vendredi 2 janvier 2009

La spirale de Fraser* : Illusion visuelle ? Attention** ? La figure de Fraser de Jacques Attali, un livre sur une façon de voir l'évolution du monde

Schéma permettant de se représenter un ensemble d'éléments concernant la notion d'apparence (aspect qui nous apparaît [qui nous semble exister, qui a l'air d'être réel, que nous croyons pouvoir prendre en compte] de quelque chose, de ce qu'on voit d'une personne , d'un objet ou d'un phénomène , de la manière dont ils se présentent à notre regard, à notre esprit ) , par rapport à celle de réalité ( caractère de qui est réel, de ce qui existe effectivement, et n'est pas seulement une invention, une construction de l'esprit ).

(comme d'habitude, il peut être agrandi par un clic gauche)
.

" La Figure de Fraser ", livre de Jacques Attali, publié aux Éditions Fayard, 1984 .

Un ouvrage surprenant, enrichissant certainement, , parfois déconcertant, mais remarquable, provocateur : oui ! qui vous amènera très loin dans une certaine connaissance passionnante et très instructive , celle de l'histoire des hommes et des civilisations, de l'influence de l'évolution des techniques , de la migration des centres économiques ,de leurs conséquences, en particulier celles des influences majeures à travers le temps et l'espace : il faut absolument en prendre connaissance . Nous vous conseillons vivement d'acquérir et de lire cet ouvrage, et d'avoir le même plaisir que Gerboise a éprouvé lors de sa propre lecture . Nous commenterons le contenu du livre dans une toute prochaine suite de cette présentation .

Voici la présentation de l'éditeur située à son verso :

" Ce bref essai est le texte substantiellement élargi et récrit d'une conférence prononcée par Jacques Attali dans le cadre d'un colloque de Cerisy . Il se veut la synthèse de ses travaux successifs sur la musique [ bruits], la médecine [ l'ordre cannibale], l'économie [ La parole et l'outil et les trois monde], la mesure du temps [ Histoires du temps] . Métaphore de cette réflexion : une figure géométrique, la " figure de Fraser " , qui présente la particularité d'être, selon la position de l'observateur, (et de son état d'esprit) soit une spirale [ emblème du progrès continu] , soit une succession de cercles concentriques [ symbole de la répétition de cycles] . A partir de cette figure et des représentations contraires et conjuguées de l'histoire qui s'y lisent, Jacques Attali s'interroge sur la nature de toutes les " crises " , et en particulier de celle de cette fin du XXe siècle ."

Les figures présentées dans ce billet sont extraites d'un livre, lui également exceptionnel : " de l'oeil à la vision " de John P. Frisby, dont l'édition originale fut publiée par Oxford University Press, 1979 . La traduction de l'anglais a été réalisée par Pierre Guilhon et publiée par les Éditions Fernand Nathan en 1981 .

John Frisby, professeur de psychologie à l'Université de Sheffield, est une autorité reconnue dans le domaine de l'étude de la vision " stéréoscopique " si magistralement présente dans ce livre .

La question primordiale posée et traitée dans ce dernier ouvrage s'énonce ainsi :

" Que se passe-t-il dans notre esprit quand nous voyons, nous pensons, nous réfléchissons ? "

Quand nous subissons l'illusion d'optique de Fraser, ce que notre cerveau se représente alternativement : une spirale ou des cercles concentriques, selon notre attention , notre degré de concentration, nos connaissances, notre esprit critique, notre volonté, notre soif de ne pas nous laisser leurrer par cette soi-disant illusion non maîtrisée par notre conscience, sommes-nous dans notre état normal ?

C'est à cette question essentielle que nous essayerons de répondre prochainement !
Enfin, ne sont-elles que des chimères (pures créations de l'esprit qui se représente des choses qui n'existent pas) , des leurres, ces figures labiles (sujettes à se transformer) et fugaces (qui disparaissent soudainement, durent très peu, insaisissables) des apparences, ces figures ?


