'il ne continue pas à être en suspens , en attente , irrésolu , indécis ; faire qu'il prenne un parti , qu'il s'engage dans l'action .

" La décision est un acte de l'esprit , et suppose l'examen (observation, recherche, discussion réfléchie; considération attentive d'une chose dans tous ses détails) .
La résolution est un acte de la volonté , et suppose la délibération  " (action d'examiner le pour et le contre avec d'autres avant de prendre parti) . Girard

L' indécis ne sait à quoi se décider ; il est aussi lent à avoir un sentiment que l'homme décidé est leste à s'en former un .
L' irrésolu ne sait à quoi se résoudre ; il est aussi lent à prendre un parti que l'homme résolu est leste à le faire .

Décider se rapporte proprement  à l'intelligence , et résoudre à la volonté .
On décide après examen , on résout après délibération .

La décision fait prendre parti relativement au vrai , et la résolution relativement au bien : l'une est un jugement , l'autre quelque chose d'arrêté . ; l'une doit être juste , l'autre ferme .
Quand une chose a été décidée , on sait ce qu'on doit croire ; quand une chose a été résolue , on sait ce qu'il y a à faire .
Vous dites, les décisions des conciles de l’Église, et les résolutions d'un conseil des ministres : les premières demandent à être tenues pour article de foi, les dernières à être exécutées .

Toutefois résoudre peut aussi avoir le sens particulier de décider, savoir celui de déterminer la croyance, de faire cesser le doute ou l'incertitude : résoudre une question, décider une question .
Mais on décide soudain, sans tâtonnement, avec assurance ; au lieu qu'on ne parvient à résoudre qu'à force de travail et de recherche .

Décider, du latin de et coedere, couper, trancher, c'est mettre fin à l'hésitation de l'esprit tout d'un coup, en tranchant la question .
Certaines personnalités responsables de groupes humains, créatures prétentieuses, infatuées de leur personnes , se ventent à toute occasion de savoir naturellement toutes choses : elles veulent toujours avoir raison, quoiqu'elles décident des questions desquelles elles n'ont aucune connaissance .

Résoudre , de resolvere,  déployer, délier, dénouer, expliquer, signifie défaire le nœud de la difficulté, en décomposer toutes les parties pour les bien connaître .

Décider convient en parlant de questions sur lesquelles on ne veut que savoir ce qu'on doit penser .
Mais on résout les questions difficiles, obscures, embarrassantes, tout ce sur quoi on veut s'éclaircir, tout ce dont on veut se rendre compte, les problèmes, les objections, les arguments captieux, les énigmes .
Après la réalisation de cette expérience, le chercheur pourra décider de la suite de ses recherches en vue de résoudre le problème .
La foi et l'autorité décident, et cela souverainement ou bien en invoquant des témoignages, des exemples, des traditions, des coutumes ; la science résout, et cela par l'analyse, la réflexion et le raisonnement .
Comme résoudre se prend bien dans le sens intellectuel ou spéculatif de  décider, de même à son tour, décider signifie quelquefois, ainsi que résoudre, amener à vouloir, porter à agir, à tenir une certaine conduite.


(à suivre dans un prochain billet)


A bientôt, cordialement vôtre, Gerboise ..



 

mardi 21 février 2012

Alzheimer,un redoutable fléau* sans fin qui, petit à petit ,sape** ce merveilleux instrument*** ,ce moyen prodigieux de nous transporter dans le temps passé:la mémoire .


* fléau : grand malheur public ou privé . Catastrophe, malheur inattendu, funeste à un individu ou à un peuple, insiste sur le bouleversement produit dans les âmes ou dans l'ordre des choses .
** saper : détruire les assises d'une construction pour la faire écrouler ; réduire à néant une chose, un être en l'attaquant dans ses structures, dans ses principes ; saper la personnalité d'un être humain , la désorganiser .
*** instrument que nous allons,dans une série de billets successifs qui vont suivre, définir et préciser en vue de comprendre tous les aléas qui peuvent survenir au cours de la vie de tout être humain .


Pourquoi la présence de cette image ci-dessus , prise à partir de la digue du Sillon, à Saint Malo, à la marée montante,par Gerboise ? Cette sérénité de la mer ! Que vient-elle apporter au message ci-dessous ? Quelles sont les raisons de sa présence ? Existe-t-il un sous-entendu exprimé , un non-dit dans l'apparence, la signification sous-jascente de cette vue ? Quelle réalité nous fait-elle entrevoir ?

Si vous désirez le savoir dés maintenant, rendez vous à la fin de ce billet .

 "   Vous devez commencer par perdre votre mémoire , ne serait-ce que par petits bouts, pour comprendre qu'elle est ce qui constitue votre vie . La vie sans la mémoire, ce n'est plus la vie ... Notre mémoire est notre cohérence, notre raison, nos sentiments, même nos actions .

Sans elle nous ne sommes rien "  (ou du moins, plus grand chose, à certains points de vue ; cependant, pour d'autres, en particulier ceux qui touchent aux émotions, dans un immense désert rationnel, de merveilleuses oasis de fraîcheur se manifestent et viennent illuminer les profondeurs de l'obscurité ambiante ) .

Luis BUNUEL [ né le 22-02-1900 à Calanda en Aragon, Espagne ; mort le 29-07-1983 à Mexico . Il a été un réalisateur et un scénariste important, naturalisé mexicain .Il avait étudié chez les Jésuites jusqu'à l'âge de 15 ans .

Le docteur Gustave LE BON (Psychologie des foules) avait qualifié l'inconscient ,où [peut-être?] se loge la  mémoire, de  " magasin   de structures mentales " . Cette mémoire, ces traces!, ne sont pas , comme le veut le sens commun, un " passé "  de l'esprit . Elles sont comme une masse de structures stables, mobiles, fluantes, se transformant au gré des événements . L'activité mentale consciente se nourrit sans cesse de cette réserve . La mémoire permet de prélever dans ces structures versatiles des schémas perceptifs ou idéels,mais également des " tensions " insoupçonnées et des prises de position .

Prodigieux, fascinant outil ,que cette mémoire ; surtout c'est un noble instrument digne d'être utilisé pour arriver à quelques fins, au propre comme au figuré; mais également un moyen de nous déplacer, nous transporter dans les temps écoulés . Ces représentations, ces images ne sont pas parfaites et à l'évidence fiables, fidèles . Il s'agit de reconstructions successives, d'expériences et de faits ancrés en fonction de la manière selon laquelle ils se sont engrangés, mais pas seulement, mais également  suivant les modalités selon lesquelles ils ont été réellement enfantés . Ces reconstructions se sont réalisées à partir d'un cerveau transformé par rapport à celui dans lequel s'étaient structurés les souvenirs .

