Affichage des articles dont le libellé est Réflexions pédagogiques sur le langage. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Réflexions pédagogiques sur le langage. Afficher tous les articles

lundi 22 août 2011

C'est peu de chose*,à première vue,qui fera l' objet** de ce billet, mais cependant,ce genre de chose est un objet important de notre langue française


Ces cinq illustrations qui précèdent les définitions différentielles des choses et des objets proviennent du Tome III de l'ouvrage : Histoire Générale du travail publié à la Nouvelle librairie de France , G.-V. Labat Éditeur, 1996 . Les 4 Tomes qui parcourent les grands événements de l'histoire de l'activité humaine dans le monde apporteront à l'ensemble de ses lecteurs une richesse culturelle appréciable . Gerboise vous conseille vivement de prendre connaissance de cette publication .

Elles vont nous faire entrevoir , discerner, prendre conscience des subtilités des diverses significations des mots de notre langue .

Traverses humaines .

Image ci-dessus , illustrant une certaine idée horrible des " CHOSES " de la Société . Ces " traverses " ici , ne sont pas des " OBJETS " matériels, mais des " OBJETS " virtuels représentés par des êtres humains .

" Une véritable rage de créer, de produire, de construire et d'organiser s'empare des hommes de l'Occident. Ainsi aux USA, le système Vanderbilt provoque la révolte des fermiers écrasés par le monopole des compagnies de chemin de fer comme l'atteste cette caricature".





Ce drame, cette tragédie, insoutenable, poignante fut une " CHOSE " atroce, cruelle !

" Exploitation du sous-sol présente de nombreux dangers : incendie, coup de grisou, gaz toxiques, éboulements, maladresse ou imprudence du mineur . Ci-dessus, en mars 1906, les corps des victimes sont ramenés au jour après la catastrophe des mines de Courrières dans le Pas-de-Calais en France " .





Cette ouverture de bibliothèque fut une " CHOSE " fabuleuse, exceptionnelle . La mise à disposition des livres au grand public , ces " OBJETS " de culture, sera un événement aux conséquences inimaginables .



" L'association polytechnique pour le développement de l'instruction publique ou Auguste Comte enseigna, ouvrit la première bibliothèque populaire en 1835 . Cette initiative sera suivie par l'ouverture au public de la bibliothèque Sainte-Geneviève, ( illustration ci-dessus) " .






Lieu, où des " OBJETS " matériels à acquérir, sont à la disposition du public en vue de leur vente et font l'objet de désirs parfois addictifs, c'est-à-dire qui créent une conduite menant à une certaine dépendance, un besoin impératif d'acheter et donc de posséder .



" C'est dans les domaines de l'habillement et du textile que les grands magasins s'imposent . Les élégantes savent qu'elles y trouveront les " nouveautés . Le bon marché (vue ci-dessus) , fondé en 1852 par Aristide Boucicaut , servira de modèle à Émile Zola pour Au bonheur des dames " .





Ce fut une belle " CHOSE " que l'invention du métier à tisser . La vue de cet atelier ci-dessus montre de très nombreux " OBJETS " très divers , de toute sorte, ainsi que des personnages et un mode de vie particulier à cette époque . Ce sont les " CHOSES " de la vraie Vie au début du XIXe siècle, dans ce monde industriel.



" De dimensions impressionnantes, le métier à tisser de type Jacquard occupe tout l'espace utile de ce logis de canut lyonnais . Le système de la " fabrique " est en effet basé sur le travail à domicile, dont les impératifs ont priorité sur la vie privée de l'ouvrier " .



* chose : par opposition à phénomène ou à fait, implique une réalité envisagée à l'état statique comme constitué par un système supposé fixe de qualité et de propriétés . Leçon de choses : sciences naturelles, en biologie, en sciences de la terre ; regarder les choses en face: réalité . Il se sent tout chose : décontenancé, penaud, mal à l'aise . Se tenir informé des choses : actualité . Chose sans gravité : incident .



** objet : ce qui nous est présenté par la perception, comme indépendant du sujet qui connaît ; tout ce qui est susceptible d'être perçu . Objet d'une conférence : matière, question, sujet . Objets matériels de toute nature .


Le dictionnaire Littré nous permet d'être plus exhaustif en envisageant une plus grande variété de contextes .




Chose :





1 - désignation indéterminée de tout ce qui est inanimé . Les belles choses de la terre ; chose étrange, inouïe, incroyable.

2 - chose se dit quelquefois des personnes . Je suis chose légère, et vole à tout sujet, Je vais de fleurs en fleurs et d'objet en objet . La Fontaine .




3 - la chose publique, l'État , l'Administration.

4 - ce dont il s'agit . Je vais vous expliquer la chose . Voilà quel est l'état des choses .