Mais avant toute chose dans ce premier billet, n'est-t-il pas nécessaire de préciser, à tous les points de vue, ce que représente cette " Spirale de Fraser " , énigmatique, concept qui au premier abord est difficile à comprendre, à déchiffrer .

Cette spirale de Fraser tient son nom du psychologue James FRASER, qui étudia le premier cette illusion d'optique en 1908 . On l'appelle aussi " fausse spirale ", ou, d'après son nom originel, " illusion des cordes emmêlées " .
Bien que composée de cercles concentriques, l'image donne l'impression d'une spirale sans fin . Ceci est dû au fait que des motifs réguliers [les cercles] sont combinés avec un motif non aligné [les bandes de couleur] . D'autres illusions, impliquant qu'une succession d'éléments inclinés amène " l'oeil " à percevoir des torsions et des dérivations, ( des détournements qui écartent de la direction initiale) fictives .

Sans recul, collés au quotidien, à l'apparence immédiate, nous croyons évoluer sur un cercle immuable, incapables " de prendre du champ " qui aurait permis de voir que de saut en saut, de " crises en crises " nous sommes engagés dans le tournoiement d'une spirale convergente .


" La Spirale de Fraser :La réalité, est qu'il n'existe aucune spirale . Pour vous en convaincre, en commençant par la partie centrale, concentrez toute votre attention volontaire , les unes après les autres, sur les éléments [d'épaisseur croissante]de chaque structure concentrique . Vous constaterez l'évidence de la présence de circonférences autonomes sans aucune relation entre elles . Vous pouvez simplement vous assurer de ce fait en suivant du doigt chaque structure concentrique constituée de fragments en " tuiles courbées " légèrement gauchis par rapport au centre . Cette étonnante réalité : l'absence matérielle de toute spirale, ébranle ( compromet) cette belle certitude que beaucoup de personnes croyaient, croient toujours que l'expérience visuelle est, en quelque sorte, semblable à la photographie, que" l'œil " agit comme une sorte de caméra, puisqu'il saisit une image du monde par sa rétine sensible à la lumière .
La spirale n'a d'existence que dans votre tête, dans votre esprit ! Par conséquent, en quelque manière, l'image d'entrée trompe le système visuel qui produit incorrectement une description de la scène incorporant une spirale . Et un procédé qui prend des cercles concentriques comme entrée et livre une spirale comme sortie peut difficilement se voir qualifier de " photographique " ... les formidables illusions telles que la spirale de Fraser sont-elles authentiquement représentatives de notre perception de tous les jours, ou sont-elles des figures truquées imaginées par les psychologues ou les artistes ?
Ces illusions peuvent nous surprendre, et même nous réjouir, mais sont-elles de quelque utilité pour nous renseigner sur ce qui se passe dans notre tête lorsque nous regardons le monde ? ... les illusions abondent dans les scènes de tous les jours, mais souvent l'observateur n'en perçoit rien ... l'œil ne mérite pas une confiance absolue .

Voir n'est pas toujours croire

-ou du moins ne le devrait pas ."

N'en est-il pas de même en ce qui concerne tous nos sens ? et notre ESPRIT !

Je croyais, il me semblait ... d'avoir vu cet homme...(que valent certains témoignages !) ; d'avoir lu ce livre : pourtant j'avais bien l'impression... ; d'avoir entendu ce discours ; d'avoir senti une odeur ; après réflexion et examen attentif, je suis obligé de constater qu' il n'en est rien ! Que tout cela n'était qu'illusions . J'ai " eu la berlue " (avoir des visions, une illusion !) : défauts d'attention lorsque nous avons " l'esprit ailleurs ", ou que notre volonté faiblit ou est absente !

Ces considérations méritent réflexion, n'est-ce pas ? Nous reprendrons ce thème, car il n'appartient pas au sujet de ce billet d'aujourd'hui, quoique ?

Ainsi la métaphore utilisée par Jacques Attali : La figure de fraser, repose sur un phénomène qui est dépendant de l'individu, de sa capacité de suggestion, de sa capacité de dominer sa propre volonté et n'est donc pas universelle et valable dans la durée ...