Si elle n'est pas infaillible, notre mémoire n'en réalise pas moins une activité de premier ordre, un travail considérable . Quelquefois les détails d'une situation ancienne sont perdus, égarés (?) ; de temps en temps , il n'est même plus possible de nous remémorer certains éléments que nous recherchons alors que nous savons pertinemment par d'autres sources d'information que nous avions possédé cette connaissance . Il peut même se produire des situations où les choses entrevues ne s'étaient jamais réalisées .

Il sera nécessaire, en vue de pénétrer dans les arcanes de ce que nous nommons  la mémoire , de rappeler dans un prochain billet toutes les alternatives présentées par de nombreux auteurs et, particulièrement ceux que les Éditions Odile Jacob nous ont permis de lire dans leurs ouvrages publiés dans ses diverses collections, qui sont systématiquement d'une qualité scientifique exceptionnelle  .

La nuit est tombée tout doucement sur l'Océan [ sur la mémoire de ma femme], cette immensité parfois insondable, du moins difficile à saisir . Mais un rayon de lumière lunaire [le " Rayon Vert" de Jules Verne], petit à petit, est venu illuminer la surface des flots [ le renouveau de ses comportements] ; représentant un espoir qui vient de renaître peut-être, dans ce crépuscule ... 
C'est un nouveau paysage presque aussi merveilleux que celui admiré à l'aube, plein de clarté et de promesses, qui a surgi pas à pas, rognant un néant potentiel qui a été vaincu par la force d'un " aidant "  luttant pied à pied avec toute son affection, minute par minute, contre cette adversité  sournoise.
Oui, j'y crois, je le pense,l'esprit de ma " Doudoue " peu à peu éclairé par des sollicitations continues de toutes sortes, paroles, musiques classiques , airs rythmés des guinguettes et des marches militaires, images stimulantes de films à valeurs sentimentales comme ceux de Julia Roberts[, Notting Hill,Pretty Woman], ceux de Bourvil, Fernandel , ... exercices divers ... comme cette mer au crépuscule, va s'éloigner de ces brumes .Sa personnalité va, non point " renaître ", mais s'enrichir de nouvelles potentialités affectives, émotionnelles, "fabuleuses", jamais entrevues jusqu'à ce jour...

Cordialement vôtre, Gerboise .

samedi 28 janvier 2012

Nouvelle année,nouvelles interactions avec mes fidèles lecteurs : réflexions sur la mémoire et la maladie d'Alzheimer .


Le Soleil-Royal, vaisseau français à trois ponts du règne de Louis XIV , comme tous les bâtiments de son époque ( qui sont en partie oubliés à l'heure actuelle ), permettait de partir à l'aventure, enrichi de la mémoire de ces marins intrépides se souvenant des péripéties des campagnes antérieures , les intégrant pour aller de l'avant vers des mondes pleins d'imprévus et d'espérance . (Reproduction réalisée à partir d'un livre merveilleux, très instructif, que nous vous recommandons de lire :L'Histoire des bateaux de G. FOUILLE, Peintre de la Marine aux Éditions NATHAN, 1960 )




Non , Gerboise n'a pas " oublié "ses lecteurs assidus depuis des années , ni les nouveaux qui découvriraient le site " Savoirs et Réflexions " en cette nouvelle année . A tous, je présente mes voeux de bonheur et surtout de bonne santé, mais également d'enrichissement intellectuel et de maintien d'une activité fructueuse à tous les points de vue, surtout celle qui concerne le développement de votre esprit critique et celle qui permet d'être toujours capable de "jauger" les informations qui viennent frapper nos sens de toute part . Avec la santé, cette activité est à l'heure actuelle un des biens parmi les plus précieux que nous devons accaparer, vous, puis, de plus, en faire profiter les autres.

Que m'est-il arrivé pour disparaître ainsi
:

Pour ne plus , chaque matin, vous faire part du thème de réflexion formateur [en vue d'essayer de développer en vous un esprit critique acéré ] qui m'est venu à l'esprit, ainsi que des réflexions concernant les informations, surgies d'on ne sait d'où ! , concernant des problèmes importants qui m'ont occupé l'esprit et sur lesquels je m'interroge, car ils font partie, et font l'objet de mes préoccupations et que je prend ainsi en considération ?

J'ai été " plongé " durant presque six mois dans des problèmes de " mémoire " ! inhérents au maintien, à la sauvegarde, à la préservation d'une pensée émotionnelle alors que la pensée intellectuelle de ma femme, ma Doudoue ! est entrain de s'effilocher , voire de disparaître dans son essence même .


Cette maladie d'Alzheimer "plonge" dans les profondeurs insondables de l'être humain ...C'est une lente dépossession de soi-même ..., d'un être . Certains parlent de la perte de dignité !


C'est inexact ! Ma femme possède toujours une certaine dignité,noblesse, surtout lorsqu'elle fait des efforts désespérés pour tenter d'exprimer par le regard ce qui lui fait soucis ou joies ...


Ces problèmes sont toujours présents, mais, je suis arrivé à les gérer, à savoir m'organiser, à savoir dominer les nouveaux symptômes de l'évolution de cette pathologie infernale !

Ainsi, je vais essayer de poursuivre mes réflexions sur des sujets que je considère comme essentiels en vue de construire , "de vous insuffler " un esprit fait d'initiatives audacieuses .

C'est au moyen de la mémoire que nous sommes capables de nous rendre compte " , de nous remémorer qui nous sommes, de situer instantanément les êtres, nos proches, de nous rappeler où nous habitons ainsi que de reconnaître les personnes qui nous entourent, les lieux connus ou inconnus que nous fréquentons, ce que nous sommes amenés à réaliser actuellement, demain, et même dans un futur plus ou moins lointain .


C'est grâce à cette faculté que , enfant, nous pouvons apprendre à parler, à écrire, que nous entonnons un air connu , que nous menons nos pas, notre véhicule sans y penser, automatiquement, et que nous sommes capable de retrouver un livre sur une étagère, dans une bibliothèque .



Mais lorsqu'elle s'efface, cette mémoire, qu'elle s'estompe, puis s'évanouit comme si elle s'évaporait :



Nous perdons notre identité ,



Une autre plus archaïque semble la remplacer et nous découvrons vraiment ce que nous étions, notre vrai personnalité : soit un être bon,chaleureux,bienveillant,généreux ... soit un être mesquin plein de hargne, pernicieux, malveillant, méchant ....


Mon bonheur en ces jours difficiles, laborieux, c'est d'avoir découvert ce que j'avais mal situé durant des dizaines d'années, c'est que ma Doudoue se comporte comme un être adorable . La maladie d'Alzheimer en effaçant certaines mémoires laisse apparaître la vraie nature de la personne, celle des sites des émotions, alors que les sites intellectuels n'interviennent pratiquement plus !


