mardi 15 février 2011
Lueurs* de l'aube à approfondir : Réflexion de Jean Fourastié sur l'Être humain dans son livre, Faillite de l'Université, 1972, éditions Gallimard **
.
* Lueurs : illuminations soudaines de l'Esprit, passagères, qui donnent l'idée d'une " sorte d'apparence " qui peut conduire à la révélation d'une chose inconnue jusqu'alors ; expressions vives ,imprévues et subites pour la Réflexion . Avoir des lueurs, quelques lueurs sur quelque chose : lumière, apporter ses lueurs, ses connaissances, sur un sujet, c'est ce dont il est question dans cette rubrique .
** Jean Fourastié, 1907-1990 : après des études d'ingénieur et d'économiste et une douzaine d'années au ministère des finances, Jean Fourastié a été appelé en 1945 au Commissariat général au plan que venait de fonder M. Jean Monnet . Il y présida les commissions de la main-d'oeuvre de quatre plans successifs . Depuis 1967, il borne de son activité à l'enseignement et à la recherche . Il a été professeur au Conservatoire National des Arts et Métiers et à l'Institut d'études politiques de Paris et éditorialiste au Figaro .
" Il est vain de persuader un homme d'une réalité, même expérimentalement démontrée, qu'il ressent comme contraire à sa conception du monde ." [ Idées majeures . Pour un humanisme de la société scientifique, Paris, éditions Gonthier, 1966] .
" La difficulté que nous avons à enrichir notre connaissance d'un sujet déjà connu en partie, est plus grande que la difficulté à acquérir d'emblée la connaissance d'un sujet antérieur ignoré " [ Comment fonctionne notre cerveau, Paris , éditions Robert Laffont, 1974] ( d'où la nécessité de ne pas déflorer superficiellement, ce dont nous ne sommes pas capables, pour une raison ou pour une autre, d'expliquer minutieusement tous les aspects dans des contextes les plus variés possibles).
""Une espèce animale qui pense, qui se pense et qui pense le monde, et qui ne comprend plus, qui ne sait plus trouver de réponse qui la satisfasse aux questions qu'elle se pose sur les causes, les buts et le sens de la vie, et qui pourtant est maîtresse de ses instincts et devient responsable d'elle-même, de son avenir et de la planète où elle née... : telle est l'espèce humaine .
Un être qui doit prendre sans cesse des décisions individuelles et collectives de plus en plus conscientes, de plus en plus réfléchies, de plus en plus efficaces, et qui sait de moins en moins quels buts ultimes, quelles fins dernières ( ce qui est cherché pour lui-même, et non comme un moyen d'atteindre une fin ultérieure, ce qu'il y a au terme de la vie) leur assigner… tel est l'homme d'aujourd'hui .
Bien entendu je ne suis pas en mesure de répondre à ces questions, je ne suis pas en mesure de proposer à l'homme une nouvelle conception du monde . Il est évidemment bien loin de ma pensée que les valeurs traditionnelles effondrées puissent être réhabilitées .
Elles ne sont pas compatibles avec l'esprit scientifique expérimental .
Or le problème est justement qu'il faut à l'homme un système cohérent d'explication du monde et de la vie .
Ce système doit être en accord avec ce que la science expérimentale, notre seule source d'informations sûres, nous a appris et nous apprendra . C'est en ce sens que j'ai écrit dans un autre livre qu'il nous faut une " religion " ( observation scrupuleuse d'un principe : se faire une religion d'une chose )… acceptable pour les « Prix Nobel » [ Lettre ouverte à 4 milliards d'hommes, Albin-Michel, Paris, 1970] .
Mais cette " religion " acceptable pour les « Prix Nobel », elle doit être à l'usage de l'homme moyen . C'est à tous qu'elle doit porter le courage et le réconfort . C'est à chacun qu'elle doit permettre de dominer ses instincts et ses passions, sans les dérégler ni les tuer .
Il ne peut donc être question de restaurer en bloc les valeurs traditionnelles ; mais il faut se préoccuper du vide que laisse leur effondrement ; il faut si possible les remplacer, les pallier (résoudre de façon provisoire une difficulté pratique) , les renouveler . Il faudra sans doute bien des années pour cela ; peut-être des siècles . Mais il n'est que plus certain que la crise née de leur absence sera grave pour l'espèce et douloureuse pour les individus .
Mon seul objectif ici ne peut être que d'envisager comment l'Université peut se comporter dans cette crise, comment elle put tenter d'en réduire la durée et la gravité . Comment elle peut aider ses étudiants à[la] vivre…
... La mentalité traditionnelle, que nous savons aujourd'hui infantile et erronée, a cependant permis à l'humanité de persister et même de progresser quoique fort lentement pendant des centaines de milliers d'années . L'intelligence épurait certes mal, mais ne troublait pas les réflexes de l'instinct . L'effondrement de la mentalité traditionnelle, sans qu'aucune conception du monde et de la vie la remplace, laisse le cortex désemparé, doutant de lui-même . L'indécision, l'instabilité, l'inquiétude, l'angoisse maux classiques des intellectuels, se répandent chez l'homme moyen .
Comment une pensée claire désorientée pourrait-elle faire mieux que l'instinct ?
Je n'hésite pas à écrire que les sources mêmes de la vitalité peuvent être menacées . Les valeurs qui font progresser l'humanité ne sont pas les mêmes que celles qui la font durer . L'Université, qui a oublié les secondes pendant deux siècles, doit aujourd'hui leur porter toute son attention . ""
Gerboise vous laisse réfléchir sur ce texte, très riche en concepts essentiels, de Jean Fourastié . Je serais heureux si je pouvais lire des commentaires de vous tous, lecteurs, à la fin de ce billet .
A bientôt, bien à vous, Gerboise
* Lueurs : illuminations soudaines de l'Esprit, passagères, qui donnent l'idée d'une " sorte d'apparence " qui peut conduire à la révélation d'une chose inconnue jusqu'alors ; expressions vives ,imprévues et subites pour la Réflexion . Avoir des lueurs, quelques lueurs sur quelque chose : lumière, apporter ses lueurs, ses connaissances, sur un sujet, c'est ce dont il est question dans cette rubrique .
** Jean Fourastié, 1907-1990 : après des études d'ingénieur et d'économiste et une douzaine d'années au ministère des finances, Jean Fourastié a été appelé en 1945 au Commissariat général au plan que venait de fonder M. Jean Monnet . Il y présida les commissions de la main-d'oeuvre de quatre plans successifs . Depuis 1967, il borne de son activité à l'enseignement et à la recherche . Il a été professeur au Conservatoire National des Arts et Métiers et à l'Institut d'études politiques de Paris et éditorialiste au Figaro .
" Il est vain de persuader un homme d'une réalité, même expérimentalement démontrée, qu'il ressent comme contraire à sa conception du monde ." [ Idées majeures . Pour un humanisme de la société scientifique, Paris, éditions Gonthier, 1966] .
" La difficulté que nous avons à enrichir notre connaissance d'un sujet déjà connu en partie, est plus grande que la difficulté à acquérir d'emblée la connaissance d'un sujet antérieur ignoré " [ Comment fonctionne notre cerveau, Paris , éditions Robert Laffont, 1974] ( d'où la nécessité de ne pas déflorer superficiellement, ce dont nous ne sommes pas capables, pour une raison ou pour une autre, d'expliquer minutieusement tous les aspects dans des contextes les plus variés possibles).
""Une espèce animale qui pense, qui se pense et qui pense le monde, et qui ne comprend plus, qui ne sait plus trouver de réponse qui la satisfasse aux questions qu'elle se pose sur les causes, les buts et le sens de la vie, et qui pourtant est maîtresse de ses instincts et devient responsable d'elle-même, de son avenir et de la planète où elle née... : telle est l'espèce humaine .
Un être qui doit prendre sans cesse des décisions individuelles et collectives de plus en plus conscientes, de plus en plus réfléchies, de plus en plus efficaces, et qui sait de moins en moins quels buts ultimes, quelles fins dernières ( ce qui est cherché pour lui-même, et non comme un moyen d'atteindre une fin ultérieure, ce qu'il y a au terme de la vie) leur assigner… tel est l'homme d'aujourd'hui .
Bien entendu je ne suis pas en mesure de répondre à ces questions, je ne suis pas en mesure de proposer à l'homme une nouvelle conception du monde . Il est évidemment bien loin de ma pensée que les valeurs traditionnelles effondrées puissent être réhabilitées .
Elles ne sont pas compatibles avec l'esprit scientifique expérimental .
Or le problème est justement qu'il faut à l'homme un système cohérent d'explication du monde et de la vie .
Ce système doit être en accord avec ce que la science expérimentale, notre seule source d'informations sûres, nous a appris et nous apprendra . C'est en ce sens que j'ai écrit dans un autre livre qu'il nous faut une " religion " ( observation scrupuleuse d'un principe : se faire une religion d'une chose )… acceptable pour les « Prix Nobel » [ Lettre ouverte à 4 milliards d'hommes, Albin-Michel, Paris, 1970] .