5 - terme de droit . Chose jugée, ce qui a été résolu par une décision judiciaire en dernier ressort, ou ce qui n'est plus susceptible d'appel ou d'opposition .




6 - terme de droit . Bien, propriété, possession . Choses hors du commun .



7 - en termes de grammaire . Chose se dit par opposition à personne . Le pronom quoi se rapportent toujours à des choses, il ne se rapporte jamais à des personnes.

8 - ce qui est en fait, en réalité, par opposition à ce qui est un mot, un nom . Vous ne nous donnez que des mots, et nous voulons des choses .

9 - quelque chose, une chose de quelque valeur; une chose indéterminée . Il y a en vous quelque chose de surnaturel . Montrez-nous autre chose de beau . Dites-nous autre chose de gai .



10 - peu de chose: chose inutile, sans valeur . Cette découverte est peu de chose et je vous l'abandonne .

11 - grand-chose : quelque chose qui a de l'importance ." À quoi vous servait d'irriter des gens qui, sans être grand-chose, tiennent à quelque chose ? " Courteline .

12 - familièrement, chose se dit en place d'un terme, d'un nom qui ne revient pas à l'esprit . Monsieur chose . C'est agaçant, enfin une chose, quoi, vous comprenez !

13 - populairement, être tout chose, être mal disposé soit pour la santé soit pour l'humeur . Je suis tout chose ce matin .




Objet :


1 - tout ce qui se présente à la vue. Quel objet se présente à mes yeux ? Ce n'est pas seulement des hommes à combattre ; c'est des montagnes inaccessibles . Tous les objets paraissent sombres et en confusion le matin aux premières lueurs de l'aurore . Bossuet .

2- tout ce qui affecte les sens . Les couleurs sont les objets de la vue, les odeurs de l'odorat, les saveurs du goût, les sons de l'ouïe, la nature des états de surfaces , du tact .

3 - terme de philosophie . Objet matériel, la chose même qu'une science considère .

4 - chose, dans un sens indéterminé . C'est un objet de peu de valeur . Objets de première nécessité . Un objet de dépense .

5 - tout ce qui se présente à l'esprit, tout ce qui l'occupe . Le plus charmant objet de la nature,le plus capable d'émouvoir un coeur sensible et de le porter au bien, est, je l'avoue, une femme aimable et vertueuse ; mais cet objet céleste où se cache-t-il ? J.J. Rousseau . L'objet de mes recherches est toujours présent à mon esprit, est fréquemment l'objet de mes pensées, de mes préoccupations .

6 - tout ce qui sert de matière à une science, un art, à une oeuvre littéraire. Les corps naturels sont l'objet de la physique . Le sublime ne peut se trouver que dans les grands sujets; la poésie, l'histoire et la philosophie ont toutes même objet, l'homme et la nature .

7 - tout ce qui est la cause, le sujet, le motif d'un sentiment, d'une passion . Puis- je d'un tel chagrin savoir quel est l'objet . Corneille .

8 - but, fin qu'on se propose. Jusqu'ici les traités de paix avaient la guerre pour véritable objet .

9 - et par excellence, l' être aimé . Non, non, ce cher objet à qui j'ai pu déplaire [ma mie,la chose la plus précieuse de ma vie] .



10 - Il s'est dit pour la personne d'un homme ou d'une femme, pour l'image d'un objet .[ Le cerf se mirant dans une fontaine] ... ne pouvait qu'avoir que peine . Souffrir ses jambes de fuseaux. Dont il voyait l'objet se perdre dans les eaux, La Fontaine, fable .



11 - Terme de grammaire générale . Se dit quelquefois du complément ou régime direct, par opposition à sujet . L'objet est un accessoire du verbe ; il doit le suivre immédiatement, ou du moins il n'en peut être séparé que par des modifications mêmes du verbe . Les corps naturels sont le sujet de la physique .






Chose :





1-Dans l'usage ordinaire : terme indéterminé servant à désigner n'importe objet de pensée . Le créateur de toute chose . Parler de choses et autres . " La conscience est toujours conscience de quelque chose " Husserl .



" Dans les grandes choses, les hommes se montrent comme il convient de se montrer ; dans les petites, ils se montrent comme ils sont ." Chamfort, Maximes et Pensées, 1812 .


2 -Par opposition à personne : l'être dénué dde conscience réfléchie .


" O soleil ! sans quoi les choses

Ne seraient que ce qu'elles sont ." E. Rostand, Chanteclerc .



" Le seul moyen qu'ait le petit enfant d'étendre son empire sur les choses, qu'il ne sait pas manier, est de savoir manier les personnes " . P. Guillaume, Introduction à la psychologie .



3 - Choses en soi : ce qui a une existence indépendante .