De toute façon, à tous les moments de notre existence, lentement, pas à pas, à pas gigantesques ou à minuscules notre mémoire va évoluer, "vieillir " , se transformer positivement ou négativement selon les différents contextes de notre mode de vie, l'environnement physique et/ou humain,selon les circonstances en adéquation avec nos émotions multiples ...


La rumeur, les on-dits, les bruits qui courent..., certaines revues et livres même sérieux, disent, essayent de nous faire croire que notre mémoire, notre capacité d'engranger ce que nos sens nous font ressentir, notre entendement, expliciter, comprendre, sera de moins en moins fiable ! Est-ce une vérité universelle, unanime de tous temps ? Je pense qu'il n'en n'est rien !


On essaye de nous convaincre, de nous faire abdiquer devant le fait que cette mémoire ne sera jamais plus la même : il est absoluement nécessaire pour la garder en l'état, de la cultiver constamment en toute occasion, en vue de la conserver dans l' efficacité proche de celle de notre jeunesse afin de rester soi-même !


Cette mémoire, notre mémoire, cette faculté d'emmagasiner, n'est-ce pas une "la" partie essentielle, prépondérante de notre personnalité ?


Cette mémoire, cette entité, comme notre prénom " notre je, notre moi " fait partie de nous-même : c'est notre personne intime, notre être profond .


La perdre, c'est à terme, perdre (dans le sens de changer, d' acquérir un autre moi ) une certaine dignité en vue d'en adopter une autre tout à fait différente ; c'est perdre notre position dans notre société, notre humanité (et certaines personnes indignes de vivre nous le font bien sentir par des expressions ignobles à propos de la maladie d'Alzheimer :


" Si votre femme est folle, mettez la à l'asile , vous en serez débarrassé et nous également ! ".


Y penser - mais en est-on capable sans mémoire - à l'idée de cette transformation qui nous consacre dans une autre sensibilité, nous devons rester solidement nous-même, avec tout notre réalisme .


De plus, cette mémoire, en fin de compte, concerne aussi la capacité de " mémoriser " , retenir des mots et des chiffres, des idées, des sentiments, des actes .


La mémoire " au jour le jour " , une faculté de nous souvenir du passé et également d'être capable de préparer l'avenir, notre avenir .


C'est également une série de facultés : tout d'abord celle qui nous peut nous rendre capable de lire, d'écrire, de compter, de prévoir ,d'imaginer .


Ensuite elle nous permet de déambuler dans les rouages de la vie matérielle et émotive .


Enfin, celle qui assure la continuité entre nos émotions d'hier et celles désirées pour dominer en quelque-sorte l'avenir proche et même lointain .



Nous poursuivrons notre réflexion sur les questions qui se posent à propos de la mémoire en analysant les concepts de Théodule RIBOT (1839-1917) énoncés et réunis dans son ouvrage :

ce Breton natif de Guingamp,philosophe et psychologue français .


Les maladies de la mémoire, édité par la librairie GERMER BAILLIERE en 1881 .

Ce livre a été réédité (17 euros) en 2005 aux Éditions de l'Harmattan, dans la collection Encyclopédique Psychologique, dirigée par Serge NICOLAS . Ce dernier retrace d'une façon remarquable dans l'introduction du livre la méthode pathologique de RIBOT, ainsi que le résumé de l'oeuvre et la réédition fac similé ( reproduction exacte de la version originale) . Nous vous proposons de l'acquérir et de vous imprégner de son contenu riche d'une expérience profonde des rapports aux savoirs et aux mécanismes de la réflexion scientifique et humaine dans ce monde complexe des sciences humaines et d'ailleurs de toutes les Sciences et de toute la Connaissance .


Voici les deux premières pages du chapitre 1, présentées ici pour vous inciter à la lecture de l'ouvrage :


CHAPITRE PREMIER " La mémoire comme fait biologique .


L'étude descriptive du souvenir a été très bien faite par divers auteurs, surtout par les Écossais ;aussi le but de ce travail n'est pas d'y revenir . Je me propose de rechercher ce que la nouvelle méthode en psychologie peux nous apprendre sur la nature de la mémoire ; de montrer que les enseignements de la physiologie unis à ceux de la conscience nous conduisent à poser ce problème sous une forme beaucoup plus large ; que la mémoire tel que le sens commun l'entend et que la psychologie ordinaire l'a décrit, loin d'être la mémoire tout entière, n'en est qu'un cas particulier, le plus élevé et le plus complexe, et que, pris lui-même et étudié à part, il se laisse mal comprendre ; qu'elle est le dernier terme d'une longue évolution et comme une efflorescence dont les racines plongent bien avant dans la vie organique ; en un mot, que la mémoire est, par essence, un fait biologique ; par accident, un fait psychologique.

Ainsi entendue, notre étude comprend une physiologie et une psychologie générale de la mémoire et en même temps une pathologie. Les désordres et les maladies de cette faculté, classés et soumis à une interprétation, cessent d'être un recueil de faits curieux et d'anecdotes amusantes qu'on ne mentionne qu'en passant. Ils nous apparaissent comme soumis à certaines lois qui constituent le fond même de la mémoire et en mettent à nu le mécanisme.


-I-


Dans l'acception courante du mot, la mémoire, de l'avis de tout le monde, comprend trois choses :

la conservation de certains états,

leur reproduction,

leur localisation dans le passé.


Ce n'est là cependant qu'une certaine sorte de mémoire, celle qu'on peut appeler parfaite. Ces trois éléments sont de valeur inégale :


Les deux premiers sont nécessaires, indispensables ; le troisième, celui que dans le langage de l'école on appelle la " reconnaissance ", achève la mémoire,mais ne la constitue pas. Supprimez les deux premiers,la mémoire est anéantie; supprimez le troisième,la mémoire cesse d' exister pour elle-même,mais sans cesser d'exister en elle-même. Ce troisième élément,qui est exclusivement psychologique,se montre donc à nous comme surajouté aux deux autres: ils sont stables ;il est instable,il paraît et disparaît;ce qu'il représente,c'est l' apport de la conscience dans le fait de la mémoire ; rien de plus ...


... (en conclusion) ,


Nous avons rattaché notre loi à ce principe physiologique : " La dégénérescence frappe d'abord ce qui est le plus récemment formé ; " et à ce principe psychologique : " Le complexe disparaît avant le simple, parce qu'il a été moins souvent répété dans l'expérience ..."


A bientôt . Cordialement vôtre . Gerboise et Esiobreg .

lundi 22 août 2011

C'est peu de chose*,à première vue,qui fera l' objet** de ce billet, mais cependant,ce genre de chose est un objet important de notre langue française


Ces cinq illustrations qui précèdent les définitions différentielles des choses et des objets proviennent du Tome III de l'ouvrage : Histoire Générale du travail publié à la Nouvelle librairie de France , G.-V. Labat Éditeur, 1996 . Les 4 Tomes qui parcourent les grands événements de l'histoire de l'activité humaine dans le monde apporteront à l'ensemble de ses lecteurs une richesse culturelle appréciable . Gerboise vous conseille vivement de prendre connaissance de cette publication .