Mais cette " religion " acceptable pour les « Prix Nobel », elle doit être à l'usage de l'homme moyen . C'est à tous qu'elle doit porter le courage et le réconfort . C'est à chacun qu'elle doit permettre de dominer ses instincts et ses passions, sans les dérégler ni les tuer .
Il ne peut donc être question de restaurer en bloc les valeurs traditionnelles ; mais il faut se préoccuper du vide que laisse leur effondrement ; il faut si possible les remplacer, les pallier (résoudre de façon provisoire une difficulté pratique) , les renouveler . Il faudra sans doute bien des années pour cela ; peut-être des siècles . Mais il n'est que plus certain que la crise née de leur absence sera grave pour l'espèce et douloureuse pour les individus .
Mon seul objectif ici ne peut être que d'envisager comment l'Université peut se comporter dans cette crise, comment elle put tenter d'en réduire la durée et la gravité . Comment elle peut aider ses étudiants à[la] vivre…
... La mentalité traditionnelle, que nous savons aujourd'hui infantile et erronée, a cependant permis à l'humanité de persister et même de progresser quoique fort lentement pendant des centaines de milliers d'années . L'intelligence épurait certes mal, mais ne troublait pas les réflexes de l'instinct . L'effondrement de la mentalité traditionnelle, sans qu'aucune conception du monde et de la vie la remplace, laisse le cortex désemparé, doutant de lui-même . L'indécision, l'instabilité, l'inquiétude, l'angoisse maux classiques des intellectuels, se répandent chez l'homme moyen .
Comment une pensée claire désorientée pourrait-elle faire mieux que l'instinct ?
Je n'hésite pas à écrire que les sources mêmes de la vitalité peuvent être menacées . Les valeurs qui font progresser l'humanité ne sont pas les mêmes que celles qui la font durer . L'Université, qui a oublié les secondes pendant deux siècles, doit aujourd'hui leur porter toute son attention . ""
Gerboise vous laisse réfléchir sur ce texte, très riche en concepts essentiels, de Jean Fourastié . Je serais heureux si je pouvais lire des commentaires de vous tous, lecteurs, à la fin de ce billet .
A bientôt, bien à vous, Gerboise
mercredi 5 janvier 2011
Économie, non pour les nuls, mais pour les non-conformistes : Bernard Maris*, un auteur à connaître…? Ses deux antimanuels d'économie **

Ci-dessus :Sommaire du tome 1
* Bernard Maris (voir ci-dessous, à la fin de la présentation de l'éditeur au verso du tome 1 de l'ouvrage )
** Tome 1 : les Fourmis
**Tome 2 : les Cigales
Voici ci-dessus le sommaire du Tome I : Les Fourmis , du livre de Bernard Maris : ANTIMANUEL D'ÉCONOMIE, publié aux Éditions Bréal, 2003 . Nous pensons que cet ouvrage apportera aux lecteurs de notre blog un point de vue très original de cette science très particulière située à l'interface, à la frontière entre les sciences dites "dures " (physique, chimie, sciences de la Terre et de la Vie) et les sciences humaines .
En vue de vous inciter à vous procurer les deux tomes de ce livre dans lequel vous trouverez énoncés des problèmes vitaux, nous vous présentons les deux introductions de l'auteur qui vous permettront de comprendre les enjeux, les connaissances de cette discipline aussi ancienne que l'Humanité .
(Vous pourrez agrandir les images des deux sommaires en y effectuant un clic gauche)
Mais auparavant, il est important de situer l'ouvrage tel que le présente l'éditeur au verso du tome 1 :
Peut-on échapper à l'économie ?
Elle imprègne l'art, le sport,le sexe et la guerre ; elle engage le quotidien de la ménagère comme celui du manager .
La « marchandisation de la vie » devient l'hymne de l'époque ,et les économistes sont ces farauds (malins,fiers, prétentieux, qui cherchent à se faire valoir) apôtres, capitaines autoproclamés à la proue du «progrès» de l'humanité . Le rationnel est leur sextant ( instrument de mesure en toute chose) , le quantifiable est leur boussole (instrument d'orientation) .
Entre loi de la jungle et productivisme acharné, cartels et stock-options, la statistique quadrille leur parcours . Des kilos d'équations lestent leur « raison raisonnante » .
Tout juste admettent-ils qu'une main invisible leur vient parfois en aide, altruiste ou impérieuse selon les cas .
C'est oublier que l'homme n'est pas, mais alors pas du tout, rationnel . Et que l'économie est avant tout une réflexion sur le partage . Qui regarde le gâteau, qui tient le couteau ?
Une autre économie est-elle possible ?
L'espéranto économique est-il le jargon d'une science dure, le sabir d'une science molle, ou le cache-misère d'une science nulle ?
Traquant les fioritures et les pseudo- concepts, cet Antimanuel permet à chacun de s'armer pour comprendre la harangue des chefs de la guerre économique . Car dans le monde des comptes, il ne faut pas s'en laisser conter .
Sur un ton léger mais incisif, Bernard Maris convoque tour à tour des économistes , de Keynes à Stiglitz , mais aussi, plus inattendus, des philosophes ou des romanciers : Montesquieu, Swift, Jarry, Maupassant, Orwell ou Houellebecq …
Qui osera désormais dire que l'économie est ennuyeuse ?
* Bernard Maris [ doctorat en sciences économiques à l'Université de Toulouse ; il devient professeur des universités par concours d'agrégation en 1994 ; il a enseigné la micro-économie à l'Université d'Iowa (USA) et à la Banque Centrale du Pérou] a publié de nombreux ouvrages d'économie, ainsi que des romans[Prix Leclerc des libraires en 2003 pour L'Enfant qui voulait être muet ].Professeur d'université en France et aux États-Unis , il anime la page économie de Charlie- hebdo,sous le nom d' Oncle Bernard.Doté en 1995 du titre de "meilleur économiste ",connu par des ouvrages comme Lettre ouverte aux gourous de l'économie qui nous prennent pour des imbéciles , Ah Dieu ! Que la guerre économique est jolie ! ou encore La Bourse ou la vie, ne dédaignant ni l'anthropologie , ni la sociologie, ni la psychologie, l'économie qu'il révèle et que nous vivons nous permet de réfléchir à un au-delà de «l'horreur économique». Il écrit pour différents journaux : Marianne, Le Nouvel Observateur, Le Figaro Magazine, Le Monde et Charlie Hebdo . Il intervient dans des émissions de radios et de télévisions .
Introduction du tome 1 :
"" Faut-il lire des économistes ?
Faut-il en rire ?
Oh non ! Ils sont bien trop sérieux ! Tellement sérieux que « l'économie, moi je n'y comprends rien », avouent la plupart des gens .
« Je n'y comprends rien »… N'est-ce point la phrase que l'on entend sans cesse lorsque l'on est confronté à un problème économique ?
Suivie aussitôt de : « Au fait, la Bourse… Vous pensez que ça va continuer à baisser ? »
Eh bien, nous allons chercher à comprendre.
Que l'économie soit très compliquée paraît un gage de sérieux. Et si les économistes se cachaient derrière un jargon ?
Car de quoi parlent-ils au juste ?
Les physiciens débattent, entre autres, de la chute des corps et de l'expansion de l'univers, les chimistes des explosifs, les biologistes des mutations génétiques, des OGM qu'ils fabriquent, du clonage et du sida…
Mais les économistes ? Sont-ils tellement différents des sociologues, des psychologues, des philosophes ?
« Et comment donc ! » Crient-t-ils alors, arguant des nouveaux quartiers de noblesse de leur discipline, sanctifiée par un prix Nobel .En vérité, ce prix est offert par la banque de Suède en l'honneur d'Alfred Nobel et n'est pas un vrai prix, décerné par la Fondation Nobel . Mais cela n'y change rien ! Ils ont des Nobel [ mais il est vrai qu'il n'existe pas de prix Nobel de mathématiques, ce qui est dû à d'obscures raisons de jalousie ou d'adultère, Alfred Nobel détestant un certain mathématicien célèbre…]
Les économistes- des professeurs d'université ou du Collège de France, des experts, analystes, des journalistes économiques qui font des pages économiques et des suppléments - aimeraient beaucoup ressembler aux physiciens . Sont-ils pour autant de vrais savants ? En tout cas, il s'agit d'hommes très important, on le voit bien au moment des discussions du budget, des lois sur l'allongement du travail des actifs ou de la baisse des impôts pour certains, des élections, des grèves, des crises . Ils sont même de plus en plus influents, si l'on en juge par l'explosion des suppléments et des émissions économiques . Même un hebdomadaire comme Charlie hebdo possède sa page économique !
Théories économiques et café du commerce .