" Chose pensée, [utilisé par Platon dans le Timée pour désigner les Idées] opposée aux phénomènes : au sens de réalité intelligible inconnaissable mais pensable " .




Objet :



1 - Désigne ce qui se présente à quelque fonction de connaissance, intellectuelle aussi bien que sensible .


"Tout ce qui se présente aux sens et à l'esprit .


Chaque corps qu'on voit est un objet qui tombe sous les sens, chaque idée qu'on a est un objet qui s'offre à l'esprit " Condillac .


2 - Objet-chose : Toute réalité matérielle qui peut être maniée . Un livre, un crayon, un échantillon de roche sont des objets ; Un nuage, l'eau, un affleurement de roche ne sont pas appelés de ce nom .


3 - Au figuré : ce dont il s'agit, ce dont s'occupe l'esprit, ce sur quoi porte une action ... Objet d'une réunion, ou d'un livre, de vives critiques .


4 - Plus précisément : ce qui est visé, le résultat vers lequel on tend . L'objet d'un désir, d'une démarche .




CHOSE



Pris dans le sens général d'objet quelconque, désigne toute réalité concrète ou abstraite .


Il faut lutter contre la paresse d'esprit qui tend à remplacer par le mot chose, le terme précis qui exprimerait exactement ce qu'on veut dire .


Chose ne peut guère avoir de synonymes, puisqu'il finit par remplacer tous les mots . Des termes de sens très général, mais moins vagues, tels que objets, idées, sentiments, détails, doivent souvent lui être préférés .


Dans un sens très général, tout ce qui est, tout ce qui existe .


C'est la plus belle chose du monde .


Leçon de choses, notions scientifiques élémentaires données aux enfants à propos des objets ou des matières usuelles .


Tout être inanimé, soit concret, soit abstrait, tout ce qu'on dit ou que l'on peut dire, tout ce que l'on fait ou que l'on peut faire, tout ce qui n'a pas de nom particulier .


Faire de belles, de grandes choses . Faites cela avant toute chose . Il a très bien pris la chose .


Tout objet qui intéresse l'homme, qui a quelque rapport avec lui .


Les choses humaines . Les choses de ce monde . Bien, tout objet qu'on possède en propre . C'est mon bien, ma chose . Aller au fond des choses, ne pas s'arrêter à un examen superficiel .


Nous sommes peu de chose !



Les choses et les objets peuplent le monde où ils s'offrent à notre perception sensible . Nous n'usons pas ordinairement de ces mots pour nommer les réalités qui échappent à nos sens Et pourtant n'en existe pas moins Les atomes,les ondes, mais encore les sentiments ou les idées ainsi que les souvenirs .


Les choses et les objets sont d'abord des éléments du monde des corps .


La chose est d'abord un corps qui possède son identité, mais un corps inerte .Dès qu'il y a de la vie,on parle d'êtres, et non plus de choses. Il s'ensuit que dans l'univers des existants ,La chose ne jouit que d'un degré inférieur de dignité . Désigner " quelque chose " comme une chose, " "cette chose là ", c'est manifester le peu d'intérêt qu'on lui porte, La maigre estime où on la tient. Ce qui nous renvoie au sens moral et juridique du mot: est chose ce qui est disponible pour la jouissance et l'appropriation par les sujets de droit que sont les personnes.


Une chose peut être traitée comme un simple moyen, Une personne doit toujours être considérée en même temps comme une fin .


La notion d'objet ne prend son sens que dans la relation avec un sujet . L'objetum , c'est ce qui est jeté, placé devant, en face du sujet . On parle par exemple d'objet de connaissance : Ce que l'esprit [le sujet] cherche à connaître . Dans la mesure où cette connaissance est conforme à la réalité de l'objet, c'est-à-dire dans la mesure où c'est réellement une connaissance, elle sera dite objective . On parle aussi d'objet d'une passion,d'un sentiment : L'objet amoureux [ rien à voir avec la " femme objet ", expression dans laquelle " objet " est plutôt entendre au sens de " chose " ] .


Contrairement à la chose,qui se contente d'être là ,donnée factuelle livrée à la perception et à la manipulation, isolée, passive et a priori indifférente à la manière dont nous l'appréhendons et la traitons , l'objet est constitué par le regard que nous portons sur lui , l'intérêt que nous lui accordons,le projet à travers lequel nous le visons. Ce que montre bien le statut de l'objet scientifique.


Une science se définit d'abord par son domaine d'objet. Mais l' objet scientifique n'est jamais un simple donné,il se contenterait [comment la chose ] d'être là,attendant qu'on s'intéresse à lui.


Bachelard a bien montré qu'il n'existe d'objet pour la science que constitué par la science.


