Affichage des articles dont le libellé est observation et description d'un texte .. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est observation et description d'un texte .. Afficher tous les articles
jeudi 28 août 2008
Analyse explicative d'une fable de Jean de La Fontaine . Le LOUP ET L'AGNEAU .
Morale, enseignement de cette Fable :
La raison du plus fort est toujours la meilleure .
Nous l'allons montrer tout à l'heure .
Conte, récit :
Un agneau se désaltérait
Dans le courant d'une onde pure .
Un loup survient à jeun qui cherchait aventure
Et que la faim en ces lieux attirait .
" Qui te rend si hardi de troubler mon breuvage ?
Dit cet animal plein de rage :
Tu seras châtié de ta témérité .
-Sire, répond l'agneau, que Votre Majesté
Ne se mette pas en colère ;
Mais plutôt qu'Elle considère
Que je me vas désaltérant
Dans le courant
Plus de vingt pas au-dessous d'Elle ;
Et que, par conséquent, en aucune façon ,
Je ne puis troubler sa boisson .
- Tu la troubles, reprit cette bête cruelle,
Et je sais que de moi tu médis l'an passé .
-Comment l'aurais-je fait, si je n'étais pas né ?
Reprit l'agneau ; je tette encor ma mère .
-Si ce n'est toi, c'est donc ton frère .
-Je n'en ai point .- C'est donc quelqu'un des tiens,
Car vous ne m'épargnez guère,
Vous, vos bergers et vos chiens .
On me l'a dit : il faut que je me venge ."
Là-dessus, au fond des forêts
Le loup l'emporte, et puis le mange
Sans autre forme de procès .
Jean de La Fontaine
REMARQUES , COMMENTAIRES et EXPLICATIONS ; "OBSERVATION D'UN TEXTE" .
"La raison (*) du plus fort est toujours la meilleure .
Nous l'allons montrer tout à l'heure (**) ."
(*) La raison, le discours tendant à prouver ou à justifier une chose, que l'on donne, l'argument que l'on invoque .
(**) Nous : je, formule de modestie employée par les auteurs ; souvenir d'un usage latin ; montrer : on dirait aujourd'hui : nous allons le montrer . Au XVIIe siècle, les verbes aller, devoir, falloir, pouvoir, faire, etc., se construisaient souvent comme de véritables auxiliaires .
L'auteur veut dire, évidemment, que la raison donnée par le plus fort est, sinon toujours la meilleure en droit, du moins la plus puissante en fait ; tout à l'heure : immédiatement .
"Un agneau (*) se désaltérait
Dans le courant d'une onde pure (**) ."
(*) Agneau : petit de la brebis âgé de moins d'un an ; le jeune âge de l'agneau explique sa naïveté et son inexpérience ; se désaltérait : étanchait sa soif [l'apaiser en buvant] .
(**) Onde : eau en mouvement ; pure : sans mélange, claire, limpide ; c'est parce que l'eau est pure que le loup peut accuser l'agneau de la troubler (la modifier en altérant sa transparence) .
"Un loup survient à jeun qui (*) cherchait aventure (**)
Et que la faim en ces lieux attirait (***) ."
(*) Qui a loup pour antécédent ; aujourd'hui on évite de séparer l'antécédent du pronom relatif ; le présent survient, après l'imparfait se désaltérait , indique la soudaineté de l'apparition du loup .
(**) Aventure : une aventure ; la suppression de l'article défini ou indéfini était fréquente dans l'ancien français, en souvenir du latin où ces articles n'existaient pas ; la suppression de l'article donne plus de généralité à l'expression ; aventure : événement heureux ou malheureux que l'on ne peut prévoir; le loup cherche une proie à tout hasard .
(***) en ces lieux attirait : inversion ; ces lieux : ce lieu, cet endroit ; c'est la faim et non la soif qui attirait le loup près du ruisseau , où viennent boire les animaux domestiques .
" Qui (*) te rend si hardi de (**) troubler mon breuvage (***) ?
Dit cet animal (****) plein de rage (*****) :"
Tu seras châtié de ta témérité .
(*) Qui : neutre ; quoi ? qu'est-ce qui ?
(**) si hardi de : assez hardi pour .