Alors, de quoi parlent les économistes ? «Oikos Nomos » : de la gestion de la maison . De la « ménagère », d'où vient le « manager » des Anglo-Saxons . Pour mémoire, Sully ( 1560-1641, conseiller très écouté du roi Henri IV, il fut chargé de superviser les finances royales ) était le « bon mesnager » du doux royaume de France …
Mon ami Alain (?) , directeur d'une grande revue très appréciée des professeurs d'économie, grand amateur d'économie, dit toujours que rien ne l'amuse autant que les « théories » économiques, qui consistent à dire, avec quelques kilos d'équations et un jargon incompréhensible pour 99 % des économistes professionnels eux-mêmes d'ailleurs, ce qu'on raconte entre deux bourrades au café du commerce : « demain ça ira mieux, à condition que ça n'aille pas plus mal, si la confiance revient, et si les gens ont envie de consommer et de travailler, pas vrai mon gars, remets-moi un canon . » L'une des grandes excroissances de la casuistique économique de ces dernières années est la « théorie des incitations» .Elle a dû remplir quelques bibliothèques d'articles impénétrables et laborieux autant que sublimes, qu'on pourrait résumer ainsi : pour produire mieux,il faut de la confiance et de la transparence .
Chapeau !Au Moyen Âge et jusqu'aux Lumières, la casuistique a fait vivre pendant des générations des milliers de clercs dévoués à une « science » qui a fini par disparaître,tout comme il se peut que l'économie disparaisse un jour .D'ailleurs,n'a-t-elle pas déjà disparu ? Le meilleur économiste n'est-il pas le chef d'un État quand il désarme un conflit social et rétablit la « confiance » de ses concitoyens dans l'avenir ?
Le général De Gaulle menait sa politique sans prêter beaucoup d'attention aux coassements de Cassandre des économistes et disait :
« Rétablissons la confiance et l'intendance suivra ! »
Jacques Attali,grand économiste s'il en est,définit un économiste comme
«celui qui est toujours capable d'expliquer magistralement le lendemain pourquoi il s'est trompé la veille»
Keynes disait à peu près la même chose et recommandait à ses pairs une place modeste,subalterne, comparable à celle des dentistes, capables de soigner avec des instruments, des médicaments et des méthodes qu'ils n'ont pas inventés .Il affirmait que demain «simplement,on ne sait pas» .
L'économiste se heurte et se heurtera à jamais au mur d'airain de l'incertain .
D'ailleurs,s'il savait,s'il anticipait le futur économique mieux que d'autres, il serait milliardaire .
Mais regardons-le s'agiter,entre deux heures supplémentaires à l'université, dans les journaux ou à la radio,lorsqu'on lui demande « oui,d'accord,mais demain ? Ça s'arrange ? » On comprend alors qu'il ne peut pas grand-chose pour nous .
D'autres économistes [ Kondratieff, Schumpeter,Marxou encore l'historien Braudel] croyaient en de grandes «pulsations» économiques,de grandes phases d'expansion et de récession .Mais il s'agit aussi plus de croyances que de vraies lois car il n'y a pas de lois économiques.
Prégnance de l'économie .
Pourtant,peut-on échapper à l'économie ?
Existe-t-il un seul domaine social qui ne soit imprégné d'économie ? Le sport ,Le sexe ? La guerre ?
«Combien coûterait une guerre avec l'Irak ?»Titrait en une Le Monde du 4 janvier 2003 .Quand on parle de sport ou de sexe,surgissent illico les aspects économiques du problème : salaires, ventes, marchandisation de la vie .Tout aspect de la vie des hommes en société a toujours un aspect monétaire et quantitatif ; mais désormais cet aspect est essentiel et tend à expliquer ou impliquer tous les autres. Il existe toujours une «raison économique» des choses. Le pétrole pour l'Irak,l'argent pour l'édition,le marché de la pub pour la télé…
Les deux grands systèmes de pensée dont à accouché le capitalisme,à savoir le socialisme et le libéralisme,
colorent tout des couleurs de la raison et de la quantité .L'un et l'autre s'abreuvent à la source utilitariste [Jeremy Bentham, 1748-1832 , fut le père de l'école " utilitariste " à l'origine de la théorie économique dite néo- classique, la seule enseignée aujourd'hui . En bref : un individu est rationnel et il acquiert, dans la limite de ses revenus, les biens qui lui apportent le plus d'utilité possible afin de satisfaire des besoins .D'où sortent les besoins,le revenu ? Mystère .On remarque que c'est un principe de rareté qui fonde l'économie : revenu limité, besoins théoriquement infinis] . La«rationalisation» du monde et sa «quantification»portées par les lumières,puis l'expansion de la science,de la recherche et de l'expérimentation,voguent de concert avec sa marchandisation .
Notre économiste,quantificateur et rationnel, se tient,faraud, à la proue du «progrès»de l'humanité.
Il explique,rationalise et calcule, et d'ailleurs explique en termes de calcul rationnel .
Est-il plus ou moins rentable d'être un criminel qu'un honnête homme,nous demande le prix Nobel 1991 GaryBecker .Plus ou moins rentable,pour un ménage,avoir un enfant de bonne qualité que deux de mauvaise.
Est-il plus ou moins rentable pour un homme politique,d'être corrompu qu'honnête,questionne le prix Nobel 1986 James Buchanan .
L'ouverture des frontières de tel pays était-elle plus ou moins rentable pour ce pays, étant donné ses pesanteurs politiques et culturelles, analyse magnifiquement a posteriori le prix Nobel 1993 Douglass North .
Comment expliquer rationnellement,en termes le coûts - avantages , l'autarcie de la Chine et l'expansion de l'Europe ?
Nul doute qu'on puisse toujours rationnellement et économiquement expliquer le retard de l'Afrique, l'avance des États-Unis ou la stabilité de la demande de camembert, «étant donné le contexte» ou «toutes choses égales par ailleurs» .
Mais la raison résonnante des économistes est en train d'en prendre un sacré coup.
Il y a deux signes qui ne trompent pas .
- Le premier est l'aveu du prix Nobel 2001 Joseph Stieglitz concernant son passage à la banque mondiale,et la politique économie orthodoxe d' icelle et du FMI [ lire La grande Désillusion,Fayard,Paris,2002 . Pour la première fois,un économiste sort de sa tour d'ivoire et avoue qu'il peut être à l'origine…d'émeutes . Il raconte que les experts sont d'une ignorance crasse, manipulés par les politiques, ou le plus souvent, par des idéologues primaires ] .
- Le second concerne l'attribution du prix Nobel d'économie 2002 à un psychologue, Daniel Kahneman, qui raconte ce que mon copain Alain et son idole Keynes savaient depuis toujours : à savoir que les hommes ne sont pas,mais alors pas du tout, « économiquement rationnels» .
Que faut-il enseigner ?
Ces pensées nous conduisent aux programmes de sciences économiques et sociales .On me reproche souvent :
«Mais,vous,totalement critique,qui n'arrêtez pas de fustiger l'économie et les économistes, que pouvez-vous bien enseigner ?»
Je réponds « d'abord, l'histoire économique» . Et avec quel plaisir ! Les faits économiques . On peut raconter l'affaire Enron (mise en faillite le 2-12-2001 - la plus grosse faillite de l'histoire américaine est une sorte de travail pratique de l'économie, exemplaire du fonctionnement du capitalisme) de deux façons :
1) comme une affreuse histoire de malhonnêteté, de transparence non respectée, de dissimulation,d'asymétrie d'information,et renvoyer à la face des ignorants une volée d'équations de la théorie de l'information . On peut geindre sur l' « éthique des affaires », sans se rendre compte qu'on pleurniche sur un oxymore ( figure qui consiste allier deux mots de sens contradictoires pour leur donner plus de force expressive : ex. , une douce violence) .
2) on peut aussi raconter l'histoire d' Enron - et elle devient passionnante - comme celle de la politique énergétique des États-Unis et les relations du Parti républicain avec certains milieux d'affaires ; également comme l'histoire des pratiques des banques d'affaires, des analystes , des agences de notation, et même des journalistes ! Il y a de quoi faire !
Ensuite,un économiste doit raconter l'histoire sociale .Évoquer l'économie indépendamment de la sociologie,de la psychologie ,de l'anthropologie est un leurre pour laisser croire que l'économie est la matrice,la science supérieure, le moule explicatif dans lequel doit se dissoudre la complexité sociale . Heureusement les programmes du secondaire font [encore] beaucoup de place aux disciplines analysant la société .
-Le secondaire enseigne les «sciences économiques et sociales» : on démarre avec Max Weber, on n'oublie pas Marx et on consacre beaucoup de temps à ce que l'on appelle le lien social,avec ses conflits,ses inégalités . On réfléchit sur le travail,la richesse .
-Dans l'enseignement supérieur,tous ces mots disparaissent et sont remplacés par des signes,des graphiques, des équations .
Il ne s'agit plus de dire ce qui est,mais ce qui doit être : l'économie de marché .
À l'esprit de finesse,lié à la pluridisciplinarité du champ secondaire, succède l'esprit de géométrie,qui ne prétend plus comprendre le monde, mais le métrer, le formater selon le calcul économique et l'idéologie du calcul .
Pourquoi ?
Pour fabriquer de bons petits soldats de la « guerre économique», cette guerre de tous contre tous qui vous occupera de longues années avant une maigre retraite .Certes,de jeunes professeurs dénoncent [enfin !] cet « autisme» de l'enseignement universitaire .
Mais «la tendance est lourde», comme dirait l'autre[économètre] ! En 2003, un changement de programme,le douzième en 10 ans,prévoit de privilégier,en supprimant certains auteurs du programme,comme Pierre Bourdieu, " une approche normative des objets d'études au détriment des questionnements ".