Elles vont nous faire entrevoir , discerner, prendre conscience des subtilités des diverses significations des mots de notre langue .

Traverses humaines .

Image ci-dessus , illustrant une certaine idée horrible des " CHOSES " de la Société . Ces " traverses " ici , ne sont pas des " OBJETS " matériels, mais des " OBJETS " virtuels représentés par des êtres humains .

" Une véritable rage de créer, de produire, de construire et d'organiser s'empare des hommes de l'Occident. Ainsi aux USA, le système Vanderbilt provoque la révolte des fermiers écrasés par le monopole des compagnies de chemin de fer comme l'atteste cette caricature".





Ce drame, cette tragédie, insoutenable, poignante fut une " CHOSE " atroce, cruelle !

" Exploitation du sous-sol présente de nombreux dangers : incendie, coup de grisou, gaz toxiques, éboulements, maladresse ou imprudence du mineur . Ci-dessus, en mars 1906, les corps des victimes sont ramenés au jour après la catastrophe des mines de Courrières dans le Pas-de-Calais en France " .





Cette ouverture de bibliothèque fut une " CHOSE " fabuleuse, exceptionnelle . La mise à disposition des livres au grand public , ces " OBJETS " de culture, sera un événement aux conséquences inimaginables .



" L'association polytechnique pour le développement de l'instruction publique ou Auguste Comte enseigna, ouvrit la première bibliothèque populaire en 1835 . Cette initiative sera suivie par l'ouverture au public de la bibliothèque Sainte-Geneviève, ( illustration ci-dessus) " .






Lieu, où des " OBJETS " matériels à acquérir, sont à la disposition du public en vue de leur vente et font l'objet de désirs parfois addictifs, c'est-à-dire qui créent une conduite menant à une certaine dépendance, un besoin impératif d'acheter et donc de posséder .



" C'est dans les domaines de l'habillement et du textile que les grands magasins s'imposent . Les élégantes savent qu'elles y trouveront les " nouveautés . Le bon marché (vue ci-dessus) , fondé en 1852 par Aristide Boucicaut , servira de modèle à Émile Zola pour Au bonheur des dames " .





Ce fut une belle " CHOSE " que l'invention du métier à tisser . La vue de cet atelier ci-dessus montre de très nombreux " OBJETS " très divers , de toute sorte, ainsi que des personnages et un mode de vie particulier à cette époque . Ce sont les " CHOSES " de la vraie Vie au début du XIXe siècle, dans ce monde industriel.



" De dimensions impressionnantes, le métier à tisser de type Jacquard occupe tout l'espace utile de ce logis de canut lyonnais . Le système de la " fabrique " est en effet basé sur le travail à domicile, dont les impératifs ont priorité sur la vie privée de l'ouvrier " .



* chose : par opposition à phénomène ou à fait, implique une réalité envisagée à l'état statique comme constitué par un système supposé fixe de qualité et de propriétés . Leçon de choses : sciences naturelles, en biologie, en sciences de la terre ; regarder les choses en face: réalité . Il se sent tout chose : décontenancé, penaud, mal à l'aise . Se tenir informé des choses : actualité . Chose sans gravité : incident .



** objet : ce qui nous est présenté par la perception, comme indépendant du sujet qui connaît ; tout ce qui est susceptible d'être perçu . Objet d'une conférence : matière, question, sujet . Objets matériels de toute nature .


Le dictionnaire Littré nous permet d'être plus exhaustif en envisageant une plus grande variété de contextes .




Chose :





1 - désignation indéterminée de tout ce qui est inanimé . Les belles choses de la terre ; chose étrange, inouïe, incroyable.

2 - chose se dit quelquefois des personnes . Je suis chose légère, et vole à tout sujet, Je vais de fleurs en fleurs et d'objet en objet . La Fontaine .




3 - la chose publique, l'État , l'Administration.

4 - ce dont il s'agit . Je vais vous expliquer la chose . Voilà quel est l'état des choses .

5 - terme de droit . Chose jugée, ce qui a été résolu par une décision judiciaire en dernier ressort, ou ce qui n'est plus susceptible d'appel ou d'opposition .




6 - terme de droit . Bien, propriété, possession . Choses hors du commun .



7 - en termes de grammaire . Chose se dit par opposition à personne . Le pronom quoi se rapportent toujours à des choses, il ne se rapporte jamais à des personnes.

8 - ce qui est en fait, en réalité, par opposition à ce qui est un mot, un nom . Vous ne nous donnez que des mots, et nous voulons des choses .

9 - quelque chose, une chose de quelque valeur; une chose indéterminée . Il y a en vous quelque chose de surnaturel . Montrez-nous autre chose de beau . Dites-nous autre chose de gai .



10 - peu de chose: chose inutile, sans valeur . Cette découverte est peu de chose et je vous l'abandonne .

11 - grand-chose : quelque chose qui a de l'importance ." À quoi vous servait d'irriter des gens qui, sans être grand-chose, tiennent à quelque chose ? " Courteline .

12 - familièrement, chose se dit en place d'un terme, d'un nom qui ne revient pas à l'esprit . Monsieur chose . C'est agaçant, enfin une chose, quoi, vous comprenez !

13 - populairement, être tout chose, être mal disposé soit pour la santé soit pour l'humeur . Je suis tout chose ce matin .




Objet :


1 - tout ce qui se présente à la vue. Quel objet se présente à mes yeux ? Ce n'est pas seulement des hommes à combattre ; c'est des montagnes inaccessibles . Tous les objets paraissent sombres et en confusion le matin aux premières lueurs de l'aurore . Bossuet .

2- tout ce qui affecte les sens . Les couleurs sont les objets de la vue, les odeurs de l'odorat, les saveurs du goût, les sons de l'ouïe, la nature des états de surfaces , du tact .

3 - terme de philosophie . Objet matériel, la chose même qu'une science considère .

4 - chose, dans un sens indéterminé . C'est un objet de peu de valeur . Objets de première nécessité . Un objet de dépense .

5 - tout ce qui se présente à l'esprit, tout ce qui l'occupe . Le plus charmant objet de la nature,le plus capable d'émouvoir un coeur sensible et de le porter au bien, est, je l'avoue, une femme aimable et vertueuse ; mais cet objet céleste où se cache-t-il ? J.J. Rousseau . L'objet de mes recherches est toujours présent à mon esprit, est fréquemment l'objet de mes pensées, de mes préoccupations .

6 - tout ce qui sert de matière à une science, un art, à une oeuvre littéraire. Les corps naturels sont l'objet de la physique . Le sublime ne peut se trouver que dans les grands sujets; la poésie, l'histoire et la philosophie ont toutes même objet, l'homme et la nature .