Moi qui écrit, Gerboise!, par exemple, je dois faire un effort intense pour " subir " la vision, l'illusion d'une spirale devant cette figure, je ne vois instantanément que des cercles concentriques devant la figure de Fraser !

J'avais réalisé la même expérience avec des centaines d'étudiants, il y a une vingtaine d'années lors d'un enseignement de réflexion, de communication et de culture scientifiques (ERCCS).
Une bonne moitié ne subissaient pas l'illusion . Quatre facteurs intervenaient systématiquement : 1- l'écartement de leurs yeux influençant leur vision stéréoscopique ; 2- leur capacité de " voir , de capter " le relief instantanément , lors de l'observation d'un couple de photographies aériennes à l'aide un stéréoscope ; 3- leur facilité d'accommoder la vision des deux images virtuelles des oculaires lors d'un examen microscopique à l'aide d'un microscope ou d'une loupe binoculaire [capacité acquise par l'habitude de la concentration de leur esprit ou inhérente à leur physiologie, à leur volonté, à leur " nature ! " ?] ; 4- leur " soif de connaître ", leur passion pour la connaissance, leur curiosité " sans borne[s], illimité "!

Que de merveilleux souvenirs : ces contacts pédagogiques avec ces jeunes passionnés et avides de connaître et de comprendre !

" La spirale de Fraser .Le fait est qu'il n'existe aucune spirale . Pour vous en convaincre, suivez du doigt le fil de cette image . En réalité, la " spirale " de Fraser est fondée sur des cercles concentriques composés de fragments légèrement gauchis par rapport au centre ."

Voici trois schémas, montrant des étapes d'une représentation d'un modèle mathématique .

1 secteurs non décalés le long de circonférences périodiques tracées à partir du centre de la figure .

2 pseudo-spirale, dans laquelle " l'effet " doit commencer à apparaître à l'esprit.
3 une spirale de Fraser, ou une succession de cercles concentriques ?

A bientôt, après ce développement nécessaire sur cette spirale de Fraser, afin de pouvoir continuer à commenter, après beaucoup de réflexion, ce livre attachant et provocateur par sa façon de " voir " l'évolution du monde, ses vicissitudes, ses mésaventures, ses tribulations successives .


Bien à vous, Gerboise .

jeudi 1 janvier 2009

2009 ! Une année nouvelle,celle de l'effort :la force,la persévérance de l'homme et de l'animal , mais également l'énergie des forces intellectuelles.


L'association dans l'effort, ici celle de l'homme et du cheval, doit être un symbole ; cet acharnement, cette endurance, cette ténacité, cette complicité qui se dégage de ce charroyage (charroyer, transporter par charriot) , où l'être humain et l'animal " suant sang et eau " , tendus par " ce coup de collier " nous fascine et provoque notre réflexion, nous amène à nous poser des questions sur les incidences de toute nature qu'impliquent une telle situation, en ce début d'année nouvelle !

Effort : Action énergique des forces physiques, intellectuelles et morales " faire un effort sur soi-même " ; se déterminer à une chose, malgré sa répugnance, son aversion, les difficultés de toutes sortes ; " s'efforcer à porter son fardeau ", c'est-à-dire de mobiliser ses forces pour surmonter une résistance malgré l'adversité, les épreuves ...



La notion d'effort à l'école : C'est dans cet espace, et dans celui de la famille où " tout va se jouer "au départ de l'enfance, que devrait se construire cette capacité prodigieuse, suprême : apprendre à " mobiliser ses propres forces " pour surmonter " une résistance ", quelle qu'elle soit.


" Ne confondons pas l'enseignement de l'effort avec l'enseignement par l'effort " (E. Claparède, Psychologie de l'enfant) .

" Tout système de civilisation qui tend à diminuer l'effort affaiblit conséquemment la culture " (Georges Duhamel, Défense des Lettres) .

" Ce que nous n'avons pas eu à déchiffrer par notre effort personnel, ce qui était clair avant nous, n'est pas de nous " (Marcel Proust, Le temps retrouvé) .