L'économie dit ce qui doit être,et non ce qui est .
Ouvrant l'oeil .Dans le monde des comptes,il ne faut pas s'en laisser compter ; et inversement .
Mais de quoi parle de l'économie ?
Ah, vous êtes têtu ! Les belles analyses ne vous suffisent pas ! Les équations ! Les modèles ! Vous voudriez savoir ce qu'il y a derrière…
De quoi parle de l'économie ?
Du partage .Du partage de la richesse . Qui regarde le gâteau, qui tient le couteau ?
C'était le but octroyé à l'économie politique par le grand Ricardo, dans son ouvrage Des principes de l'économie politique et de l'impôt [Garnier-Flammarion, Paris, 1993, première édition 1817 . David Ricardo, 1772-1823, est considéré comme le père de l'économie "déductive" ou " analytique "] , et depuis on n'a pas dit mieux .
L'économie, c'est fondamentalement la question de la répartition .
Pourquoi? Parce que la question du partage est liée à celle de la rareté, il n'y a pas de problème économique ( ... ) .
(...) Certes, " comment fabrique-t-on le gâteau ? " est aussi une belle question que peuvent accaparer les économistes .
Quels sont les ingrédients du gâteau ?
Des voitures, de la pollution, des médicaments, des logiciels, des livres ? De la terre ? Des paysages ? Nous nous y intéresserons à la fin de cet Antimanuel . Avec quelles énergies fabrique-t-on ce gâteau ?
Du travail, du capital, de l'argent, des techniques, du savoir ...
Les économistes ont occulté la question du partage .
Ils parlent de marché, de besoins, de services, d'offre et de demande, sans se demander d'où viennent ces biens, ces services, ces besoins, ces marchés, ni pour qui ils ont été créés . Ils ont aussi occulté la question du pouvoir .Ils parlent de contrats quand ils évoquent le marché, et qui dit contrat dit réciprocité .Malheureusement,le monde est incertain .Très incertain .C'est pourquoi ceux qui ont quelques clés de l'avenir [ les initiés,les fabricants d'information,les diffuseurs de statistiques,les connaisseurs de la situation exacte des finances de l'entreprise] ont un pouvoir sur les autres . Ont un pouvoir sur les autres également ceux qui peuvent leur racheter leur temps à travers leur contrat de travail (...) .
(...) Nous allons découvrir comment les économistes ont «naturalisé »l'économie,l'ont soumise à de pseudo- lois naturelles ou immanentes, pour éviter les sujets clés :
Qui fabrique l'argent permettant aux gens de vivre ?
Qui crée l'opacité sur le marché ?
Pourquoi occulter le rôle néfaste et l'inefficacité des marchés ?
Pourquoi occulter le rôle majeur joué par l'altruisme et la gratuité dans le processus économie ?
Qui a intérêt à ce que le problème économique [le problème de la rareté] ne soit jamais résolu, dépassé, remisé à arrière- plan , comme le souhaitait Keynes ? ( John Maynard, économiste et financier britannique, 1883-1946) .
Commentaires de l'éditeur situé au verso du second tome .
Le premier tome de cet Antimanuel racontait la rareté, l'offre, la demande , la concurrence , le commerce , l'argent … C'était le tome des fourmis : raisonneuses,rationnelles , égoïstes ,épargnantes , bref ,calculatrices. Le lecteur découvrait, un peu étonné,que la compétition n'était pas le vrai moteur des échanges et qu'elle laissait souvent la place aux phénomènes de pouvoir,de mimétisme et de foule.
Voici venu la revanche des cigales!
Et si l'inutile, la gratuité, le don,l'insouciance,le plaisir,la recherche désintéressée,la poésie,la création hasardeuse engendraient de la valeur? Et si les marchands dépendaient - Ô combien ! des poètes ? Et si la fourmi n'était rien sans la cigale?
Voici venu le temps d'affirmer,contre les économistes , que l'inutile crée de l'utilité , que la gratuité crée de la richesse , que l'intérêt ne peut exister sans le désintéressement.
On verra que ce livre ne dédaigne en rien les marchands . Mais pourquoi sont-ils devenus la classe dominante ? Pourquoi sommes-nous sortis de ces sociétés ,de chasseurs-cueilleurs ,qui« marchaient dans la beauté» , comme le chantent certaines tribus.Nous sommes passés du côté de l'utile et du laid .Et en même temps, le capitalisme fait partie de notre vie,tout simplement,et ne mérite pas d'être méprisé , sauf à mépriser la vie .
Si l'on veut approcher l'essence du capitalisme , il faut sortir des sentiers de l'économie et musarder avec l'histoire , l'anthropologie et la psychologie.
Ce second tome se situe aux frontières ou au-delà de l'économie .""
Tome II : Les cigales
Ci-dessus : Sommaire du tome 2Présentation de l'ouvrage par l'auteur lui-même :
"" Disons que tout naît de la rareté .
Il n'y a de problème économique que par ce qu' il y a de la rareté .
La rareté implique le calcul, organisation, le partage, bref, l'économie .
À partir de la rareté, les économistes ont cru résoudre une question fondamentale posée à l'humanité :
Celle de la valeur des choses .
Valeur monétaire s'entend . Les économistes la mesurent par les prix, après un détour par l'offre et la demande .
Le premier tome de cette Antimanuel prétendait raconter la rareté et le partage
[ qui fait le gâteau ? qui tient le couteau ?], l'offre, la demande, la concurrence, le commerce, argent, la raison, l'égoïsme .
C'était le tome des fourmis : raisonneuses, rationnelles, logiques, égoïstes, épargnantes, bref, calculatrices .
Aux termes du tome I , le lecteur avait à peu près compris comment fonctionne une économie . Et il découvrait, un peu étonné, que la concurrence, la compétition, n'étaient pas vraiment le moteur des échanges et que le calcul laissait souvent la place à la politique, aux phénomènes de pouvoir, de mimétisme et de foule .
L'éloge de la gratuité, qui achevait le livre, laissait entendre que la valeur, cette fameuse valeur que les économistes associent à l'offre et à la demande et que d'autres[Marx, Keynes] relient au travail, pouvait naître du désintéressement, du plaisir, de l'inutile… En vérité, les économistes, classiques ou non, ne voient que la face émergée de l'iceberg de l'économie, et le tome I de cet Antimanuel ne considérait que cette face trop visible .
Or, voici venu la revanche des cigales !
Et si l' inutile, la gratuité, le don, l'insouciance, le plaisir, la recherche désintéressée, la poésie, la création hasardeuse engendraient de la valeur ?
Et si les marchands dépendaient - ô combien ! - des poètes ?
Et si la fourmi n'était rien sans la cigale ?
Voici maintenant venu le temps d'affirmer, contre les économistes, que l'inutile crée de l'utilité, que la gratuité crée de la richesse [de la vraie : sonnante et trébuchante] , que l'intérêt ne peut exister sans le désintéressement .
La raison de ce second tome tient en cette phrase :
La gratuité engendre de la richesse [ encore une fois, non pas une richesse abstraite, mais bel et bien une richesse monétaire] .
Voilà, me semble-t-il, un champ que n'ont jamais osé labourer les économistes, trop mesquins, coincés dans le carcan de leurs calculs .
Je dois avouer que ce second tome se propose aussi de lever une insatisfaction tout à fait personnelle . Au lecteur d'en juger, au moins aurai-je ouvert quelques pistes .
En effet, j'ai toujours été fasciné par cette question : « Pourquoi le capitalisme ? » ou, pour le dire autrement, : « Pourquoi un monde dominé par les marchands ? » Pourquoi l'humanité s'est-elle condamnée à barboter et à claquer des dents dans « les eaux glacées du calcul égoïste »[Marx] ?
La réponse à ces questions n'a rien d'évident. On verra que ce livre ne dédaigne en rien les marchands, les intermédiaires, les gens qui sont dans « l'intérêt » [étymologiquement, entre les êtres]
Mais pourquoi les marchands sont-ils devenus la classe dominante ?
Pourquoi sommes-nous sortis de ces sociétés de chasseurs-cueilleurs, qui « marchaient dans la beauté » , comme le chantent certaines tribus ?
Nous sommes passés à côté de l'utile et du laid . « Tout ce qui est utile est laid »[ Théophile Gautier] . Et en même temps, le capitalisme est notre grande aventure, notre vie tout simplement, et ne mérite pas d'être méprisé, sauf à mépriser la vie .
Les économistes peuvent difficilement répondre à la question
« Pourquoi le capitalisme ? »
Ils peuvent partiellement évoquer - et c'est beaucoup, c'est toute l'économie moderne - comment une valeur marchande peut naître à partir du gratuit . Mais si l'on veut approcher l'ontologie du capitalisme, il faut sortir des sentiers de l'économie et musarder avec l'histoire, l'anthropologie et la psychologie .
L'histoire nous dit pourquoi l'Europe, l'anthropologie nous dit pourquoi le contrat et l'argent, et la psychologie nous souffle, en sourdine, pourquoi tout finira mal . Ayant choisi l'aventure capitaliste, avons-nous choisi de nous autodétruire ?