7 - tout ce qui est la cause, le sujet, le motif d'un sentiment, d'une passion . Puis- je d'un tel chagrin savoir quel est l'objet . Corneille .

8 - but, fin qu'on se propose. Jusqu'ici les traités de paix avaient la guerre pour véritable objet .

9 - et par excellence, l' être aimé . Non, non, ce cher objet à qui j'ai pu déplaire [ma mie,la chose la plus précieuse de ma vie] .



10 - Il s'est dit pour la personne d'un homme ou d'une femme, pour l'image d'un objet .[ Le cerf se mirant dans une fontaine] ... ne pouvait qu'avoir que peine . Souffrir ses jambes de fuseaux. Dont il voyait l'objet se perdre dans les eaux, La Fontaine, fable .



11 - Terme de grammaire générale . Se dit quelquefois du complément ou régime direct, par opposition à sujet . L'objet est un accessoire du verbe ; il doit le suivre immédiatement, ou du moins il n'en peut être séparé que par des modifications mêmes du verbe . Les corps naturels sont le sujet de la physique .






Chose :





1-Dans l'usage ordinaire : terme indéterminé servant à désigner n'importe objet de pensée . Le créateur de toute chose . Parler de choses et autres . " La conscience est toujours conscience de quelque chose " Husserl .



" Dans les grandes choses, les hommes se montrent comme il convient de se montrer ; dans les petites, ils se montrent comme ils sont ." Chamfort, Maximes et Pensées, 1812 .


2 -Par opposition à personne : l'être dénué dde conscience réfléchie .


" O soleil ! sans quoi les choses

Ne seraient que ce qu'elles sont ." E. Rostand, Chanteclerc .



" Le seul moyen qu'ait le petit enfant d'étendre son empire sur les choses, qu'il ne sait pas manier, est de savoir manier les personnes " . P. Guillaume, Introduction à la psychologie .



3 - Choses en soi : ce qui a une existence indépendante .


" Chose pensée, [utilisé par Platon dans le Timée pour désigner les Idées] opposée aux phénomènes : au sens de réalité intelligible inconnaissable mais pensable " .




Objet :



1 - Désigne ce qui se présente à quelque fonction de connaissance, intellectuelle aussi bien que sensible .


"Tout ce qui se présente aux sens et à l'esprit .


Chaque corps qu'on voit est un objet qui tombe sous les sens, chaque idée qu'on a est un objet qui s'offre à l'esprit " Condillac .


2 - Objet-chose : Toute réalité matérielle qui peut être maniée . Un livre, un crayon, un échantillon de roche sont des objets ; Un nuage, l'eau, un affleurement de roche ne sont pas appelés de ce nom .


3 - Au figuré : ce dont il s'agit, ce dont s'occupe l'esprit, ce sur quoi porte une action ... Objet d'une réunion, ou d'un livre, de vives critiques .


4 - Plus précisément : ce qui est visé, le résultat vers lequel on tend . L'objet d'un désir, d'une démarche .




CHOSE



Pris dans le sens général d'objet quelconque, désigne toute réalité concrète ou abstraite .


Il faut lutter contre la paresse d'esprit qui tend à remplacer par le mot chose, le terme précis qui exprimerait exactement ce qu'on veut dire .


Chose ne peut guère avoir de synonymes, puisqu'il finit par remplacer tous les mots . Des termes de sens très général, mais moins vagues, tels que objets, idées, sentiments, détails, doivent souvent lui être préférés .


Dans un sens très général, tout ce qui est, tout ce qui existe .


C'est la plus belle chose du monde .


Leçon de choses, notions scientifiques élémentaires données aux enfants à propos des objets ou des matières usuelles .


Tout être inanimé, soit concret, soit abstrait, tout ce qu'on dit ou que l'on peut dire, tout ce que l'on fait ou que l'on peut faire, tout ce qui n'a pas de nom particulier .


Faire de belles, de grandes choses . Faites cela avant toute chose . Il a très bien pris la chose .


Tout objet qui intéresse l'homme, qui a quelque rapport avec lui .


Les choses humaines . Les choses de ce monde . Bien, tout objet qu'on possède en propre . C'est mon bien, ma chose . Aller au fond des choses, ne pas s'arrêter à un examen superficiel .


Nous sommes peu de chose !



Les choses et les objets peuplent le monde où ils s'offrent à notre perception sensible . Nous n'usons pas ordinairement de ces mots pour nommer les réalités qui échappent à nos sens Et pourtant n'en existe pas moins Les atomes,les ondes, mais encore les sentiments ou les idées ainsi que les souvenirs .


Les choses et les objets sont d'abord des éléments du monde des corps .


La chose est d'abord un corps qui possède son identité, mais un corps inerte .Dès qu'il y a de la vie,on parle d'êtres, et non plus de choses. Il s'ensuit que dans l'univers des existants ,La chose ne jouit que d'un degré inférieur de dignité . Désigner " quelque chose " comme une chose, " "cette chose là ", c'est manifester le peu d'intérêt qu'on lui porte, La maigre estime où on la tient. Ce qui nous renvoie au sens moral et juridique du mot: est chose ce qui est disponible pour la jouissance et l'appropriation par les sujets de droit que sont les personnes.


Une chose peut être traitée comme un simple moyen, Une personne doit toujours être considérée en même temps comme une fin .


La notion d'objet ne prend son sens que dans la relation avec un sujet . L'objetum , c'est ce qui est jeté, placé devant, en face du sujet . On parle par exemple d'objet de connaissance : Ce que l'esprit [le sujet] cherche à connaître . Dans la mesure où cette connaissance est conforme à la réalité de l'objet, c'est-à-dire dans la mesure où c'est réellement une connaissance, elle sera dite objective . On parle aussi d'objet d'une passion,d'un sentiment : L'objet amoureux [ rien à voir avec la " femme objet ", expression dans laquelle " objet " est plutôt entendre au sens de " chose " ] .


Contrairement à la chose,qui se contente d'être là ,donnée factuelle livrée à la perception et à la manipulation, isolée, passive et a priori indifférente à la manière dont nous l'appréhendons et la traitons , l'objet est constitué par le regard que nous portons sur lui , l'intérêt que nous lui accordons,le projet à travers lequel nous le visons. Ce que montre bien le statut de l'objet scientifique.


Une science se définit d'abord par son domaine d'objet. Mais l' objet scientifique n'est jamais un simple donné,il se contenterait [comment la chose ] d'être là,attendant qu'on s'intéresse à lui.


Bachelard a bien montré qu'il n'existe d'objet pour la science que constitué par la science.