" L'effort est fait pour lancer, et au besoin naturellement pour relancer l'activité . Nous devons faire effort pour apprendre ce qui ne nous intéresse pas si c'est indispensable, mais c'est en vue d'arriver à ce niveau où cela nous intéressera ; nous devons faire effort pour acquérir des sentiments et des instruments, mais avec la confiance qu'ils finiront par nous porter .
On pourrait dire que l'effort est essentiellement la médiation (l'intermédiaire) par laquelle la volonté allume l'essor (l'impulsion, l'épanouissement, le progrès ) " (R. Le Senne, Traité de moralité) .

Enfin, il ne faudrait pas omettre (ne pas faire ou ne pas dire, volontairement ou non, ce qu'on pouvait, ce qu'on devait faire ou dire) , taire (ne pas dire volontairement une chose) ici et partout dans tous les divers contextes de la vie, la notion d'émulation .

L' émulation (cet exemple parmi les plus efficients du monde vivant), cette disposition morale portant " à faire effort " pour égaler ou surpasser les autres, les événements et les choses de ce monde, pour le savoir, le rendement de l'activité, les performances sportives ... est incomparable, unique et doit être en cette nouvelle année privilègiée, encouragée, stimulée, aiguillonnée, " supportée ! " prise en soi .

" L'émulation est un sentiment volontaire, courageux, sincère, qui rend l'âme féconde, qui la fait profiter des grands exemples, et la porte souvent au-dessus de ce qu'elle admire ... " (La Bruyère, Les caractères) .

2009 ! Une année nouvelle qui , nous en sommes certain, nous fera progresser .

Juste une petite, mais profonde pensée de Gerboise en vue de vous souhaiter tous ses voeux de santé, de bonheur, de prospérité, particulièrement à tous ceux qui un jour sont arrivés sur ce blog "Savoirs et réflexions " et tous ceux qui aborderons sur ses rivages dans les jours, les mois à venir .

Bien à vous, Gerboise .

mercredi 31 décembre 2008

Ce soir, ce sera la Fête ! quelquesoit votre situation : c'est ce que Gerboise vous souhaite du fond du coeur !


En cet après-midi, veille de la Saint-Sylvestre, nous vous souhaitons une soirée de réveillon merveilleuse en cette fin d'année 2008 . Nous espérons que cette soirée corresponde à vos intentions, à un projet qui vous " trotte par la tête ", celui que vous avez désiré, ces dernières semaines , de tout votre être .

Bien à vous, Gerboise .

mardi 30 décembre 2008

" Les éléphants,ces créatures étranges et intelligentes,dont l'esprit de cohésion est extraordinairement proche du nôtre ."Douglas Hamilton, Zoologue.

Les éléphants surviennent par une chaleur torride, des confins du désert, mer sans limites, et enfin ...les lourds voyageurs, à l'horizon , s'effacent.
Quand la troupe d'éléphants apparaît à l'horizon, ces masses brunes, que guide un vieux chef, marchent lentement, soulevant la poussière ...

Les éléphants


Leconte de Lisle est un remarquable peintre des animaux exotiques . Il a su tout à la fois décrire leur aspect physique et leurs allures, et analyser, par une sorte de divination, leurs instincts et leurs impressions . On remarquera dans les Éléphants [1862] la disposition musicale du thème : dire les trois premières strophes à voix basse ; la quatrième et la cinquième un peu plus haut ; à partir de la sixième strophe, le ton doit être soutenu : c'est la description du cortège qui passe sous nos yeux ; - avec la dernière strophe, la voix doit s'abaisser de nouveau, et le dernier vers doit s'évanouir comme la vision elle-même .
Cette poésie évoquant la vision d'une troupe d'éléphants traversant une savane tropicale, ne vous semble t-il pas que le poète, immobile en un point du paysage, voie à l'horizon une troupe d'éléphants qui s'avance, - passe devant lui, - puis s'éloigne et disparaît ?
Où vont les éléphants ? Au pays natal, dont ils ont la nostalgie ? Y vont-ils comme en pèlerinage, ainsi que les hommes se rendent en un lieu sacré ? Cette description poétique nous laisse une impression de simplicité, de force et de grandeur .