De grands économistes, passionnés de psychologie[ Keynes, Schumpeter] , l'ont pensé .
Ce second tome se situe aux frontières ou au-delà de l'économie .
Nous y rencontrerons des économistes et des penseurs peu ordinaires : Nicolas Georgescu-Roegen et les penseurs de la technoscience ( Jacques Ellul, Bernard Charbonneau, Ivan Illitch] , Serge Latouche et la décroissance, Jean-Pierre Dupuy] et le mimétisme Girardien - René Girard sera un des fils conducteurs de ce livre - et des valeurs sûres, comme Keynes et Schumpeter .
Le lecteur ( certains sûrement) sera déçu de ne pas croiser plus souvent Karl Marx, alors que les historiens[Fernand Braudel, David S. Landes…] , les sociologues [ Max Weber, Raymond Boudon…] Et les anthropologues[Marcel Mauss] sont abondamment cités .
J'ai sans doute eu tort . Peut-être l'ai-je trop lu, et il reste certainement l'un des plus grands . Cependant des concepts essentiels de l'économie moderne comme ceux de synergie ou de réseau, largement utilisés dans ce second tome, sont absents de son oeuvre . De même, à tort, je ne parle pas assez de Friedrich Hayeck, le plus antilibéral des libéraux .
Au risque de faire hurler les plus grands économistes de ma génération et de la précédente, je ne pense pas que Léon Walras et son concept d'équilibre général aient apporté grand-chose à l'économie . Walras, hélas, a momifié l'économie, l'a congelée . Il a posé un problème mathématique, résolu par Broüwer, que Nash a énoncé en d'autres termes forts intéressants et forts destructeurs pour la pensée libérale . Mais un problème mathématique est un problème mathématique, c'est tout[et c'est déjà beaucoup] .
D'ailleurs, la loi de Say[ l'offre qui crée sa propre demande] pose la question de l'équilibre en des termes autrement plus profonds que l'équilibre simultané walrassien . Quant à l'économie libérale, ou néoclassique, je pense franchement, avec le recul, qu'elle n'a pas grand intérêt, au-delà de ce que le calcul économique peut apporter à des gestionnaires d'entreprise .
La micro-économie, l'individualisme méthodologique me paraissent des aberrations ou les excroissances de la pensée, du même tonneau que la casuistique .
Aux termes de cet Antimanuel, j'ose encore exprimer ma fascination pour Keynes . Et pourtant, il eut peu de certitudes… Mais peut-être, tout simplement, l'économie a-t-elle peu à dire sur la vie des hommes en société .
Il me reste maintenant à reconnaître des dettes, énormes, et sans doute mal employées ! …
Cordialement vôtre, Gerboise .
samedi 1 janvier 2011
Nouvelle Année de la Place du tertre à Montmartre,des hauteurs de Paris .
De ce " haut " lieu de Paris, en notre douce France, acceptez tous nos voeux, surtout de parfaite santé, mais également de bonheur, de prospérité intellectuelle, financière, pour tous les vôtres, vos amis et toutes les personnes qui vous sont chères .
Fidèlement vôtre, en cette année nouvelle, Gerboise .
dimanche 12 décembre 2010
Langue française : écueils*, pièges et difficultés . Pléonasmes** .
.
*Ecueils : obstacles dangereux sur lesquels échouent et sombrent la logique, la vertu, l'honneur, la fortune, la réputation ; causes d'échec ; dangers, pièges .
** Pléonasme : Figure de grammaire qui consiste à répéter , redoubler un rapport grammatical ou une idée pour donner plus de véhémence (discours véhément, discours plein de chaleur, force) à l'expression : " et que m'a fait à moi cette Troie où je cours ? " Racine ; emploi de mots en apparence superflus, mais qui donnent plus de force, « entendu de mes oreilles », plus de grâce à la phrase, mettre dans un plus grand relief tel ou tel élément de la pensée ; désigne aussi cette répétition inutile de termes différents, qui ont le même sens, faite par maladresse .
Le pléonasme, dont l'étymologie grecque signifie « ce qui est en plus qu' il ne faut» , surabonder, est la répétition de la même idée par des mots différents . Dans certains cas, le pléonasme était intentionnellement employé et constitue une figure de langage, comme dans l'exemple : je l'ai VU, dis-je, VU, de mes propres yeux VU, ce qui s'appelle VU, [Molière], et insiste sur la pensée . Mais souvent il n'est que la répétition inconsciente de la même idée exprimée par deux termes différents : dans ce cas, le pléonasme est vicieux il doit être soigneusement évité .
Il y a des pléonasmes qui sont de simples redondances ( caractère de ce qui apporte une information déjà obligatoirement donnée sous une autre forme) maladroites, mais inoffensives, telles que :
« mieux vaut n'en rien dire plutôt que d'en parler trop peu » Gide, Journal ; « Tout valait mieux plutôt que cette curiosité malsaine » Carco, l'Homme traqué .
Dans ces deux phrases plutôt fait double emploi avec mieux .
« Je suivais derrière avec le porteur »
« Tout redécouvrir à nouveau »
Le pléonasme devient une véritable incorrection quand un mot grammatical, un pronom en particulier, en reprend un autre avec lequel il fait double emploi dans les exemples suivants :
Abolir entièrement .
Achever complètement .
Ajouter en plus .
Allumer une lumière .
Assez satisfaisant .
Au jour d'aujourd'hui .
Car en effet .
Collaborer ensemble .
Comparer entre eux .
Descendre en bas .
Eau liquide .
Enfin, pour terminer .
Entrer dedans .
Erreur involontaire .
Être contraint malgré soi .
Être le premier en tête .
Faire une chute verticale .
Hasard imprévu .
Inhumer en terre .
Marcher à pied .
Monopole exclusif .
Percer un trou .
Préférer plutôt .
Premier en tête du classement .
Prévoir d'avance .
Progresser en avant .
Puis ensuite .
Redemander de nouveau .
Refaire encore .
Regards sur le monde actuel .
Répéter de nouveau .
Rien qu'un seul .
S'enchevêtrer les uns dans les autres .
S'entraider mutuellement .
Se réunir ensemble .
Seul et unique en son genre .
Sortir dehors .
Tomber d'en haut .
Voyons voir .
Il est important de remarquer que lorsque l'un des deux termes est déterminé, il n'y a plus pléonasme, une idée nouvelle étant introduite dans l'expression : monter en haut de l'escalier ; inhumer en Terre Sainte, etc.
Mais le pléonasme d'insistance dont use abondamment la langue parlée, parfois, peut produire dans la langue littéraire un heureux effet de style . Il permet, en effet, de projeter en tête de la phrase ou de rejeter à la fin un mot important [sujet ou complément] qu'on veut mettre en valeur, en le reprenant ou en l'annonçant par un pronom : « Ils ont la figure huileuse, les domestiques » Aragon .
Voici d'autres exemples :
Mauvais cauchemar : on admet généralement « d'affreux cauchemar » mais le cauchemar est toujours mauvais . On parlerait mieux d'un mauvais rêve .
Se succéder les uns les autres. Se succéder suffit .
Enfin, " pour en terminer " [!] (enfin : sert à présenter le dernier élément d'une énumération; en dernier lieu ,pour en finir . Par humour nous terminons, nous-mêmes [!] au début ce paragraphe par un pléonasme qui ne se justifie pas ; "pour en terminer"n'est pas nécessaire .) nous pouvons dire qu'il s'agit d'une surabondance de termes, donnant plus de force à une expression . C'est une figure de syntaxe par laquelle on ajoute à une phrase des mots qui paraissent superflus par rapport à l'intégrité grammaticale, mais qui servent pourtant à y ajouter des idées accessoires, surabondantes, soit pour y jeter de la clarté , soit pour en augmenter l'énergie .
Bien à vous, Gerboise .
*Ecueils : obstacles dangereux sur lesquels échouent et sombrent la logique, la vertu, l'honneur, la fortune, la réputation ; causes d'échec ; dangers, pièges .
** Pléonasme : Figure de grammaire qui consiste à répéter , redoubler un rapport grammatical ou une idée pour donner plus de véhémence (discours véhément, discours plein de chaleur, force) à l'expression : " et que m'a fait à moi cette Troie où je cours ? " Racine ; emploi de mots en apparence superflus, mais qui donnent plus de force, « entendu de mes oreilles », plus de grâce à la phrase, mettre dans un plus grand relief tel ou tel élément de la pensée ; désigne aussi cette répétition inutile de termes différents, qui ont le même sens, faite par maladresse .
Le pléonasme, dont l'étymologie grecque signifie « ce qui est en plus qu' il ne faut» , surabonder, est la répétition de la même idée par des mots différents . Dans certains cas, le pléonasme était intentionnellement employé et constitue une figure de langage, comme dans l'exemple : je l'ai VU, dis-je, VU, de mes propres yeux VU, ce qui s'appelle VU, [Molière], et insiste sur la pensée . Mais souvent il n'est que la répétition inconsciente de la même idée exprimée par deux termes différents : dans ce cas, le pléonasme est vicieux il doit être soigneusement évité .