(***) Mon breuvage : remarquez que le loup n'a nullement l'intention de boire .
(****) Cet animal ... : le loup ; cette bête cruelle [vers 18] : ces périphrases évitent la répétition du mot loup, en ajoutant une idée de fureur et de crainte .
(*****) Rage : au propre, maladie qui se traduit par des accès violents ; ici :fureur (colère folle et agressive, caractère d'extrême violence) ; les verbes dit ..., répond [vers 8 et 10] sont au présent, pour donner plus de vivacité au dialogue, il semble que nous y assistons .
"Tu seras châtié de ta témérité .
-Sire, répond l'agneau, que Votre Majesté
Ne se mette pas en colère (*) ;
Mais plutôt qu'Elle considère
Que je me vas désaltérant (**)
Dans le courant (***)
Plus de vingt pas au-dessous d'Elle (****) ;
Et que par conséquent, en aucune façon (*****),
Je ne puis troubler sa boisson ."
(*) Que Votre Majesté ne se mette pas en colère : subjonctif indiquant la prière ; Sire ..., Votre Majesté : titres de respect que l'on donnait aux rois ; il semble que l'agneau parle ainsi au loup pour l'apaiser ; mais, d'autre part, La Fontaine avait sans doute l'intention de représenter, sous la figure du loup, un roi conquérant (nous reviendrons plus loin dans la partie explicative du texte sur ces opinions , avec des commentaires sur les idées principales de ce récit) ; aux vers 12 et 15, Elle représente Votre Majesté : le loup .
(**) Je vas : je vais, forme aujourd'hui très peu usitée ; pour la place du pronom me (voir note ci-dessus) ; aller se désaltérant : être entrain de se désaltérer ; Ex. : "Cette maison va s'écroulant un peu plus chaque jour" .
(***) Dans le courant : petit vers rapide qui fait image et qui représente bien la fuite du courant .
(****) Vingt pas : 10 à 15 mètres, en donnant aux pas une longueur moyenne de 0,50 à 0,75 mètres ; c'est un complément circonstanciel ; au-dessous : en aval ; remarquez la futilité des griefs du loup : même si l'agneau était coupable, sa faute ne serait pas bien grave ; mais en réalité c'est le loup qui troublerait son eau et non lui qui trouble l'eau du loup .
(*****) Façon : vers volontairement prosaïque et qui a pour objet d'indiquer toute la rigueur du raisonnement .
-"Tu la troubles (*) , reprit cette bête cruelle,
Et je sais que de moi tu médis l'an passé (**)"
(*) Troubles : affirmation sans preuve , aussi le loup se hâte-t-il de passer sans transition [ et je sais ] à une autre accusation aussi futile et aussi mal fondée que la première .
(**) De moi tu médis : inversion ; l'an passé : complément circonstanciel de temps ; " la nuit", " le jour", etc.
"Comment l' (*) aurais-je fait, si je n'étais pas né (**) ?
Reprit l'agneau ; Je tette encor (***) ma mère ."
-Si ce n'est toi, c'est donc ton frère (****) .
(*) L' : cela ; c'est un pronom neutre .
(**) Si je n"étais pas né : or, je n'étais pas né [puisque] je tette encore ma mère ; [donc] je n'ai pas pu le faire [ comment l'aurais-je fait ?] .
(***) Je tette : c'est donc un tout jeune agneau, qui n'est pas né l'année précédente : l'argument est irréfutable et facile à vérifier ; encor: ancienne orthographe que les poètes ont conservée pour la commodité de la versification.
(****) Frère : reproche encore plus absurde que les précédents ; en quoi l'agneau est-il responsable des fautes de son frère, ou des siens ?
"-Je n'en ai point (*) .- C'est donc un des tiens (**) ,
Car vous m'épargnez guère (***) ,
Vous, vos bergers et vos chiens ."
(*) Point : aucune discussion possible .
(**) Des tiens : de tes parents [ voir plus haut dans le texte] .
(***) Épargner : ne pas faire [ à quelqu'un ] tout le mal qu'on pourrait [ lui ] faire ; Ex.: " Épargner un animal vaincu" ; ici : vous ne vous gênez pas pour dire de moi tout le mal possible .