Cette constitution de l'objet passe par tout un travail de déconstruction de la chose telle qu'elle se présente à la perception commune et à l'expérience première. Son livre :La formation de l'esprit scientifique a décrit avec un luxe de détails la façon dont le premier contact avec le monde des choses,loin d'ouvrir un boulevard à la connaissance scientifique, entasse sur son chemin de redoutables "obstacles épistémologiques".


Dans le monde des choses,il n'y a ni gravité,ni inertie,ni champ,ni sélection naturelle . En sciences, dit Bachelard, " les données sont des résultats " , produits par un labeur de conceptualisation, ainsi que par les techniques d'observation et d'expérimentation. Le microscope, le spectroscope, l'accélérateur de particules font naître de nouveaux objets. Et encore,à condition d'être utilisé par des esprits avertis.



" Le microscope,dit Alain ,n'instruit pas l' ignorant,il l' étourdit " .



Ce qui est vrai des choses il est aussi bien des faits, que le scientifique ne peut pas davantage se dispenser de construire. La chose , c'est ce qui va de soi.


En sciences, dit Bachelard, " Rien ne va de soi . Rien n'est donné. Tout est construit " [ La formation de l'esprit scientifique] . Il y a un " chosisme " [ le mot est de Bachelard ] spontané de la pensée commune,en vertu duquel l'esprit tend à se représenter toute réalité sur le modèle des choses sensibles. Il appartient à l'esprit scientifique de se défaire de ce " réalisme naïf " pour lui substituer une organisation d'objets de pensée, qui sont eux-mêmes des " objets d'expériences techniques " [ L'activité rationaliste de la physique contemporaine] .




Oui , en metant les choses au mieux, au pire, je vais vous dire une bonne chose : on est bien peu de chose ! Par la force des choses , ainsi vont les choses qui font l'objet de nos préoccupations ; il est parfois nécessaire de prendre les choses comme elles viennent avant de prendre les choses en main !




Aux lecteurs de ce texte :




Vous trouverez dans le billet du 13 Juillet 2011 l'explication de la cause de mes silences . Par la force des choses , je dois m'occuper en priorité de l'objet de ma vie : ma douce compagne plongée dans son nouveau monde sans mémoire ...




Fidèlement vôtre, Gerboise




mercredi 27 juillet 2011

Condorcet : Esquisse d'un tableau historique des progrès de l'esprit humain .[où est retracé avec un réalisme impitoyable et l'esprit critique *





. * du grand mathématicien, tous les aléas, les vicissitudes , les successions des situations les plus contradictoires , l'instabilité, la précarité , mais également les avancées , " l'ascension " de l'ensemble de l'humanité, qui l'ont conduite où nous en sommes à l'heure actuelle] .

L'esquisse d'un tableau historique des progrès de l'esprit humain , de Condorcet [ 1743- 1795 , Jean- Antoine- Nicolas Caritat , marquis de Condorcet], fut écrite, dit-on, sous le coup de la cruelle proscription qui aboutit à sa mort . S'il n'avait aucun espoir qu'elle fût connue de son vivant et éveillât l'intérêt de la France en sa faveur , c'est un exemple singulier d'attachement d'un homme à des principes que l'expérience quotidienne démentait d'une manière si funeste pour lui-même . Voir l'esprit humain, dans l'une des nations les plus éclairées du monde et au terme de plusieurs milliers d'années, dégradé par une fermentation de passions répugnantes - peur, cruauté, rancune, vengeance, ambition, fureur, folie - telle qu'elle aurait fait la honte de la nation la plus sauvage à l'époque la plus barbare, cela a dû être un choc si terrible pour ses idées sur le progrès nécessaire et inévitable de l'esprit humain, que rien n'aurait pu y résister, sinon la foi la plus inébranlable en la justesse de ses thèses, en dépit de toutes les apparences .

... " L'homme naît avec la faculté de recevoir des sensations, d'apercevoir de distinguer, dans celles qu'il reçoit, les sensations simples dont elles sont composées, de les retenir, de les reconnaître, de combiner, de conserver ou de rappeler dans sa mémoire, de comparer entre elles ces combinaisons, de saisir ce qu'elles ont de commun et ce qui les distingue, d'attacher des signes à tous ces objets, pour les reconnaître mieux, et s'en faciliter de nouvelles combinaisons ."...

...Y a-t-il, sur le globe, des contrées dont la nature ait condamné les habitants à ne jamais jouir de la liberté, à ne jamais exercer leur raison ?
Cette différence de lumières, de moyens ou de richesses, observée jusqu'à présent chez tous les peuples civilisés, entre les différentes classes qui composent chacun d'eux ; cette inégalité, que les premiers progrès de la société ont augmentée, et pour ainsi dire produite, tient-elle à la civilisation même, ou aux imperfections actuelles de l'art social ? Doit-elle continuellement s'affaiblir pour faire place à cette égalité de fait, dernier but de l'art social, qui, diminuant même les effets de la différence naturelle des facultés, ne laisse plus subsister qu'une inégalité utile à l' intérêt de tous, parce qu'elle favorisera les progrès de la civilisation, de l'instruction et de l'industrie, sans entraîner, ni dépendance, ni humiliation, ni appauvrissement ?




En un mot, les hommes approcheront- ils de cet état où tous auront les lumières nécessaires pour se conduire d'après leur propre raison dans les affaires communes de la vie, et la maintenir exempte de préjugés, pour bien connaître leurs droits et les exercer d'après leur opinion et leur conscience ; où tous pourront, par le développement de leurs facultés, obtenir des moyens sûrs de pourvoir à leurs besoins, où, enfin, la stupidité et la misère ne seront plus que des accidents, et non l'état habituel d'une portion de la société ?




Enfin, l'espèce humaine doit-elle s'améliorer, soit par de nouvelles découvertes dans les sciences et dans les arts, et par une conséquence nécessaire, dans les moyens de bien-être particulier de prospérité commune ; soit par des progrès dans les principes de conduite et dans la morale pratique ; soit enfin par le perfectionnement réel des facultés intellectuelles, morales et physiques, qui peut-être également la suite, ou de celui des instruments qui augmentent l'intensité ou dirigent l'emploi de ces facultés, ou même de celui de l'organisation naturelle ?


En répondant à ces trois questions, nous trouverons, dans l'expérience du passé, dans l'observation des progrès que les sciences, que la civilisation ont faits jusqu'ici, dans l'analyse de la marche de l'esprit humain et du développement de ses facultés, les motifs les plus forts de croire que la nature n'a mis aucun terme à nos espérances ...


Une lecture enrichissante et une belle leçon de réalisme à méditer .


Bien à vous toutes, à vous tous , Gerboise .

mercredi 20 juillet 2011

Une Philosophie présentée oralement. La philosophie, science qui étudie et spécule* sur les problèmes fondamentaux de l'homme, de la vie .

* Spéculer : méditer attentivement, se livrer à la recherche abstraite ; spéculer sur quelque chose : compter dessus pour réussir .