Il y a des pléonasmes qui sont de simples redondances ( caractère de ce qui apporte une information déjà obligatoirement donnée sous une autre forme) maladroites, mais inoffensives, telles que :
« mieux vaut n'en rien dire plutôt que d'en parler trop peu » Gide, Journal ; « Tout valait mieux plutôt que cette curiosité malsaine » Carco, l'Homme traqué .
Dans ces deux phrases plutôt fait double emploi avec mieux .
« Je suivais derrière avec le porteur »
« Tout redécouvrir à nouveau »
Le pléonasme devient une véritable incorrection quand un mot grammatical, un pronom en particulier, en reprend un autre avec lequel il fait double emploi dans les exemples suivants :
Abolir entièrement .
Achever complètement .
Ajouter en plus .
Allumer une lumière .
Assez satisfaisant .
Au jour d'aujourd'hui .
Car en effet .
Collaborer ensemble .
Comparer entre eux .
Descendre en bas .
Eau liquide .
Enfin, pour terminer .
Entrer dedans .
Erreur involontaire .
Être contraint malgré soi .
Être le premier en tête .
Faire une chute verticale .
Hasard imprévu .
Inhumer en terre .
Marcher à pied .
Monopole exclusif .
Percer un trou .
Préférer plutôt .
Premier en tête du classement .
Prévoir d'avance .
Progresser en avant .
Puis ensuite .
Redemander de nouveau .
Refaire encore .
Regards sur le monde actuel .
Répéter de nouveau .
Rien qu'un seul .
S'enchevêtrer les uns dans les autres .
S'entraider mutuellement .
Se réunir ensemble .
Seul et unique en son genre .
Sortir dehors .
Tomber d'en haut .
Voyons voir .
Il est important de remarquer que lorsque l'un des deux termes est déterminé, il n'y a plus pléonasme, une idée nouvelle étant introduite dans l'expression : monter en haut de l'escalier ; inhumer en Terre Sainte, etc.
Mais le pléonasme d'insistance dont use abondamment la langue parlée, parfois, peut produire dans la langue littéraire un heureux effet de style . Il permet, en effet, de projeter en tête de la phrase ou de rejeter à la fin un mot important [sujet ou complément] qu'on veut mettre en valeur, en le reprenant ou en l'annonçant par un pronom : « Ils ont la figure huileuse, les domestiques » Aragon .
Voici d'autres exemples :
Mauvais cauchemar : on admet généralement « d'affreux cauchemar » mais le cauchemar est toujours mauvais . On parlerait mieux d'un mauvais rêve .
Se succéder les uns les autres. Se succéder suffit .
Mais succéder n'a pas toujours la même forme pronominale . Il peut avoir le sens, non seulement de « venir après » mais aussi de remplacer .
Enfin, " pour en terminer " [!] (enfin : sert à présenter le dernier élément d'une énumération; en dernier lieu ,pour en finir . Par humour nous terminons, nous-mêmes [!] au début ce paragraphe par un pléonasme qui ne se justifie pas ; "pour en terminer"n'est pas nécessaire .) nous pouvons dire qu'il s'agit d'une surabondance de termes, donnant plus de force à une expression . C'est une figure de syntaxe par laquelle on ajoute à une phrase des mots qui paraissent superflus par rapport à l'intégrité grammaticale, mais qui servent pourtant à y ajouter des idées accessoires, surabondantes, soit pour y jeter de la clarté , soit pour en augmenter l'énergie .
Bien à vous, Gerboise .
dimanche 28 novembre 2010
Lueurs* de l'aube à approfondir : posséder cette audace, cette ardeur pour entreprendre, aller de l'avant !
.
*Lueurs : illuminations soudaines de l'Esprit ; expressions vives de la Réflexion .
Les processus rationnels clarifient, la réflexion , la pensée, mais, même les timorés [ c'est-à-dire ceux qui sont pénétrés de la crainte de mal faire ; dont les appréhensions entravent sans cesse l'action, en deux mots: les craintifs] peuvent apprendre à penser clairement, sans ambiguïté .
La raison sans l'action est comme un système sans énergie, comme un être lâche, sans ambition, sans caractère .
Une fois que l'on a décidé ce qui doit être fait, réalisé, il faut impérativement mobiliser son énergie pour exécuter, réaliser l'objectif qui a été défini, fixé . Si l'on sait vraiment où l'on en est, et si le but que l'on s'est fixé est définitivement admis par soi-même, dans son propre entendement, alors, nous devons mobiliser notre énergie en vue de réaliser pleinement nos propres intentions, l'objectif fixé .
Lorsque nous savons où nous voulons aller, ce que nous devons entreprendre, rien ne devrait nous dissuader de prendre l'initiative de " mettre sur le métier ", de faire "ce grand voyage " ! et , ni la peur, ni le doute, ni la crainte du ridicule, ni celle des conséquences imprévues ne devraient surgir dans notre tête et nos entrailles .
Dans toute entreprise, soyez certain d'avoir un but, un dessein bien défini, imaginez que vous l'avez atteint et examinez si le résultat vous satisfait - mais sans vous leurrer sur votre présente situation .
Ce sont les processus rationnels qui vous fourniront votre plan d'action et vous empêcheront de connaître les affres [ l'angoisse extrême] de l'erreur .
" Un tombeau suffit à présent à celui qui trouvait trop petit le monde entier" .
[ Épitaphe d'Alexandre le Grand ]
A bientôt , Gerboise
*Lueurs : illuminations soudaines de l'Esprit ; expressions vives de la Réflexion .
Les processus rationnels clarifient, la réflexion , la pensée, mais, même les timorés [ c'est-à-dire ceux qui sont pénétrés de la crainte de mal faire ; dont les appréhensions entravent sans cesse l'action, en deux mots: les craintifs] peuvent apprendre à penser clairement, sans ambiguïté .
La raison sans l'action est comme un système sans énergie, comme un être lâche, sans ambition, sans caractère .
Une fois que l'on a décidé ce qui doit être fait, réalisé, il faut impérativement mobiliser son énergie pour exécuter, réaliser l'objectif qui a été défini, fixé . Si l'on sait vraiment où l'on en est, et si le but que l'on s'est fixé est définitivement admis par soi-même, dans son propre entendement, alors, nous devons mobiliser notre énergie en vue de réaliser pleinement nos propres intentions, l'objectif fixé .
Lorsque nous savons où nous voulons aller, ce que nous devons entreprendre, rien ne devrait nous dissuader de prendre l'initiative de " mettre sur le métier ", de faire "ce grand voyage " ! et , ni la peur, ni le doute, ni la crainte du ridicule, ni celle des conséquences imprévues ne devraient surgir dans notre tête et nos entrailles .
Dans toute entreprise, soyez certain d'avoir un but, un dessein bien défini, imaginez que vous l'avez atteint et examinez si le résultat vous satisfait - mais sans vous leurrer sur votre présente situation .
Ce sont les processus rationnels qui vous fourniront votre plan d'action et vous empêcheront de connaître les affres [ l'angoisse extrême] de l'erreur .
" Un tombeau suffit à présent à celui qui trouvait trop petit le monde entier" .
[ Épitaphe d'Alexandre le Grand ]
A bientôt , Gerboise
samedi 27 novembre 2010
Le cerveau de l'homme est-il un ordinateur ? Une question sans réponse définitive, en dernière analyse ? Que peut-on penser de ce problème* ?
* Voici une réponse provisoire [peut-être?], mais qui permet d'envisager des éventualités et simultanément des obstacles majeurs, présentée par deux membres du Collège de France et de l'Académie des Sciences :
Alain Connes, médaille Fields (équivalente au prix Nobel, pour les mathématiques) , est titulaire de la chaire d'Analyse et de Géométrie au Collège de France .
Jean-Pierre Changeux, auteur de L' homme neuronal est titulaire de la chaire de Communications Cellulaires au Collège de France .
Dans leur livre : Matière à Pensée , publié en 1989, chez Odile Jacob, Éditeur , dont voici situé au verso de l'ouvrage, la présentation .
Quel est le lien entre le monde physique et le cerveau ? Les objets mathématiques existent-ils indépendamment du cerveau de l'homme, ou sont-ils seulement le produit de l'activité cérébrale ? Les mathématiques sont-elles universelles ? Mais le sont-elles au point de nous servir à communiquer avec d'hypothétiques habitants d'autres planètes ? L'éthique, qui nous fait distinguer le bien du mal, peut-elle être fondée sur des principes aussi universels que ceux des mathématiques, qui transcenderait la diversité des cultures et l'intolérance des idéologies ? La morale peut être reposer sur des fondements naturels, il faudrait rechercher dans le fonctionnement du cerveau humain en société ?
Telles sont quelques-unes des questions essentielles instruites dans ce livre original et stimulant. Par la qualité de ses auteurs et la fécondité de leur réflexion, il constitue un événement exceptionnel. »
Avez-vous fait une visite au deuxième blog : "Esioberg" ? pour y accéder réalisez un clic gauche sur la gerboise du bas dans la colonne située à gauche .