" Le sable rouge est comme une mer sans limite,
Et qui flambe, muette, affaissée en son lit .
Une ondulation immobile remplit
L'horizon aux vapeurs de cuivre où l'homme habite.

Nulle vie et nul bruit ; Tous les lions repus
Dorment au fond de l'antre éloigné de cent lieues,
Et la girafe boit dans les fontaines bleues,
Là-bas, sous les dattiers des panthères connues .

Pas un oiseau ne passe en fouettant de son aile
L'air épais, où circule un immense soleil .
Parfois quelque boa, chauffé dans son sommeil,
Fait onduler son dos dont l'écaille étincelle .

Tel l'espace enflammé brûle sous les cieux clairs .
Mais, tandis que tout dort aux mornes solitudes,
Les éléphants rugueux, voyageurs lents et rudes,
Vont au pays natal à travers les déserts .

D'un point de l'horizon, comme des masses brunes,
Ils viennent, soulevant la poussière, et l'on voit,
Pour ne pas dévier du chemin le plus droit,
Sous leur pied large et sûr crouler au loin les dunes .

Celui qui tient la tête est un vieux chef . Son corps
Est gercé comme un tronc que le temps ronge et mine ;
Sa tête est comme un roc, et l'arc de son échine
Se voûte puissamment à ses moindres efforts,

Sans ralentir jamais et sans hâter sa marche,
Il guide au but certain ses compagnons poudreux ;
Et, creusant par derrière un sillon sablonneux,
Les pèlerins massifs suivent leur patriarche .

L'oreille en éventail, la trompe entre les dents,
Ils cheminent, l'œil clos . Leur ventre bat et fume,
Et leur sueur dans l'air embrasé monte en brume ;
Et bourdonnent autour mille insectes ardents .

Mais qu'importe la soif et la mouche vorace,
Et le soleil cuisant leur dos noir et plissé ?
Ils rêvent en marchant du pays délaissé,
Des forêts de figuiers où s'abrita leur race .

Ils reverront le fleuve échappé des grands monts,
Où nage en mugissant l'hippopotame énorme,
Où blanchis par la lune et projetant leur forme,
Ils descendaient pour boire en écrasant les joncs .

Aussi, pleins de courage et de lenteur, ils passent
Comme une ligne noire, au sable illimité ;
Et le désert reprend son immobilité
Quand les lourds voyageurs à l'horizon s'effacent .

Leconte de Lisle

[ Poèmes barbares, A. Lemerre, éditeur]

Ci-dessous l'éléphanteau cherche les mamelles de sa mère pour téter au coucher du soleil .

Toutes les photographies présentées sont extraites d'un magnifique ouvrage que nous vous recommandons fortement d'acheter :" L'Art d'être Éléphant " de Christine et Michel Denis-Huot, publié par les Éditions Gründ, 60, Rue Mazarine, 75006,Paris . (le prix de l'ouvrage ainsi que la date d'édition nous sont inconnus car nous avons découvert et acquit ce livre dans une brocante !)

Bien à vous, Gerboise .

dimanche 28 décembre 2008

Premières clartés du matin : des langages ; les discours et les écrits ; l'expression orale et la communication écrite .

Quand nous exprimons cette pensée (vérité [?] remarquable brièvement énoncée), cette maxime (insiste sur la valeur du fond de la pensée qui peut servir de règle pour un art, une science , et dans la vie pratique) , cette sentence (a surtout rapport à l'expression, sous une forme ramassée, d'une opinion, d'une pensée ou d'une maxime) , cette soi-disant " vérité ", lorsque nous clamons que :

" les paroles s'envolent, mais que les écrits restent ",

c'est souvent pour les déprécier, les rabaisser toutes les deux . Puisque l'écriture est dans cette éventualité une sauvegarde et une précaution contre les excès, les abus que l'on peut faire de la parole par imprudence, par légèreté ou par intention de tromper, de circonvenir (agir auprès de quelqu'un avec ruses et artifices pour le déterminer à faire ce qu'on souhaite de lui) . L'écriture devient alors un artifice de scribe (de greffier, de gratte-papier !) qui ôte ses ailes à la parole et l'enchaîne à la terre . Il ne faut pas passer sous silence les questions de Faust à Méphistophélès (Faust: Poème dramatique de Goethe, 1808, dans lequel Faust, entre Méphistophélès qui s'est juré de le réduire à l'animalité, et Dieu, qui lui laisse les moyens d'assurer son salut par ses seules forces, il apparaît comme le symbole de la condition humaine et de son écartèlement permanent entre le bien et le mal) :