Cette constitution de l'objet passe par tout un travail de déconstruction de la chose telle qu'elle se présente à la perception commune et à l'expérience première. Son livre :La formation de l'esprit scientifique a décrit avec un luxe de détails la façon dont le premier contact avec le monde des choses,loin d'ouvrir un boulevard à la connaissance scientifique, entasse sur son chemin de redoutables "obstacles épistémologiques".


Dans le monde des choses,il n'y a ni gravité,ni inertie,ni champ,ni sélection naturelle . En sciences, dit Bachelard, " les données sont des résultats " , produits par un labeur de conceptualisation, ainsi que par les techniques d'observation et d'expérimentation. Le microscope, le spectroscope, l'accélérateur de particules font naître de nouveaux objets. Et encore,à condition d'être utilisé par des esprits avertis.



" Le microscope,dit Alain ,n'instruit pas l' ignorant,il l' étourdit " .



Ce qui est vrai des choses il est aussi bien des faits, que le scientifique ne peut pas davantage se dispenser de construire. La chose , c'est ce qui va de soi.


En sciences, dit Bachelard, " Rien ne va de soi . Rien n'est donné. Tout est construit " [ La formation de l'esprit scientifique] . Il y a un " chosisme " [ le mot est de Bachelard ] spontané de la pensée commune,en vertu duquel l'esprit tend à se représenter toute réalité sur le modèle des choses sensibles. Il appartient à l'esprit scientifique de se défaire de ce " réalisme naïf " pour lui substituer une organisation d'objets de pensée, qui sont eux-mêmes des " objets d'expériences techniques " [ L'activité rationaliste de la physique contemporaine] .




Oui , en metant les choses au mieux, au pire, je vais vous dire une bonne chose : on est bien peu de chose ! Par la force des choses , ainsi vont les choses qui font l'objet de nos préoccupations ; il est parfois nécessaire de prendre les choses comme elles viennent avant de prendre les choses en main !




Aux lecteurs de ce texte :




Vous trouverez dans le billet du 13 Juillet 2011 l'explication de la cause de mes silences . Par la force des choses , je dois m'occuper en priorité de l'objet de ma vie : ma douce compagne plongée dans son nouveau monde sans mémoire ...




Fidèlement vôtre, Gerboise




mardi 5 janvier 2010

Le langage : instrument de la pensée ! Equivoque*, Ambiguïté**, Double sens***...

.

* Équivoque : interprétation différente d'une expression qui n'existe que dans la pensée de celui qui parle ; qui a deux sens entre lesquels on hésite, et souvent qui a été rendu tel à dessein ; marque un défaut toujours fâcheux et se dit surtout des mots . Douteux, obscur .
** Ambiguïté : sens général susceptible d'être compris de plusieurs façons ; ambigu, en parlant des pensées, des discours, des actions, qui présente deux ou même plusieurs sens possibles de sorte que l'esprit ne saurait se déterminer clairement pour aucun . Incertitude, indécision , malentendu, quiproquo.
*** Double sens : qui a deux significations, l'une facile à comprendre, l'autre plus ou moins difficile à saisir .


Le langage a pour but de traduire, décrypter les idées par des mots . Le langage a pour dessein de décoder, transcrire les jugements et les raisonnements par des phrases .

Mais il n'est pas une expression adéquate,appropriée, ni même logique , cohérente, de la pensée .

Le langage est un système de signes, comme la mimique, la gestuelle, - le plus souple, le plus complexe et le moins imparfait, pour objectiver les faits psychiques, la pensée .

La formation et le développement du langage sont donc associés intimement à la formation et au développement de la pensée humaine . Les lois psychologiques de l'intelligence sont en rapport étroits avec celles de la parole . L'élaboration et la conservation de la connaissance ne peuvent guère se concevoir, abstraction faite des signes qui fixent les idées .

Le mot n'exprime pas l'idée : il l'évoque ( la rappelle à la conscience) imparfaitement et en général par l'intermédiaire d'une image [ nous développerons cet aspect dans un futur article concernant l'imagination].

" Comprendre un mot, une phrase, ce n'est pas avoir l'image des objets réels que représente ce mot ou cette phrase, mais bien sentir en soi un faible réveil des tendances de toute nature qu'éveillerait la perception des objets représentés par le mot " .

L'analyse de la formation spontanée et même artificielle des mots montre quelle part prépondérante est réservée à l'imagination dans les opérations intellectuelles, et quel rôle minime a joué, en revanche, l'abstraction, même pour la formation primitive des idées générales .

Les objets sont désignés à l'aide d'images qui évoquent l'un de leurs aspects les plus frappants . Un objet est souvent désigné par un mot qui était affecté auparavant à un objet voisin : c'est la métaphore, qui repose essentiellement sur l'association des idées, comme les autres figures de grammaire .
Cette opération est provoquée par la faculté qu'a toute représentation psychologique d'éveiller dans l'esprit une image ou une idée apparentée par un rapport quelconque .