Voici le début de l'avant-propos de l'ouvrage :
« Les mathématiciens font en général bon ménage avec les biologistes. Mais ils se parlent peu. Leurs connaissances et leurs motivations sont si éloignées que le dialogue paraît impossible. L'enjeu est cependant considérable. Personne ne niera que l'on fait des mathématiques avec son cerveau.
Mais aucune machine construite par l'homme n'est encore parvenue à reproduire les facultés de raison et d'invention de notre machine cérébrale.
Y arrivera-t-on un jour ? Une authentique intelligence artificielle est-elle réalisable à partir de la matière ? Telle est l'interrogation centrale de ce livre... »
Mais aucune machine construite par l'homme n'est encore parvenue à reproduire les facultés de raison et d'invention de notre machine cérébrale.
Y arrivera-t-on un jour ? Une authentique intelligence artificielle est-elle réalisable à partir de la matière ? Telle est l'interrogation centrale de ce livre... »
Ces deux éminents scientifiques , dans la sixième partie de l'ouvrage : « Les machines à penser » , paragraphe 5, page 220 , Le cerveau de l'homme est-il un ordinateur ? , présentent au cours d'un dialogue, leurs interrogations pour les lecteurs .
« Jean-Pierre Changeux, JPC : Il est satisfaisant de constater notre totale convergence de vue à cet égard. Venons-en maintenant au dernier point : la différence entre le cerveau humain et les « machines à penser » actuelles [le texte a été écrit en1989]. Les ordinateurs dont nous disposons sont très performants pour certaines catégories d'opérations. Par exemple, ils calculent extrêmement vite. Ils font des multiplications à 10 chiffres en quelques secondes, ou même en quelques fractions de secondes. Mais ils sont évidemment très limités dans d'autres domaines. Par exemple, un ordinateur aura d'énormes difficultés à reconnaître un coquelicot dans une forêt ou un papillon dans la jungle , alors que l'homme le fait instantanément ! On souligne souvent également que les machines sont dépourvues d' « affectivité », de « corps » ! Mais surtout, incapables d'anticipation, d'intentionnalité ( intention : acte de la volonté considéré par rapport à son but ; l'intentionnalité est ce pouvoir qu'a la conscience de viser un objet ou mieux l'^^etre de la conscience en tant qu'elle est ouverture à l'objet) , elles ne peuvent construire leur programme sans « maître » extérieur . Leurs facultés d'auto -organisation sont très réduites, voire inexistantes. J'aimerais bien savoir ce que tu penses, toi qui pratiques les échecs avec, pour adversaire, une machine qui sait jouer aussi bien, sinon mieux que l'homme.
Les ordinateurs utilisés actuellement manquent, me semble-t-il, de deux propriétés que le cerveau humain possède.
On peut tout d'abord remarquer que, dans le cerveau, le programme et la machine - pour employer le modèle de Turing ( mathématicien et logicien britannique , 1912-1954, ; il imagina en 1936, la machine de Turing, automate fictif universel, base de la théorie des ordinateurs, capable, par définition, d'effectuer tous les calculs. Turing parvient montrer ainsi qu'il existe des problèmes que sa machine ne peut pas résoudre, et qui donc sont insolubles par les méthodes calculatoires) - sont, dès les premiers stades du développement, très intriqués avec l'architecture connexionnelle. Il est difficile, sinon impossible, de définir un programme indépendant de la connectivité de la machine cérébrale. Les objets de sens se déposent (engendrent des structures moléculaires) progressivement dans la mémoire à long terme, au cours du développement. Le hardware ( mot anglais américain « quincaillerie »[ argot des ingénieurs ] . Les éléments matériels d'un système informatique ) se construit progressivement en fonction de la composition génétique de l'individu, mais aussi de l'interaction constante avec le monde extérieur. Mais surtout, propriété au centre de nos entretiens, le cerveau se comporte comme une machine évolutive. Il évolue, selon un modèle darwinien, simultanément à plusieurs niveaux et suivant plusieurs échelles de temps. Voilà ce qui, selon moi, différencie le cerveau des machines construites actuellement. Outre, bien sûr, l'intentionnalité, propriété liée à l'évolution et peu abordée parce que relevant du niveau d'organisation le plus élevé.
Les ordinateurs utilisés actuellement manquent, me semble-t-il, de deux propriétés que le cerveau humain possède.
On peut tout d'abord remarquer que, dans le cerveau, le programme et la machine - pour employer le modèle de Turing ( mathématicien et logicien britannique , 1912-1954, ; il imagina en 1936, la machine de Turing, automate fictif universel, base de la théorie des ordinateurs, capable, par définition, d'effectuer tous les calculs. Turing parvient montrer ainsi qu'il existe des problèmes que sa machine ne peut pas résoudre, et qui donc sont insolubles par les méthodes calculatoires) - sont, dès les premiers stades du développement, très intriqués avec l'architecture connexionnelle. Il est difficile, sinon impossible, de définir un programme indépendant de la connectivité de la machine cérébrale. Les objets de sens se déposent (engendrent des structures moléculaires) progressivement dans la mémoire à long terme, au cours du développement. Le hardware ( mot anglais américain « quincaillerie »[ argot des ingénieurs ] . Les éléments matériels d'un système informatique ) se construit progressivement en fonction de la composition génétique de l'individu, mais aussi de l'interaction constante avec le monde extérieur. Mais surtout, propriété au centre de nos entretiens, le cerveau se comporte comme une machine évolutive. Il évolue, selon un modèle darwinien, simultanément à plusieurs niveaux et suivant plusieurs échelles de temps. Voilà ce qui, selon moi, différencie le cerveau des machines construites actuellement. Outre, bien sûr, l'intentionnalité, propriété liée à l'évolution et peu abordée parce que relevant du niveau d'organisation le plus élevé.
Qu'est-ce qui, selon toi, différencie le cerveau humain des machines construites de nos jours ?
Et comment en concevoir une qui se rapprocherait du cerveau humain ?
Alain Connes , AC : Examinons tout d'abord le cas des machines qui jouent aux échecs . L'intentionnalité est alors très simple : gagner la partie . C'est une chose extrêmement simple à définir . Définir une fonction d'évaluation qui estime à quel point on est proche de l'intention poursuivie pendant le jeu est relativement aisé . On peut donc construire une machine qui utilise une fonction d'évaluation déterminée par cette intentionnalité bien définie . Dans le cas du cerveau au contraire, l 'intentionnalité change selon les problèmes qui se présentent .
Le cerveau doit ainsi créer lui-même la fonction d'évaluation adéquate à une intentionnalité donnée .
Le cerveau doit ainsi créer lui-même la fonction d'évaluation adéquate à une intentionnalité donnée .
Plus précisément, il doit pouvoir apprécier si cette fonction d'évaluation est adaptée à l'intentionnalité donnée . Il doit donc, j'ignore comment, posséder une fonction d'évaluation de fonctions d'évaluation !
JPC : C'est ce qu'on peut appeler, avec Granger (, la raison stratégique .
AC : Oui,mais je voulais établir une hiérarchie. D'une part, nous avons les fonctions d'évaluation. Une fonction d'évaluation peut-être identifiée à un but . Se donner une intentionnalité revient un peu à se donner une fonction d'évaluation. Toutes les fonctions d'évaluation, certes,ne sont pas bonnes, parce que certaines correspondraient à des intentionnalités contradictoires, tandis que d'autres ne seraient adaptées à aucune intentionnalité. Mais on peut définir plus ou moins une intentionnalité comme une fonction d'évaluation cohérente. Dans une situation donnée, le cerveau doit élaborer lui-même ce genre de fonction d'évaluation . Il doit donc être capable de créer, ou, tout du moins, de choisir parmi celles qui existent déjà . Et pour ce faire, il doit lui-même posséder une fonction d'évaluation établie une fois pour toutes qui lui permette de savoir si la fonction d'évaluation qu'il crée est adaptée au but qu'il poursuit.
JPC : Ce mécanisme suppose la mémoire .
AC : Effectivement, la mémoire, les expériences acquises.
Le cerveau peut s'appuyer sur des analogies pour comparer la situation présente à celles qu'il a connues auparavant.
JPC : Il existe d'une part une mémoire génétique. L'organisme humain, tel qu'il est aujourd'hui, résulte de multiples générations d'organismes qui, auparavant, ont déjà vécu ce genre d'expérience.
La réponse à un problème nouveau qui se présente est donc inscrit dans la mémoire des gènes .
D'autre part, le cerveau est ouvert sur la réalité extérieure, et surtout, peut puiser dans la mémoire à long terme qui s'est déposée au cours de l'expérience postnatale.
AC : C'est au deuxième niveau que se pose le problème fondamental.
Quel peut être le mécanisme qui permet au cerveau de choisir une fonction d'évaluation appropriée à son but ? Quels critères permettent de choix ? Tant que ne sera pas compris ce phénomène, on sera très loin du deuxième niveau, comme c'est le cas dans les machines qui existent actuellement.
JPC : C'est-à-dire qu'elles n'en sont même pas au troisième niveau .
AC : Elles n'en sont qu'au premier niveau. Elles permettent seulement de faire des additions ou des multiplications , même extrêmement compliquées, ou bien de jouer aux échecs. Mais la fonction d'évaluation, comme l'intentionnalité, est toujours donnée à l'avance. Aucune machine n'est aujourd'hui capable de construire elle-même la fonction d'évaluation adaptée à l'intentionnalité qu'on lui propose.