" Quoi, tu me demandes une signature, pédant ? (prétentieux) N'as-tu donc jamais eu affaire à un homme, à la parole d'un homme ? La parole meurt en passant par la plume ."

Cependant, la sagesse de Confucius nous apprend à nous méfier :

" La mémoire la plus forte, la plus intense, dit-elle, est plus faible que l'encre la plus pâle " .

Écrire, rédiger des idées, c'est choisir, opter parmi les possibles en vue de construire du sens, c'est prendre possession de certains d'entre eux, c'est promettre de les réaliser beaucoup mieux que par la parole, le discours, qui reste presque toujours un essai, une tentative, et a besoin de se redoubler et de se confirmer elle-même pour devenir un engagement, une obligation . Quand l'écriture fixe l'instant, c'est toujours pour l'enchaîner à d'autres instants, comme la parole dans le serment : mais la signature est le sceau du serment . Dans cet engagement, cette promesse, cette résolution, la parole apparaît toujours comme ayant un caractère de solennité : elle cesse d'être un jeu (une action, un acte) fugace, fragile . Nous voulons qu'elle nous lie, nous engage . La parole est un acte spontané qui ne peut pas toujours être repris, modifié ; la signature y ajoute un acte nouveau que nous inscrivons dans les choses par lequel nous nous interdisons en effet de la reprendre .
Si l'écriture est une parole qui, au lieu de s'évanouir (disparaître, se dissiper sans laisser de traces) avec l'instant qui l'a produite, se fixe (s'ancre) dans la durée (espace de temps que dure une chose, un événement) , elle est à la parole ce que la durée est à l'instant (moment très court) . Car l'instant de la lecture n'est point le même que celui de l'écriture . De telle sorte que cette écriture qui, malgré le temps écoulé, a franchi sans changement l'intervalle (distance d'un temps ou d'un lieu à un autre) qui sépare les deux instants, a montré par là qu'elle devait surpasser (aller au-delà ...) toutes les préoccupations (ce dont on a souci, ce dont il convient d'avoir du souci, ce qui occupe fortement l'esprit) de l'instant . Car tout ce qui est né de l'instant n'a de sens que pour l'instant et doit périr (prendre fin, disparaître) aussi dans l'instant . Il en est du livre comme des contrats que l'on signe pour s'engager ; et il valait mieux ne rien écrire que de renier (désavouer) aujourd'hui ce que l'on avait écrit la veille, pour recommencer demain une tentative (démarche) aussi vaine, vouée (destinée irrévocablement) d'avance au même sort .
On ne s'étonnera donc pas de la puissance presque surnaturelle que les scribes (employés aux écritures) ont toujours exercée .

Ceux qui écrivent laissent toujours un monument plus durable que ceux qui agissent et qui ont besoin d'eux pour être capables de survivre .

Bien à vous, Gerboise .

vendredi 26 décembre 2008

Premières clartés du matin : Les provinces de France - La Provence . (suite n° 3 du 4 Décembre 2008) .


Cette gravure, comme les précédentes, est extraite du merveilleux petit livre de Doré Ogrizek que nous vous conseillons d'acquérir : Les provinces de France, publié en Novembre 1953 par les Éditions Odé . L'ouvrage est préfacé par Georges Duhamel, de l'Académie Française . L'illustration ci-dessus [ qui peut être agrandie par un clic gauche ] est de Jacques Liozu .

Les textes de différents auteurs, présentent chaque Province Française d'une façon remarquable, et sont agrémentés par des croquis régionaux agréables et de bonne facture (exécution, réalisation) .