"On me l'a dit (*) : il faut que je me venge . "
Là-dessus (**) , au fond des forêts
Le loup l'emporte (***), et puis le mange
Sans autre (****) forme de procès (*****) ."
(*) On : qui, on ? Le loup se garde bien de le préciser .
(**) Là-dessus : sur cela, sur ces paroles, après ces paroles .
(***) L'emporte : forte inversion .
(****) Sans autre : sans [ une] autre (voir note plus haut dans le texte) .
(*****) Forme de procès : ensemble des formalités nécessaires au jugement d'un procès ; le sens est : le loup le mange sans se donner la peine d'inventer de nouveaux prétextes ; remarquez la rapidité du dénouement : trois vers de huit pieds, et, dans ces trois vers, les deux verbes au présent .
EXPLICATIONS .
I- Indications d'ensemble .
Cette fable fait partie du livre 1er du Recueil de Fables de Jean de La Fontaine ; publication du livre 1er : 1668 ; sujet emprunté à Phèdre et à Esope .
II- Analyse et distribution de la fable.
C'est, comme la plupart des fables de La Fontaine, un véritable petit drame qui, - en dehors de la morale- comprend trois parties :
1° Une exposition : l'agneau se désaltère ;
2° Une première péripétie : arrivée du loup ;
3° Une deuxième péripétie : discussion du loup et de l'agneau ;
4°Un dénouement : le loup dévore l'agneau .
III- Idée Essentielle .
Elle est contenue dans la morale :
"La raison du plus fort est toujours la meilleure" .
La Fontaine a-t-il voulu dire qu'il suffit d'être le plus fort pour avoir toujours raison ? Ce serait absurde : le brigand armé qui assassine et dépouille le voyageur sans armes est bien le plus fort : il n'en a pas moins tort .-Il fait, au contraire, allusion aux rois conquérants qui, sous les plus futiles prétextes, attaquent les nations les plus faibles .
Mais la fable a une portée plus générale : on est le plus fort, non seulement quand on a une armée plus nombreuse ou une vigueur physique plus grande que son adversaire, mais aussi quand on a plus de puissance, plus de fortune, plus d'influence que lui : abuser de ces avantages pour faire triompher une cause inique (qui manque gravement à l'équité ,[ vertu qui consiste à régler sa conduite sur le sentiment naturel du juste et de l'injuste] , très arbitraire ) , c'est agir à la manière du loup .
Dans la vie civile, il est juste et nécessaire que les tribunaux donnent raison non à celui qui est le plus fort , mais à celui qui a réellement raison . Dans les conflits entre peuples, il serait juste et nécessaire que les tribunaux internationaux pussent décider qui a raison et éviter ainsi le recours à la force .
IV- Personnages :
Le loup , animal carnassier, et violent, "cruel" et " plein de rage" . Il représente l'oppresseur : d'ordinaire celui-ci se contente de faire appel à sa force ; parfois cependant il joint l'hypocrisie à la violence par le besoin naturel qu'ont presque tous les malfaiteurs de couvrir leur actes [ peut-être à leurs propres yeux] d'un semblant de prétexte . Il s'exprime avec brusquerie et avec rudesse [vers 7,18,19,26] .
L'agneau , animal domestique et inoffensif, est craintif et doux . Il représente l'opprimé : il prend au sérieux les reproches du loup et les discute avec bonne foi et naïveté : il ne sait pas que, sans la protection d'une société établie sur des principes d'équité (d'impartialité) , la justice et la raison ne sauraient prévaloir contre la violence . - Il s'exprime avec politesse, avec modération et, même avec respect [vers 10,17] .
V- Appréciations littéraires :
On trouve dans cette fable les qualités habituelles de La Fontaine :
1° La sobriété : aucun détail inutile ; tout le nécessaire et rien que le nécessaire ;
2° La simplicité et le naturel : aucune phrase déclamatoire ; pas de grands mots; chaque personnage dit ce qu'il doit dire et le dit de la manière la plus naturelle ;
3° L'élégance sans recherche : la simplicité ne tombe jamais dans la vulgarité ;
4° La netteté et la clarté : les idées s'enchaînent logiquement et rigoureusement .
Voici, lecteur, un exemple d' analyse qui vous permettra , nous le pensons, "de voir" et de comprendre comment on "observe" un texte pour pénétrer, saisir toute sa substance et sa construction en une langue française irréprochable .