JPC : Les ordinateurs actuels ne sont même pas capables d'avoir des intentions.
AC : Non, puisqu'ils ne sont pas en interaction évolutive avec le monde physique.
Malgré leur mémoire, ils n'ont pas de passé autre que celui que nous lui imposons.
Ils sont non évolutifs. Il est certain que l'affectivité intervient dans le phénomène. Quand on se donne un but, c'est pour se faire plaisir, à moins d'être masochiste !
JPC : Cette capacité de se faire plaisir, est elle-même déterminée par notre passé évolutif . Si nous nous autodétruisions en nous faisant plaisir, il est certain que nous ne serions plus là !
AC : Bien sûr. Mais je pense que le mécanisme qui permet d'estimer si la fonction d'évaluation est appropriée au but suppose l'affectivité. Celle-ci est en effet nécessaire pour que l'on puisse apprécier ce qui s'est passé. L'adaptation de la fonction d'évaluation au but proposé ne peut se mesurer que par le plaisir ou le déplaisir qu'il engendre. Imaginons par exemple un joueur d'échecs, qui, bien que capable de calculer comme un ordinateur, choisit une mauvaise fonction d'évaluation. Il est bien évident qu'il sera grandement frustré lorsqu' il constatera qu'il perd toutes les parties qu' il joue . Le choix d'une mauvaise fonction d'évaluation ne lui aura procuré que du déplaisir. Mais ce dernier n'apparaîtra qu'à la fin des parties, et pas plus tôt. Sa fonction d'évaluation inadaptée l'empêchera de comprendre, au cours du jeu, que sa position est mauvaise et qu'il est en train de perdre. Pourtant, au vu du résultat final il comprendra l'inadéquation de sa fonction d'évaluation.
JPC : N'oublions pas que ce système d'évaluation interne (plaisir / déplaisir) et lui-même prédéterminé par le passé évolutif de l'espèce .
Ces affects sont déjà déterminés dans leur réactivité aux signaux du monde extérieur et du monde intérieur.
AC : De nos jours, les machines supposent une intentionnalité prédéterminée. De ce fait, elles en restent au premier niveau.
JPC: Mais alors, comment construire des machines qui accèdent au deuxième niveau ?"
( à suivre, dans un prochain billet intitulé par les deux auteurs:" Une machine qui souffre et s'autoévalue" [paragraphe 6, page 226] )
Nous vous conseillons fortement d'acquérir ce précieux ouvrage dans lequel vous trouverez un grand nombre d'interrogations pertinentes qui viendront nourrir votre réflexion sur la manière dont nous sommes capable, nous-mêmes, d'envisager, de considérer, des problèmes fondamentaux qui se posent parfois à nous .
Fidèlement vôtre . Gerboise .
JPC : Ce mécanisme suppose la mémoire .
AC : Effectivement, la mémoire, les expériences acquises.
Le cerveau peut s'appuyer sur des analogies pour comparer la situation présente à celles qu'il a connues auparavant.
JPC : Il existe d'une part une mémoire génétique. L'organisme humain, tel qu'il est aujourd'hui, résulte de multiples générations d'organismes qui, auparavant, ont déjà vécu ce genre d'expérience.
La réponse à un problème nouveau qui se présente est donc inscrit dans la mémoire des gènes .
D'autre part, le cerveau est ouvert sur la réalité extérieure, et surtout, peut puiser dans la mémoire à long terme qui s'est déposée au cours de l'expérience postnatale.
AC : C'est au deuxième niveau que se pose le problème fondamental.
Quel peut être le mécanisme qui permet au cerveau de choisir une fonction d'évaluation appropriée à son but ? Quels critères permettent de choix ? Tant que ne sera pas compris ce phénomène, on sera très loin du deuxième niveau, comme c'est le cas dans les machines qui existent actuellement.
JPC : C'est-à-dire qu'elles n'en sont même pas au troisième niveau .
AC : Elles n'en sont qu'au premier niveau. Elles permettent seulement de faire des additions ou des multiplications , même extrêmement compliquées, ou bien de jouer aux échecs. Mais la fonction d'évaluation, comme l'intentionnalité, est toujours donnée à l'avance. Aucune machine n'est aujourd'hui capable de construire elle-même la fonction d'évaluation adaptée à l'intentionnalité qu'on lui propose.
JPC : Les ordinateurs actuels ne sont même pas capables d'avoir des intentions.
AC : Non, puisqu'ils ne sont pas en interaction évolutive avec le monde physique.
Malgré leur mémoire, ils n'ont pas de passé autre que celui que nous lui imposons.
Ils sont non évolutifs. Il est certain que l'affectivité intervient dans le phénomène. Quand on se donne un but, c'est pour se faire plaisir, à moins d'être masochiste !
JPC : Cette capacité de se faire plaisir, est elle-même déterminée par notre passé évolutif . Si nous nous autodétruisions en nous faisant plaisir, il est certain que nous ne serions plus là !
AC : Bien sûr. Mais je pense que le mécanisme qui permet d'estimer si la fonction d'évaluation est appropriée au but suppose l'affectivité. Celle-ci est en effet nécessaire pour que l'on puisse apprécier ce qui s'est passé. L'adaptation de la fonction d'évaluation au but proposé ne peut se mesurer que par le plaisir ou le déplaisir qu'il engendre. Imaginons par exemple un joueur d'échecs, qui, bien que capable de calculer comme un ordinateur, choisit une mauvaise fonction d'évaluation. Il est bien évident qu'il sera grandement frustré lorsqu' il constatera qu'il perd toutes les parties qu' il joue . Le choix d'une mauvaise fonction d'évaluation ne lui aura procuré que du déplaisir. Mais ce dernier n'apparaîtra qu'à la fin des parties, et pas plus tôt. Sa fonction d'évaluation inadaptée l'empêchera de comprendre, au cours du jeu, que sa position est mauvaise et qu'il est en train de perdre. Pourtant, au vu du résultat final il comprendra l'inadéquation de sa fonction d'évaluation.
JPC : N'oublions pas que ce système d'évaluation interne (plaisir / déplaisir) et lui-même prédéterminé par le passé évolutif de l'espèce .
Ces affects sont déjà déterminés dans leur réactivité aux signaux du monde extérieur et du monde intérieur.
AC : De nos jours, les machines supposent une intentionnalité prédéterminée. De ce fait, elles en restent au premier niveau.
JPC: Mais alors, comment construire des machines qui accèdent au deuxième niveau ?"
( à suivre, dans un prochain billet intitulé par les deux auteurs:" Une machine qui souffre et s'autoévalue" [paragraphe 6, page 226] )
Nous vous conseillons fortement d'acquérir ce précieux ouvrage dans lequel vous trouverez un grand nombre d'interrogations pertinentes qui viendront nourrir votre réflexion sur la manière dont nous sommes capable, nous-mêmes, d'envisager, de considérer, des problèmes fondamentaux qui se posent parfois à nous .
Fidèlement vôtre . Gerboise .
jeudi 25 novembre 2010
Lueurs* de l'aube à approfondir .
* Lueurs : illuminations soudaines de l'Esprit ; expressions vives de la Réflexion .
« Ma façon de plaisanter est de dire la vérité.
C'est la plaisanterie la plus drôle du monde »
G.B. SHAW
« Le paradoxe est qu'en notre temps de changement profond et rapide, alors que l'avenir est déjà parmi nous, dévorant sous nos yeux le présent, nous n'avons jamais été moins certains de ce qui nous attend . »
E. HOFFER
« Bien que tout accomplissement véritable soit le fait de ceux qui n'ont pas encore atteint le dernier poste, chacun est soumis à l'influence du Principe de Peter , car tous sont susceptibles de promotion. Lorsque de trop nombreux individus atteignent leur niveau d'incompétence, le bois mort s'accumule, la bureaucratie prolifère, la qualité se détériore, la médiocrité triomphe, les compagnies font faillite, les gouvernements s'écroulent, la civilisation tombe en poussière et l'avenir de l'homme s'obscurcit. »
L.J. PETER
A bientôt , Gerboise
« Ma façon de plaisanter est de dire la vérité.
C'est la plaisanterie la plus drôle du monde »
G.B. SHAW
« Le paradoxe est qu'en notre temps de changement profond et rapide, alors que l'avenir est déjà parmi nous, dévorant sous nos yeux le présent, nous n'avons jamais été moins certains de ce qui nous attend . »
E. HOFFER
« Bien que tout accomplissement véritable soit le fait de ceux qui n'ont pas encore atteint le dernier poste, chacun est soumis à l'influence du Principe de Peter , car tous sont susceptibles de promotion. Lorsque de trop nombreux individus atteignent leur niveau d'incompétence, le bois mort s'accumule, la bureaucratie prolifère, la qualité se détériore, la médiocrité triomphe, les compagnies font faillite, les gouvernements s'écroulent, la civilisation tombe en poussière et l'avenir de l'homme s'obscurcit. »
L.J. PETER
A bientôt , Gerboise
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