La Philosophie, c'est un travail critique [ l'esprit critique préconisé, recommandé par Gerboise pour son excellence et comme élément important, fondamental, de notre rapport au monde] de la pensée sur elle-même, en même temps qu'un effort pour rendre notre existence intelligible ; elle est l'acte d'une pensée s'exerçant à sa propre liberté et s'affrontant à la question du sens, sans autre secours que ceux qu'offrent la raison et l'expérience .

" Entrer en philo , vos premiers pas " , présentation orale en CD par Jean-Paul Jouary, est un document de grande qualité qui vous aidera à pénétrer dans les premiers territoires de ce champs de connaissances, si formateur de l'esprit : voir les caractéristiques sur les deux images de la pochette du CD , ci-dessus et ci-dessous .

Pour aborder sereinement ce thème, il existe un ouvrage en livre de poche : chez Idées/Gallimard, de Alain, Éléments de philosophie, publié en 1941, que Gerboise vous recommande également de lire en vue de vous imprégner de sa bénéfique substance .

Je pense qu'il est important de vous faire connaître " l'introduction " présentée par l'auteur, Alain, le 10 Mars 1940 . La voici :

" Le mot philosophie, pris dans son sens le plus vulgaire, enferme l'essentiel de la notion. C'est, aux yeux de chacun, une évaluation exacte des biens et des mots ayant pour effet de régler les désirs, les ambitions, les craintes et les regrets. Cette évaluation enferme une connaissance des choses, par exemple s'il s'agit de vaincre une superstition ridicule ou un vain présage ; elle enferme aussi une connaissance des passions elles- mêmes et un art de les modérer. Il ne manque rien à cette esquisse de la connaissance philosophique. On voit qu'elle vise toujours à la doctrine éthique, ou morale, et aussi qu'elle se fonde sur le jugement de chacun, sans autre secours que des conseils des sages. Cela n'enferme pas que le philosophe sache beaucoup, car un juste sentiment des difficultés et le recensement exact de ce que nous ignorons peut-être un moyen de sagesse ; et cela enferme que le philosophe sache bien ce qu'il sait, et par son propre effort. Toute sa force est dans un ferme jugement, contre la mort, contre la maladie, contre un rêve, contre une déception. Cette notion de la philosophie est familière à tous et elle suffit.

Si on la développe, on aperçoit un champ immense et plein de broussailles, c'est la connaissance des passions et de leurs causes . Et ces causes sont de deux espèces ; il y a des causes mécaniques contre lesquelles nous ne pouvons pas beaucoup, quoi que leur connaissance exacte soit de nature à nous délivrer déjà, comme nous verrons ; il y a des causes d'ordre moral, qui sont des erreurs d'interprétation, comme si, par exemple, entendant un bruit réel, j'éprouve une peur sans mesure et je crois que les voleurs sont dans la maison. Et ces fausses idées ne peuvent être redressées que par une connaissance plus exacte des choses et du corps humain lui-même, qui réagit continuellement contre les choses, et presque toujours sans notre permission, par exemple quand mon coeur bat et quand mes mains tremblent.

On voit par là que, si la philosophie est strictement une éthique, elle est, par cela même, une sorte de connaissance universelle, qui toutefois se distingue par sa fin des connaissances qui ont pour objet de satisfaire nos passions ou seulement notre curiosité. Toute connaissance est bonne au philosophe, autant qu'elle conduit à la sagesse ; mais l'objet véritable est toujours une bonne police de l'esprit.
Par cette vue, on passe naturellement à l'idée d'une critique de la connaissance. Car la première attention à nos propres erreurs nous fait voir qu' il y a des connaissances obscurcies par les passions, et aussi une immense étendue de connaissances invérifiables et pour nous sans objet, et qui ont deux sources, le langage, qui se prête sans résistance à toutes les combinaisons de mots, et les passions encore, qui inventent un autre univers, plein de dieux et de forces fatales , et qui y cherchent des aides magiques et des présages . Et chacun comprend il y a ici à critiquer et à fonder, c'est-à-dire à tirer de la critique des religions une science de la nature humaine, mère de tous les dieux. On appelle réflexion ce mouvement critique qui, de toutes les connaissances, revient toujours à celui qui les forme, en vue de le rendre plus sage.

La vraie méthode pour former la notion de philosophie, c'est de penser qu'il y eut des philosophes. Le disciple devra se tracer à lui-même le portrait de ces hommes étranges qui jugeaient les rois, le bonheur, la vertu et le crime, les dieux et enfin tout. Ce qui est plus remarquable, c'est que ces hommes furent toujours admirés, et souvent honorés par les rois eux-mêmes. Joseph en Égypte expliquait les songes ; c'est ainsi qu'il devint premier ministre. Admirez ici l'art de débrouiller les passions, de deviner la peur, le soupçon, le remords, enfin tout ce qui est caché dans un roi.

D'après l'exemple de Joseph on comprendra qu'en tous les temps, et en toutes les civilisations, il y eut des philosophes, hommes modérateurs, hommes de bon conseil, médecins de l'âme en quelque sorte. Les astrologues, si puissants auprès des tyrans, furent sans doute des philosophes très rusés, qui feignaient (feindre, donner pour réel un sentiment, une qualité que l'on a pas ; cacher à autrui ce qu'on sent, ce qu'on pense, en déguisant ses sentiments) de voir l'avenir dans les conjonctions ( action de joindre) des astres, et qui en réalité devinaient l'avenir d'après les passions du tyran , d'après une vue supérieure de la politique. Ce fut toujours le sort des philosophes d'être crus d'après une vue plus perçante qu'on leur supposait, alors qu'ils jugeaient d'après le bon sens. Faites donc maintenant le portrait de l'astrologue de Tibère qui n'était pas moins fin .

Décrivez les passions de l'un et de l'autre dans ce jeu serré. Aidez-vous de la première scène du Wallenstein de Schiller ; et aussi de ce que Schiller et Goethe en disent dans leurs lettres. Vous êtes ici en pleine réalité humaine, dans ce terrible camp, où la force, la colère et la cupidité font tout ; c'est une forme de civilisation . Si vous y reconnaissez l'homme qui est autour de vous, et vos propres sentiments, vous aurez fait déjà un grand progrès. Mais il ne s'agit point de rêver ; il faut écrire et que ce soit beau .

Ce sera beau si c'est humain.

Pousser hardiment dans cette direction, c'est celle du vrai philosophe. Si vous doutez là-dessus, ouvrez seulement Platon n'importe où, et écartez tout de suite l'idée que Platon est difficile . Ce que je propose ici de Platon n'est ni caché, ni difficile, ni discutable. Faites ce pas, qui est décisif pour la culture.