Bien à vous,à bientôt, Gerboise .
La raison du plus fort est toujours la meilleure .
Nous l'allons montrer tout à l'heure .
Conte, récit :
Un agneau se désaltérait
Dans le courant d'une onde pure .
Un loup survient à jeun qui cherchait aventure
Et que la faim en ces lieux attirait .
" Qui te rend si hardi de troubler mon breuvage ?
Dit cet animal plein de rage :
Tu seras châtié de ta témérité .
-Sire, répond l'agneau, que Votre Majesté
Ne se mette pas en colère ;
Mais plutôt qu'Elle considère
Que je me vas désaltérant
Dans le courant
Plus de vingt pas au-dessous d'Elle ;
Et que, par conséquent, en aucune façon ,
Je ne puis troubler sa boisson .
- Tu la troubles, reprit cette bête cruelle,
Et je sais que de moi tu médis l'an passé .
-Comment l'aurais-je fait, si je n'étais pas né ?
Reprit l'agneau ; je tette encor ma mère .
-Si ce n'est toi, c'est donc ton frère .
-Je n'en ai point .- C'est donc quelqu'un des tiens,
Car vous ne m'épargnez guère,
Vous, vos bergers et vos chiens .
On me l'a dit : il faut que je me venge ."
Là-dessus, au fond des forêts
Le loup l'emporte, et puis le mange
Sans autre forme de procès .
Jean de La Fontaine
REMARQUES , COMMENTAIRES et EXPLICATIONS ; "OBSERVATION D'UN TEXTE" .
"La raison (*) du plus fort est toujours la meilleure .
Nous l'allons montrer tout à l'heure (**) ."
(*) La raison, le discours tendant à prouver ou à justifier une chose, que l'on donne, l'argument que l'on invoque .
(**) Nous : je, formule de modestie employée par les auteurs ; souvenir d'un usage latin ; montrer : on dirait aujourd'hui : nous allons le montrer . Au XVIIe siècle, les verbes aller, devoir, falloir, pouvoir, faire, etc., se construisaient souvent comme de véritables auxiliaires .
L'auteur veut dire, évidemment, que la raison donnée par le plus fort est, sinon toujours la meilleure en droit, du moins la plus puissante en fait ; tout à l'heure : immédiatement .
"Un agneau (*) se désaltérait
Dans le courant d'une onde pure (**) ."
(*) Agneau : petit de la brebis âgé de moins d'un an ; le jeune âge de l'agneau explique sa naïveté et son inexpérience ; se désaltérait : étanchait sa soif [l'apaiser en buvant] .
(**) Onde : eau en mouvement ; pure : sans mélange, claire, limpide ; c'est parce que l'eau est pure que le loup peut accuser l'agneau de la troubler (la modifier en altérant sa transparence) .
"Un loup survient à jeun qui (*) cherchait aventure (**)
Et que la faim en ces lieux attirait (***) ."
(*) Qui a loup pour antécédent ; aujourd'hui on évite de séparer l'antécédent du pronom relatif ; le présent survient, après l'imparfait se désaltérait , indique la soudaineté de l'apparition du loup .
(**) Aventure : une aventure ; la suppression de l'article défini ou indéfini était fréquente dans l'ancien français, en souvenir du latin où ces articles n'existaient pas ; la suppression de l'article donne plus de généralité à l'expression ; aventure : événement heureux ou malheureux que l'on ne peut prévoir; le loup cherche une proie à tout hasard .
(***) en ces lieux attirait : inversion ; ces lieux : ce lieu, cet endroit ; c'est la faim et non la soif qui attirait le loup près du ruisseau , où viennent boire les animaux domestiques .
" Qui (*) te rend si hardi de (**) troubler mon breuvage (***) ?
Dit cet animal (****) plein de rage (*****) :"
Tu seras châtié de ta témérité .
(*) Qui : neutre ; quoi ? qu'est-ce qui ?
(**) si hardi de : assez hardi pour .
(***) Mon breuvage : remarquez que le loup n'a nullement l'intention de boire .
(****) Cet animal ... : le loup ; cette bête cruelle [vers 18] : ces périphrases évitent la répétition du mot loup, en ajoutant une idée de fureur et de crainte .