" Naturellement, vous aimez la Provence . Mais quelle Provence ?
Il y en a plusieurs . Une est toute nue, à peine voilée d'un maillot de bains à dessins cubistes, et noire d'un hâle étudié . Elle trône sur un " planking " entre deux ou trois palaces et casinos . Celle-là, je la salue à peine quand je la rencontre .
Une autre perche sur de petits monts aérés, secs, où tout est d'azur, le ciel, le silex pailleté, l'arbuste bleuâtre . Il y a des morceaux de Provence gras, herbus, baignés de sources, de petites Provences italiennes, même espagnoles ; une Provence - peut-être est-elle ma préférée - maritime, pays de calanques d'un bleu qui n'est point suave, mais féroce, de petits ports huileux qu'on ne déchiffre qu'à travers une grille de mâts et de cordages ... " .

Colette

D'ici la présentation d'une autre région de notre douce France où Gerboise " vadrouille " ( vagabonde, parcours les sentiers) les dimanches dans les forêts où les arbres de l'Automne finissant, prennent leurs couleurs pourpres, celles des séculaires érables canadiens .

Bien à vous, Gerboise .

jeudi 25 décembre 2008

Premières clartés du matin: La curiosité,intérêt,soif de connaître,initiatrice de l'essor des savoirs,ou parfois, avidité malsaine fâcheuse, néfaste .



" La curiosité qui nous ouvre les yeux à quelques phénomènes nous les ferme à un bien plus grand nombre . D'où la nécessité d'une grande ~ ouverture d'esprit ~ ouverte sur sur la diversité des êtres et des choses ... "


"L'Art d'enseigner n'est que l'art d'éveiller la curiosité des jeunes esprits pour la satisfaire ensuite, et la curiosité n'est vive que dans les êtres heureux" . [ Anatole France] "

" Il y a diverses sortes de curiosité : l'une d'intérêt, qui nous porte à désirer d'apprendre ce qui peut être utile ; et l'autre d'orgueil qui vient du désir de savoir ce que les autres ignorent " [La Rochefoucauld, Maximes] .




Une personne, une individualité curieuse, est celle qui a grande envie de voir et d'apprendre, qui est mue par le besoin de s'étonner et de découvrir des choses nouvelles ou inhabituelles surprenantes, qui attirent l'attention par leurs qualités, leurs raretés ; et, en mauvaise part, un indiscret, celui chez qui le besoin de savoir tourne à l'indiscrétion .
D'abord, dans l'histoire des civilisations, la curiosité pour l'autre , loin d'être la chose au monde la mieux partagée, ferait plutôt figure d'exception .
Si le XVIe siècle lui fait une place et la valorise, elle était condamnée par le Moyen-Age comme " turpis curiositas " et, au XVIIe siècle, par Pascal, comme vanité .

" Curiosité n'est que vanité . Le plus souvent on veut savoir que pour en parler ; autrement on ne voyagerait pas sur mer, pour ne jamais rien en dire et pour le seul plaisir de voir, sans espérance d'en jamais rien communiquer " [Pascal] .

La règle serait volontiers l'ignorance, l'indifférence, l'hostilité . De fait, chaque culture a élaboré, de façon plus ou moins organisée, des procédures de reconnaissance-méconnaissance, imitation-mise à distance, folklorisation-destruction des autres .

" Et quant à la connaissance des faits de Nature, je veux que tu t'y adonnes (tu t'y consacres, tu pratiques) curieusement [avec curiosité] , qu'il n'y ait mer, rivière ni fontaine dont tu ne connaisses les poissons ; tous les oiseaux de l'air, tous les arbres, arbustes et fructices [arbrisseaux] des forêts, toutes les herbes de la terre, tous les métaux cachés au ventre des abîmes, les pierreries de tout Orient et Midi, rien ne te soit inconnu " . François Rabelais, Pantagruel, 1532 .

L'étonnement est la surprise causée par : quelque chose d'extraordinaire ou 'inattendu qui fait impression à l'esprit ; une difficulté à comprendre une explication, une information différente de celle qu'on attendait logiquement ; une sensation morale causée par une chose hors du commun, singulière, nouvelle, imprévisible, inespérée, déconcertante .
L'étonnement est un des moyens les plus énergiques pour attirer l'attention .