C'est par le procédé métaphorique qu'on a exprimé, au début, les idées abstraites .

Penser, à l'origine, c'est peser [ ses idées] , les évaluer, les apprécier; peser ses mots ! .

Le langage n'a pas moins de rapports avec la mémoire, dont l'association des idées est le principe directeur .

Qu'elle soit auditrice, motrice, visuelle, olfactive, tactile ou gustative, la mémoire est facilitée par le langage, puisque la parole est, suivant le point de vue, un ensemble de sons entendus ou de sons proférés, et qu'elle peut se traduire en signes visibles .

De même qu'il est plus aisé d'éveiller les images que les idées abstraites, de même des signes sonores
ou visuels arrivent à être évoqués plus facilement par le cerveau que les images dont ils sont la représentation . La mémoire des mots, qui peut se substituer à la mémoire des idées, et qui lui est, en tout cas, d'un grand secours, procède des même lois : elle varie en raison de la vivacité et de la répétition de l'expression première, comme en raison de la possibilité d'association . La mnémotechnie (capacité d'aider la mémoire par des associations mentales) n'est qu'une application particulière de l'association des idées .

Mais si le langage est en relation directe avec les lois psychologiques de la pensée, il n'a guère de contact avec la logique . Il ignore l'opération de la généralisation comme celle de l'abstraction . Le logicien nous enseigne que l'idée d'oiseau dérive d'une comparaison entre les diverses espèces d'oiseaux dont on a abstrait les caractères généraux .

Le langage procède par une toute autre voie .

Quand le latin a appelait l'oiseau volubilis en songeant au vol de ces animaux, il ne faisait pas une généralisation à proprement parler, puisque les oiseaux ont entre eux bien d'autres caractères communs en dehors du vol, et que le vol caractérise en outre les insectes, par exemple, qui ne sont pas désignés par ce mot .

Aucune langue n'a un mot populaire pour désigner les mammifères ou les insectes . L'image, comme le mot, est susceptible d'éveiller un groupe d'êtres plus ou moins restreints, suivant les cas ou suivant les peuples : une population de pêcheurs distinguera divers poissons, tandis que des " terriens " se contenteront souvent d'un seul terme . Mais aucune idée de classification rationnelle ne préside à ces dénominations .

Comme les jugements et les raisonnement s'expriment à l'aide de phrases, on en a conclu longtemps que la " grammaire générale " était la logique du langage, et que le langage obéissait et devait obéir aux lois de la raison . Rien n'est moins exact . Les formes et la syntaxe s'expliquent historiquement par des évolutions dans laquelle la psychologie seule joue son rôle - par voie analogique ;

et c'est au contraire la pensée qui doit se couler dans le moule de la phrase et se plier à l'ordre des mots
.

Même les esprits les plus vigoureux, s'ils arrivent à imprimer à leur style le cachet de leur pensée, sont impuissants à transformer la syntaxe d'une langue .

Il n'y a pas plus de logique dans la construction française courante qui place le verbe entre le sujet et le complément, que dans les constructions allemandes qui rejettent le verbe à la fin de la phrase, ou dans les tournures interrogatives qui mettent le sujet après le verbe, ou dans la phrase arabe qui met le complément avant le verbe . Tout n'est qu'une question d'usage, d'associations d'idées .

Le langage est devenu à peu près inséparable de la pensée . Penser, n'est-ce pas, en général, se parler à soi-même ?

Parole intérieure, si finement analysée par tous ceux qui se passionnent pour les rapports entre soi-même et les autres ! Le langage, qui a pour but de communiquer la pensée, contribue à la former, en la fixant par des signes sonores, précis et objectifs, qui permettent une analyse plus rigoureuse, - à la simplifier aussi, parce qu'elle substitue des formules aux images et aux idées . Le signe ( ce qui permet de deviner ou de prévoir, de connaître ou de reconnaître quelque chose ; représentation ou action sensible permettant de faire connaître une pensée ou de manifester un désir ; élément du langage) , créé pour le service de la pensée, réagit à son tour sur elle, et facilite le travail intellectuel en permettant de penser des mots, substituts des idées : il tend à avoir une valeur propre .

Le mot - théoriquement et à l'origine - est bien un signe arbitraire et conventionnel . Mais pour un individu donné, il se présente sous un aspect différent, comme un signe évocateur d'une ou plusieurs idées auxquelles il est lié pour une association habituelle et, qui plus est, héréditaire .

Le langage de chaque individu, est " un système complexe d'associations inconscientes, de mouvements et de sensations au moyen desquelles il peut parler et comprendre les paroles émises par d'autres " .