(*****) Rage : au propre, maladie qui se traduit par des accès violents ; ici :fureur (colère folle et agressive, caractère d'extrême violence) ; les verbes dit ..., répond [vers 8 et 10] sont au présent, pour donner plus de vivacité au dialogue, il semble que nous y assistons .
"Tu seras châtié de ta témérité .
-Sire, répond l'agneau, que Votre Majesté
Ne se mette pas en colère (*) ;
Mais plutôt qu'Elle considère
Que je me vas désaltérant (**)
Dans le courant (***)
Plus de vingt pas au-dessous d'Elle (****) ;
Et que par conséquent, en aucune façon (*****),
Je ne puis troubler sa boisson ."
(*) Que Votre Majesté ne se mette pas en colère : subjonctif indiquant la prière ; Sire ..., Votre Majesté : titres de respect que l'on donnait aux rois ; il semble que l'agneau parle ainsi au loup pour l'apaiser ; mais, d'autre part, La Fontaine avait sans doute l'intention de représenter, sous la figure du loup, un roi conquérant (nous reviendrons plus loin dans la partie explicative du texte sur ces opinions , avec des commentaires sur les idées principales de ce récit) ; aux vers 12 et 15, Elle représente Votre Majesté : le loup .
(**) Je vas : je vais, forme aujourd'hui très peu usitée ; pour la place du pronom me (voir note ci-dessus) ; aller se désaltérant : être entrain de se désaltérer ; Ex. : "Cette maison va s'écroulant un peu plus chaque jour" .
(***) Dans le courant : petit vers rapide qui fait image et qui représente bien la fuite du courant .
(****) Vingt pas : 10 à 15 mètres, en donnant aux pas une longueur moyenne de 0,50 à 0,75 mètres ; c'est un complément circonstanciel ; au-dessous : en aval ; remarquez la futilité des griefs du loup : même si l'agneau était coupable, sa faute ne serait pas bien grave ; mais en réalité c'est le loup qui troublerait son eau et non lui qui trouble l'eau du loup .
(*****) Façon : vers volontairement prosaïque et qui a pour objet d'indiquer toute la rigueur du raisonnement .
-"Tu la troubles (*) , reprit cette bête cruelle,
Et je sais que de moi tu médis l'an passé (**)"
(*) Troubles : affirmation sans preuve , aussi le loup se hâte-t-il de passer sans transition [ et je sais ] à une autre accusation aussi futile et aussi mal fondée que la première .
(**) De moi tu médis : inversion ; l'an passé : complément circonstanciel de temps ; " la nuit", " le jour", etc.
"Comment l' (*) aurais-je fait, si je n'étais pas né (**) ?
Reprit l'agneau ; Je tette encor (***) ma mère ."
-Si ce n'est toi, c'est donc ton frère (****) .
(*) L' : cela ; c'est un pronom neutre .
(**) Si je n"étais pas né : or, je n'étais pas né [puisque] je tette encore ma mère ; [donc] je n'ai pas pu le faire [ comment l'aurais-je fait ?] .
(***) Je tette : c'est donc un tout jeune agneau, qui n'est pas né l'année précédente : l'argument est irréfutable et facile à vérifier ; encor: ancienne orthographe que les poètes ont conservée pour la commodité de la versification.
(****) Frère : reproche encore plus absurde que les précédents ; en quoi l'agneau est-il responsable des fautes de son frère, ou des siens ?
"-Je n'en ai point (*) .- C'est donc un des tiens (**) ,
Car vous m'épargnez guère (***) ,
Vous, vos bergers et vos chiens ."
(*) Point : aucune discussion possible .
(**) Des tiens : de tes parents [ voir plus haut dans le texte] .
(***) Épargner : ne pas faire [ à quelqu'un ] tout le mal qu'on pourrait [ lui ] faire ; Ex.: " Épargner un animal vaincu" ; ici : vous ne vous gênez pas pour dire de moi tout le mal possible .
"On me l'a dit (*) : il faut que je me venge . "
Là-dessus (**) , au fond des forêts
Le loup l'emporte (***), et puis le mange
Sans autre (****) forme de procès (*****) ."
(*) On : qui, on ? Le loup se garde bien de le préciser .