Le lecteur ne s'étonnera pas qu'un bref traité commence, en quelque façon, par la fin, et procède de la police des opinions à la police des moeurs, au lieu de remonter péniblement des passions et de leurs crises à l'examen plus froid qui les corrige un peu en même temps que l'âge les refroidit " .

Alain .

Nous terminerons ce billet [ Gerboise ] par une définition de la philosophie que nous considérons la plus noble : celle de l'humanisme

Qui est la doctrine qui pose la dignité inaliénable de toute personne et vise à procurer à chacun des conditions de son plein épanouissement intellectuel et physique ; celle d'un esprit philosophique, d'un esprit plein de clarté, de méthodes ; celle d'un esprit exempt de préjugés, de passions .

Pour mettre un point final à notre billet , disons que la philosophie est une spéculation sur les principes premiers du monde et de la vie, présentée sous la forme d'une théorie générale de la connaissance et de l'action .

C'est dans le billet du 13 Juillet 2011 que je précise les circonstances de l'absence de billets durant presque trois mois .



Fidèlement vôtre, Gerboise .

mercredi 13 juillet 2011

Alzheimer*, ou la déchéance** de la mémoire et de l'esprit ; leurs décadences*** ; leurs déclins**** ; leurs dégénérescences***** .

Voir la suite de cette liste des sujets traités, après les deux figures suivantes .

( vous pouvez agrandir cette figure ainsi que toutes les suivantes par un clic gauche suivi par un retour à la page précédente afin de poursuivre leur lecture )







*Alzheimer : La maladie est " due "(!) à des lésions cérébrales décrites la première fois par Aloïs Alzheimer (né en 1864 dans le sud de l'Allemagne ) en 1907 . La cause première de ces lésions cérébrales dégénératives neurofibrillaires dont le développement échappe encore à ce jour aux spécialistes , est totalement inconnue . L'évolution est insidieuse et progressive : inéluctable ( ce contre quoi il est impossible de lutter dans le présent ou le futur, qu'on ne peut combattre pour l'empêcher de progresser ; ce qu'on ne peut pas détourner, éluder c'est à dire se soustraire par un artifice ; éviter car la cause est inconnue) . Cette amnésie, perte de mémoire sévère, est la conséquence de ces phénomènes .

** déchéance de la mémoire, [intellectuelle] , de l'esprit : fait de déchoir, tomber dans un état inférieur à celui où l'on était...décrépitude . Situation inférieure à celle dans laquelle on était avant . Disparition progressive des structures normales des cellules d'un tissu, d'un organe ; évolution défavorable vers le pire .

*** décadence : implique une progression , aux conséquences inexorables, inévitables ,vers la ruine ; décadence de la mémoire et de l'entendement . Seule subsiste la présence des " Émotions " qui sont en grande partie épargnées pour le moment , en particulier l'affection, la tendresse, l'attachement, la gentillesse .

**** déclin : désigne l'état de ce qui commence à régresser . Le déclin précède la disparition ou la décadence .

***** dégénérescence : perdre ses qualités initiales ; altération anatomique des cellules vivantes . Perte des qualités, état de ce qui se dégrade avec le temps; changement qu'éprouve un corps organisé lorsque sous l'empire d'autres circonstances, il perd son caractère générique et se détériore .



La " Mémoire " : vaste et complexe sujet de réflexion !

C'est la mémoire qui constitue la plus grande et la plus importante partie de notre personnalité :





NOTRE PERSONNALITÉ ! Notre Personnalité (notre individualité ) notre Être, notre Moi, notre Ego, (notre tempérament) , enfin nous-même !





Celle de ma Doudoue, ma femme,après 50 années d'interactions communes fabuleuses, s'est transformée . Seule, pour l'instant, l'affection subsiste, se maintien, résiste à l'épreuve du temps et aux perturbations extérieures [ quoique, le matin, au réveil, "ma maman" se substitue à "mon doudou" ; certains jours, de moins en moins rares, elle me demande : qui tu es toi !] Plus aucune discussion d'antan,comme autrefois au temps passé; elle est "Ailleurs", c'est un autre " Être " toujours chaleureux, mais méconnaissable,un véritable "bébé !" . J'argumente sur tous les sujets,en toute circonstance, avec elle, inlassablement, sans me lasser, m'impatienter de son mutisme . Elle me regarde gravement, paraissant étonnée, ayant l'air de comprendre ! Je continue, patiemment, infatigablement ... mes discours dans le vide ?, peut-être pas encore dans le néant !

Personne , s'il n'a pas vécu avec deux êtres aussi dissemblables , celle avec laquelle on a vécu toute une vie , " sa Doudoue ", passé près de cinquante années merveilleuses à se construire ensemble, et celle que je chérie toujours de plus en plus, qui depuis quelques années n'est plus là ; dont la mémoire, ce bien parmi les plus précieux, qui constitue tout un être et qui lorsqu'elle disparaît progressivement, puis s'éteint totalement, fait que personne ne peut savoir ce qu'est vraiment ce fléau qui peut s'abattre sournoisement , insidieusement, inexorablement et pour toujours, sans répit ni espoir de ...

C'est pour cette raison que je vous présente et vous recommande,dans un premier temps, de prendre connaissance de ce numéro de La Recherche sur la Mémoire après cette longue interruption de mon blog , en vue de connaître comment fonctionne la mémoire de notre cerveau lorsqu'elle n'est pas perturbée par des phénomènes dont nous ne connaissons pas toujours les causes réelles profondes .




Gerboise n'a pas " oublié " ses fidèles lecteurs .





Depuis plus de quatre mois, un bruit infernal provenant de travaux importants, dans l'immeuble où nous résidons, a perturbé ma femme [atteinte de cette maladie inhumaine], incapable de comprendre ces sons incohérents que sont les bruits sourds provenant de ces rénovations . J'ai passé une grande partie de mon temps à la rassurer,minute par minute,des journées entières, sa mémoire ne dépassant pas quelques dizaines de seconde . C'est la raison pour laquelle je n'ai pu continuer à construire les billets de ce blog Gerboise . Ces perturbations dans l'immeuble sont terminées . Je vais pouvoir reprendre progressivement ces communications avec vous tous qui deviez vous interroger sur mon silence .


Voici , ci-dessous , la suite de la première image présentée dans ce billet .

Voici ci-dessous quelques pages de ce numéro spécial de La Recherche , numéro que je recommande de lire en vue de comprendre les problèmes qui se posent dans la connaissance des " structures " de la mémoire .










Voici les quelques pages concernant la maladie d'Alzheimer dans ce numéro spécial .





Je pense revenir sur ce thème dans d'autres billets, en vue d' approfondir les divers éléments de ce sujet fondamental , qui concerne les nombreuses apparences (ce qui paraît au dehors et peut ne point correspondre à la réalité) et configurations (formes extérieures) de la Mémoire humaine .


Bien à vous tous, cordialement, Gerboise .