Entre la curiosité et l'attention existe un lien des plus étroits, la première étant pour la seconde un stimulant et un soutien admirables . Tout ce qui excite la curiosité, comme la surprise, la nouveauté et la variété, excite du même coup l'attention . La mobilité ou le caprice de l'une rend l'autre fugitive et distraite, l'esprit se détournant de ce qui cesse de l'intéresser . La curiosité est donc le germe ou la source naturelle de l'attention .

Ce qu'Esope (fabuliste grec, VIe siècle av. J.C.) disait à Xantus (philosophe grec) , son maître, " qu'il n'y a rien de meilleur que la langue parce qu'elle est la clef des sciences, l'organe de la vérité et de la raison, ni rien de pire, parce qu'elle est la source des divisions et, qui pis est, de la calomnie, pourrait se dire semblablement de la curiosité ."

La tâche de l'éducateur à l'égard de la curiosité est double, négative d'abord, puis positive ; négative en ce qu'il devra s'appliquer à réprimer chez l'enfant la curiosité vaine et indiscrète ; positive, en ce qu'il aura à éveiller et à fortifier la curiosité saine et féconde .

Il est d'ailleurs une excellente façon d'alimenter l'esprit de l'enfant, tout en le détournant de la curiosité basse et mesquine, c'est de cultiver en lui le sentiment esthétique, c'est de lui inspirer du goût pour les belles oeuvres de la littérature et de l'art . A défaut des musées, malheureusement trop rares, il y a le livre, qui peut pénétrer partout, accompagner toujours .
Inciter l'enfant à la curiosité féconde, faire qu'il s'intéresse à la connaissance et même à la recherche des raisons des choses, c'est instituer encore le meilleur préservatif des curiosités mauvaises .
Une des plus grandes raisons qui éloignent les enfants de l'étude, c'est l'obscurité des explications qu'on leur donne, et surtout le mépris que l'on montre pour leur désir de savoir .

La forme de curiosité féconde, a, suivant l'expression de M. Ribot [ La Psychologie des sentiments] " Tous les degrés de l'animal qui palpe et flaire, jusqu'à un Goethe qui scrute tout, veut tout savoir, tout embrasser " .

Nous reprendrons ces réflexions sur ces formes diverses de la curiosité dans un prochain billet en vue d'en tirer toutes les informations permettant d'acquérir un esprit critique efficient .

Nous les distinguerons précisément d'après leurs desseins, leurs motivations, leurs buts . Nous pensons, qu'en fonction de ces points de vue, pouvoir les délimiter ainsi :

- D'abord une curiosité vaine ou futile, stérile ou dérisoire, qui porte surtout sur les faits, sur les objets sensibles (perçus par les sens), et qui est, lorsqu'elle règne, la caractéristique d'un esprit frivole ou dénué de profondeur .
- Ensuite une curiosité maligne ou de mauvais aloi (pernicieuse, préjudiciable) , faite du désir de savoir ce qu'on devrait ignorer : elle " s'accouple " ( s'associe, se combine) parfois avec la précédente et porte de préférence sur les personnes ; elle est alors la marque d'un esprit indiscret et/ou malveillant .
- Enfin la curiosité utile et féconde (fructueuse, créatrice et fertile), qui est le témoignage, le symbole d'un esprit ouvert et réfléchi : elle tend, dans ses formes élevées, exceptionnelles, à vouloir connaître les lois et même la nature des choses, non seulement le comment mais également le pourquoi du monde ! Elle ambitionne une connaissance totale, aspire à la Science et à la vérité absolue .

Votre curiosité ," votre soif de connaître au sens noble du mot " , doit être aiguisée, excitée [peut-être ?, je pense sûrement ! ] à la pensée de pouvoir satisfaire votre " appétit " à propos des prochains commentaires de cette rubrique pleine de nouveautés, de curiosités [!] formatrices de l'esprit !

Bien à vous, Gerboise .