(**) Là-dessus : sur cela, sur ces paroles, après ces paroles .
(***) L'emporte : forte inversion .
(****) Sans autre : sans [ une] autre (voir note plus haut dans le texte) .
(*****) Forme de procès : ensemble des formalités nécessaires au jugement d'un procès ; le sens est : le loup le mange sans se donner la peine d'inventer de nouveaux prétextes ; remarquez la rapidité du dénouement : trois vers de huit pieds, et, dans ces trois vers, les deux verbes au présent .
EXPLICATIONS .
I- Indications d'ensemble .
Cette fable fait partie du livre 1er du Recueil de Fables de Jean de La Fontaine ; publication du livre 1er : 1668 ; sujet emprunté à Phèdre et à Esope .
II- Analyse et distribution de la fable.
C'est, comme la plupart des fables de La Fontaine, un véritable petit drame qui, - en dehors de la morale- comprend trois parties :
1° Une exposition : l'agneau se désaltère ;
2° Une première péripétie : arrivée du loup ;
3° Une deuxième péripétie : discussion du loup et de l'agneau ;
4°Un dénouement : le loup dévore l'agneau .
III- Idée Essentielle .
Elle est contenue dans la morale :
"La raison du plus fort est toujours la meilleure" .
La Fontaine a-t-il voulu dire qu'il suffit d'être le plus fort pour avoir toujours raison ? Ce serait absurde : le brigand armé qui assassine et dépouille le voyageur sans armes est bien le plus fort : il n'en a pas moins tort .-Il fait, au contraire, allusion aux rois conquérants qui, sous les plus futiles prétextes, attaquent les nations les plus faibles .
Mais la fable a une portée plus générale : on est le plus fort, non seulement quand on a une armée plus nombreuse ou une vigueur physique plus grande que son adversaire, mais aussi quand on a plus de puissance, plus de fortune, plus d'influence que lui : abuser de ces avantages pour faire triompher une cause inique (qui manque gravement à l'équité ,[ vertu qui consiste à régler sa conduite sur le sentiment naturel du juste et de l'injuste] , très arbitraire ) , c'est agir à la manière du loup .
Dans la vie civile, il est juste et nécessaire que les tribunaux donnent raison non à celui qui est le plus fort , mais à celui qui a réellement raison . Dans les conflits entre peuples, il serait juste et nécessaire que les tribunaux internationaux pussent décider qui a raison et éviter ainsi le recours à la force .
IV- Personnages :
Le loup , animal carnassier, et violent, "cruel" et " plein de rage" . Il représente l'oppresseur : d'ordinaire celui-ci se contente de faire appel à sa force ; parfois cependant il joint l'hypocrisie à la violence par le besoin naturel qu'ont presque tous les malfaiteurs de couvrir leur actes [ peut-être à leurs propres yeux] d'un semblant de prétexte . Il s'exprime avec brusquerie et avec rudesse [vers 7,18,19,26] .
L'agneau , animal domestique et inoffensif, est craintif et doux . Il représente l'opprimé : il prend au sérieux les reproches du loup et les discute avec bonne foi et naïveté : il ne sait pas que, sans la protection d'une société établie sur des principes d'équité (d'impartialité) , la justice et la raison ne sauraient prévaloir contre la violence . - Il s'exprime avec politesse, avec modération et, même avec respect [vers 10,17] .
V- Appréciations littéraires :
On trouve dans cette fable les qualités habituelles de La Fontaine :
1° La sobriété : aucun détail inutile ; tout le nécessaire et rien que le nécessaire ;
2° La simplicité et le naturel : aucune phrase déclamatoire ; pas de grands mots; chaque personnage dit ce qu'il doit dire et le dit de la manière la plus naturelle ;
3° L'élégance sans recherche : la simplicité ne tombe jamais dans la vulgarité ;
4° La netteté et la clarté : les idées s'enchaînent logiquement et rigoureusement .
Voici, lecteur, un exemple d' analyse qui vous permettra , nous le pensons, "de voir" et de comprendre comment on "observe" un texte pour pénétrer, saisir toute sa substance et sa construction en une langue française irréprochable .
Bien à vous,à bientôt, Gerboise .
Inscription à :
Articles (Atom)