Le mot est évocateur en bloc et non en détail .

La linguistique (science qui a la langue pour objet) assurait jadis que chaque partie du mot a sa signification propre : aux yeux du savant, sans doute, qui, par une analyse minutieuse, retrouve dans les flexions, suffixes et radicaux, les résidus des étapes antérieures et les témoins des filiations historiques ; mais pour celui qui parle, le mot forme un tout, et si sa décomposition est un procédé de critique scientifique, elle ne correspond pas à la vie subjective ou objective du langage .

Le mot forme un tout .

Encore son individualité est-elle souvent bien imparfaite . L'indépendance du mot par rapport à la phrase est toute relative .
La décomposition du discours en ses différents termes par la grammaire suppose déjà un état intellectuel avancé, une force de réflexion et d'analyse qui est étrangère à la plupart des individus qui parlent une langue .
Essayez de faire séparer les mots d'une phrase à quiconque n'a pas étudié la grammaire, et vous serez frappé par les erreurs commises, plus encore par les hésitations et les incertitudes .

Il n'y a donc pas équivalence exacte entre le mot et l'idée, puisque le mot n'a pas, en général, une forme fixe, et que, pour chaque forme spéciale, une notion de nombre, de sexe, de personne, de temps, de mode, etc., s'ajoute - parfois en double, en triple ou en quadruple - à l'idée représentée .

Mais pour un mot donné, cette idée même est susceptible de variation suivant la phrase, le lieu et le moment, le milieu social, les dispositions de l'individu ou l'individu lui-même .

Dans aucune langue, un seul mot ne correspond à une idée et à une seule .Chaque mot a eu en général, plusieurs significations, de même qu'une idée peut être exprimée par un certain nombre de synonymes .

Tel mot prend un sens différent suivant le contexte ou les circonstances dans lesquelles il est prononcé .

Examinez le mot " ascension " in abstracto (dans l'abstrait) et en grammairien : vous reconnaîtrez qu'il est susceptible de désigner, dans la langue actuelle, une fête religieuse, une ascension de montagne ou l'ascension symbolique vers les honneurs, la hiérarchie d'une entreprise, d'une carrière professionnelle ... etc.
Prêtera-t-il à l'amphibologie (double sens présenté par une phrase) dans le langage ? Nullement, car la phrase suffira souvent, à elle seule, à l'éclairer ; et il n'y aura aucune hésitation quand on demandera : " Quelle est la date de l'Ascension cette année ? " ou " Combien d'heures faut-il pour faire l'ascension du Mont Blanc ?"

Mais la phrase elle-même est enveloppée dans une ambiance qui précise encore le sens des termes :

sujet de conversation pour les interlocuteurs, - milieu naturel ou social qui suffit à fixer les idées, à défaut de la phrase, pour le début de la conversation ou pour le nouvel auditeur qui surgit . Le mot " ascension " , affiché à la porte d'une église, évoque une idée aussi précise, quoique différente, que le même terme entendu à la montagne dans un groupe d'alpinistes .

De là vient que les mots ont une tendance à se spécialiser en raison du milieu social, car, suivant la profession, le genre de vie, les habitudes, un vocable, doué de plusieurs significations dans la langue générale, s'associe plus étroitement à l'une d'entre elles, pour de tels individus ou tels groupes .

Le mot reprise , lancé à brûle-pourpoint, évoquera une idée toute différente chez un auteur dramatique, un pianiste, un escrimeur, un notaire, un tacticien, un agent de change ou une femme de chambre .
C'est le germe des langues spéciales . Pour des hommes du XVIIe siècle, des termes comme enfer, royauté , par l'ensemble des idées associées qu'ils éveillaient, avaient une toute autre valeur que pour nous .

La valeur du mot est susceptible de varier suivant le moment et selon les dispositions de l'individu . Sous l'influence de la colère, les termes prennent une signification tout autre, les images jaillissent, les métaphores se précipitent, - dans la recherche de l'expression forte, violente, susceptible de frapper l'adversaire : hommes ou femmes des couches populaires qui se querellent, se jettent à la tête des noms d'animaux, des mots désignant des individus tarés, débiles,ou des professions infâmes déshonorantes, violemment détournées, pour les besoins de la cause, de leur signification : ainsi s'explique la formation des termes injurieux . Comparez, à l'autre pôle, la prudence et la réserve des diplomates en conférence, pesant la valeur des mots, et jaugeant les termes sous toutes leurs faces . - Les expressions " un bon lit " , " une source fraîche " , ont-elles la même valeur en temps normal, en hiver, et au retour d'une ascension estivale ?

On dit parfois que dans aucune langue il n'y a de synonymes parfaits .

