* contextes conflictuels : les milieux , les situations, le climat, l'atmosphère : plus ou moins tendus ; lieux d'affrontements, de tiraillements, d'incompatibilités, d'inquiétude, de " guerre " ; ou d'accords, d'acceptation de tous, de consensus, d'harmonie, de bonne intelligence, de compromis plus ou moins unanimes et de " paix " .** dans lequel nous avons évolué : changé, progressé, dans lequel nous nous sommes transformés, où nous avons acquis une plus ou moins grande
" largeur d'esprit ".*** dangereuses ambiguïtés : malsaines, équivoques, aventureuses incertitudes de propos laissant l'interlocuteur incapable de décider d'un contenu , d'une situation, d'une phrase, plus ou moins clair dans l'expression ou plus ou moins confuse dans la pensée .
." " Toute tentative d'organisation philosophique des mots de notre langage en catégories doit révéler qu'il est impossible de séparer et de circonscrire les différents groupes par des frontières absolument nettes . Si nous devions démêler leurs ramifications enchevêtrées et chercher à limiter chaque mot à sa signification principale ou originelle, nous découvririons que quelque signification secondaire est devenue si étroitement liée à tant de mots et expressions qu'en rompant cette alliance, nous priverions notre langage de la richesse dérivant d'une infinité d'adaptations naturelles " " .
John L. ROGETNous trouvons souvent difficile d'
" exprimer nos pensées " , c'est-à-dire de résumer nos états mentaux ou de transposer nos idées en mots . Il est tentant d'en rejeter le blâme sur
l'ambiguïté des mots,
(ambiguë, en parlant du langage, de signes : qui présente deux ou plusieurs sens possibles, dont l'interprétation est incertaine . Lever une ambiguïté, la faire cesser par une information nouvelle) mais le problème est plus profond que cela .
Les pensées elles-mêmes sont ambiguës !On pourrait tout d'abord rétorquer que c'est impossible :
"Je pense exactement ce que je pense ; il ne peut pas en être autrement . Cela n'a d'ailleurs rien à voir avec ma capacité de l'exprimer avec précision . " Or
" ce que vous êtes entrain de penser maintenant " est ambigu en soi . Si nous considérons que vos pensées représentent les états de
tous vos
services (ensemble de tous les agents [toute partie ou tout processus de l'esprit assez simple à comprendre-même si les interactions entre des groupes de ces agents peuvent produire des phénomènes beaucoup plus difficiles à comprendre] qui participent à l'actuelle situation ; [tout groupe de parties considérées sous l'angle de ce qu'elles peuvent effectuer en tant qu'ensemble, quelle que soit la fonction de chaque partie] ) , cela inclut beaucoup de choses qui ne peuvent pas être
" exprimées " pour la bonne raison qu'elles ne sont pas accessibles à votre
service linguistique . Selon une interprétation plus modeste,
" ce que vous êtes en train de penser maintenant " serait une indication partielle des états présents de certains de vos
services de haut niveau .
La signification de l'état d'un
service dépend toutefois de la probabilité qu'il affecte les états d'autres
services, ce qui implique que pour
" exprimer " votre état d'esprit présent, vous devez anticiper partiellement ce que certains de vos
services vont faire . Bien évidemment, au moment où
vous parvenez à vous exprimer, vous n'êtes déjà plus dans le même état qu'auparavant ; au départ, vos pensées étaient ambiguës et vous n'êtes pas
vraiment parvenu à les exprimer, mais seulement à les remplacer par d'autres pensées .
Ce n'est pas seulement une affaire de mots . Le problème est que nos états d'esprit sont généralement changeants . Les propriétés des choses physiques tendent à rester les mêmes quand leurs contextes varient, alors que la
" signification " d'une pensée, d'une idée ou d'un état d'esprit partiel dépend des autres pensées actives à ce moment-là et de ce qui finit par résulter des conflits et des négociations entre les
services . C'est une erreur de croire à une distinction claire et absolue entre
" exprimer " et " penser " , puisque l'expression est un processus actif qui fait appel à la simplification et reconstitue un état mental en l'isolant des parties plus éparses et plus variables de son contexte .
Celui à qui vous parlez doit, lui aussi, affronter des problèmes d'ambiguïté .
Vous comprenez très bien
" Je vais faire un petit tour " , bien qu'un
" tour " puisse signifier une promenade, un outil d'usinage, un exercice de prestidigitation, une circonférence ou ou une pirouette .
Mais si chacun des mots que nous employons est ambigu en soi, pourquoi comprenons-nous si clairement les phrases que nous entendons ?Parce que le contexte de chaque mot est précisé par les autres mots, ainsi que par le contexte du passé récent de l'auditeur . Si nous tolérons l'ambiguïté des mots, c'est parce que nous savons déjà très bien affronter l'ambiguïté des pensées .
Cordialement, bien à vous,
Gerboise .