Pareille affirmation n'est exacte - approximativement - que pour le langage d'un individu déterminé : car si chacun, lorsqu'il est de sang-froid, donne un sens assez précis à chaque mot, en revanche la valeur des synonymes est essentiellement variable d'un individu à l'autre, et les différences assignées entre eux par des grammairiens sont souvent artificielles, surtout dans les langues littéraires où divers mots, issus de sources différentes, sont tombés pêle-mêle et au hasard dans un déversoir commun . Péninsule et presqu'île , celui-là savant, celui-ci populaire, ont exactement le même sens étymologique : l'usage décide de leur emploi et il varie suivant les habitudes, la culture intellectuelle, la recherche ou l'aversion du terme technique .

Ailleurs la signification originaire, l'histoire des mots est différente, comme pour parler [dire une parabole ( récit allégorique, comparaison) ] et causer [ alléguer ( mettre en avant, invoquer, ) ], visage [ sens conservé] et figure [sens géométrique] .

Si les divergences sont aussi sensibles chez un même individu ou chez deux individus voisins, l'écart est bien plus grand entre des peuples éloignés, surtout lorsqu'ils parlent des idiomes ( langues envisagées comme moyen d'expression propre à une communauté) différents .

D'une langue à l'autre, il n'y a pas d'équivalence entre les moyens d'expression, et une traduction rigoureusement exacte d'une conversation aussi bien que d'une œuvre littéraire, ne saurait se concevoir . Le faisceau d'idées multiples susceptibles d'être exprimées par un mot varie d'une langue à l'autre, et les associations formées entre elles à l'aide du terme commun sont trop étroites pour que l'évocation de l'une d'elles n'entraîne pas peu ou prou (plus ou moins, quasiment) celle de sa voisine qui est différente suivant l'idiome : il en résultera une altération, insensible peut-être, mais certaine du concept .

Quand le Latin employait sapere au sens abstrait de " savoir " , pouvait-il faire complètement abstraction des significations " avoir de la saveur " , " percevoir une saveur " que possédait aussi ce verbe, et lui donner un sens aussi purement abstrait que le Français se servant de savoir ?

Le langage ne saurait donc prétendre à réaliser la transmission exacte de la pensée .

Il est seulement l'instrument le moins imparfait qui permette la transmission des idées
.

Nous poursuivrons cette analyse des différents aspects du langage dans un prochain article de ce site, en développant notamment ses perspectives sociales, le problème des sons articulés,sa transcription par l'écriture et enfin la diversité des langues dans le monde depuis la plus haute Antiquité .

Cordialement votre en ce début de l'année nouvelle . Gerboise .


jeudi 19 novembre 2009

Ambiguïtés du langage : doubles sens, doubles entente, équivoques* .

.

* équivoques :

- qui peut s'interpréter de plusieurs manières et n'est pas clair . - dont la signification n"est pas certaine, qui peut s'expliquer de plusieurs façons . - caractère de ce qui prête à des interprétations diverses : ambiguïtés . - incertitude laissant le jugement hésitant . - qui a plus d'une signification . - qui est susceptible d'avoir plusieurs significations . - qui a deux sens entre lesquels on hésite, et souvent qui a été rendu tel à dessein, qui a été intentionnel .

Une phrase a un sens ÉQUIVOQUE lorsqu'elle peut être interprétée de différentes façons .

Les équivoques, les ambiguïtés, les doubles sens sont produits :

A - quand l'adjectif possessif répété désigne des personnes différentes .

A son arrivée au laboratoire il m'avait prévenu que dès son retour il lui restituerait ses documents .

Il aurait fallu écrire : Il m'a prévenu à son arrivée au laboratoire que dès son retour il lui restituerait ses documents .

B - par la place défectueuse du pronom relatif .

Nous avons reçu colis de notre fournisseur qui est en mauvais état .

Il aurait fallu écrire : Nous avons reçu de votre fournisseur un colis en mauvais état, ou qui est en mauvais état .

Car : Le pronom relatif doit toujours être mis aussi près que possible de son antécédent ( mot représenté par le pronom qui le reprend : Antécédent du relatif, auquel se rapporte le relatif) .
Si cet antécédent est suivi d'un complément qui vous forcerait à en éloigner le pronom relatif, construisez la phrase autrement .

Par suite de la rupture d'une poutrelle, dont on ignore les causes, l'accident se produisit .
Il aurait fallu écrire : Par suite de la rupture d'une poutrelle, rupture dont on ignore les causes, l'accident se produisit .

Même remarque que pour le pronom relatif qui ; dont, pronom relatif, doit être aussi près que possible de son antécédent .
Le pronom relatif peut être absent et l'équivoque existe si la phrase est mal tournée .

La péniche (bateau fluvial à fond plat) " La Bretagne " était stationnée sur la rive droite du canal dans le port de Redon destiné à être déchargé .

Il aurait fallu écrire : La péniche " La Bretagne " , destinée à être déchargée, était stationnée sur la rive droite du canal dans le port de Redon .

J'ai acheté un superbe livre à Montmartre qui m'a coûté 800 euros .

Il aurait fallu écrire : J'ai acheté à Montmartre un superbe livre qui m'a coûté 800 euros .

Mon père m'a acheté un costume sur mesure, mais il est si mal confectionné qu'il n'a pas voulu que je le mette .

Grammaticalement, d'après cette phrase, c'est le père qui est mal fait . Or, on désire que ce soit le costume . N'hésitons pas à répéter le substantif pour éviter l'équivoque .

Il aurait fallu écrire : Mon père m'a acheté un costume sur mesure . Ce costume est si mal confectionné que mon père n'a pas voulu que je le mette .

C - par la répétition d'un pronom personnel remplaçant des noms différents :

Il nous a certifié qu'il n'a pas tord car il a assurément un vice de construction .

Dans cette phrase il remplace tour à tour un ingénieur, un client, un moteur .

Il aurait fallu écrire : Notre ingénieur nous certifie que le client n'a pas tort car le moteur a un vice de construction .

Louis annonce à son ami qu'il va partir pour Paris et qu'il l'accompagnera .

Dans cette phrase le pronom il peut aussi bien se rapporter à Louis qu'à ami . En admettant même que le premier pronom il remplace Louis, il y a encore une faute de construction puisque le 2e est mis pour ami .

Il aurait fallu écrire : Je vais partir pour Paris, dit Louis à son ami, tu m'accompagneras .

D - par l'emploi à l'infinitif et au participe présent de verbes qui se rapportent pour le sens à un autre mot que le sujet exprimé dans la proposition principale .

Votre patron a décidé de vous licencier après avoir été surpris en flagrant délit de vol .

Par la construction de cette phrase, c'est le patron qui semble avoir été pris en flagrant délit de vol .

Il aurait fallu écrire : Votre patron a résolu de vous licencier après vous avoir surpris en flagrant délit de vol .

Pour vérifier la comptabilité de cette société le Directeur a fait venir le comptable pour lui donner les explications utiles .

Par la construction de cette phrase, c'est le Directeur qui doit donner les explications .

Il aurait fallu écrire : Pour vérifier la comptabilité de cette société le Directeur a fait venir le comptable qui a dû lui donner les explications utiles .

E - par la mauvaise place donnée dans la phrase aux différents compléments .

En général : Il faut rapprocher le plus possible les propositions ou compléments des expressions auxquelles ils se rapportent et placer en premier lieu les compléments les plus courts .

N'écrivez pas : Je te remercie pour la faveur que tu m'as permis d'obtenir avec empressement .

mais écrivez : Je te remercie avec empressement pour la faveur que tu m'as permis d'obtenir .

N'écrivez pas : Tu croyais pouvoir terminer ce travail et me demander d'autres instructions ce soir .

mais écrivez : Tu croyais ce soir pouvoir terminer ce travail et me demander d'autres instructions .

N'écrivez pas : Nous sommes persuadés puisque nos prétentions ne sont pas excessives et qu'elles sont les mêmes que celles de notre estimé prédécesseur que vous accepterez .

mais écrivez : Nous sommes persuadés de votre acceptation puisque nos prétentions ne sont pas excessives et qu'elles sont les mêmes que celles de notre estimé prédécesseur .

A bientôt, afin de vous proposer d'autres ambiguïtés néfastes à la compréhension des textes .

Cordialement, bien à vous, Gerboise .

vendredi 22 mai 2009

Réflexions sur l'histoire de la progression et du cheminement du langage écrit, ainsi que sur les incidences de sa montée en puissance, puis ... !



L'écriture
, cette conquête déconcertante, exceptionnelle, précieuse, qui va permettre à l'Homme , à toute l'Humanité, entre autres spécificités, de se distinguer des autres créatures vivantes . Elle est le complément naturel de la parole .

Elle a l'avantage de fixer les faits et les idées : de maintenir, de faire perdurer le souvenir ; d'obvier ( de prévenir, à faire obstacle) aux défaillances et aux erreurs de la mémoire, d'établir des communications faciles à travers le temps (la durée) et l'espace ( l'étendue) .

Pour communiquer entre eux, les hommes eurent d'abord recours à des procédés fort simples, encore utilisés de nos jours par les peuplades qui ne savent pas écrire . Les Malais de Sumatra envoyaient des paquets contenant des objets ou des substances symboliques ; du sel pour exprimer l'amour, du poivre pour exprimer la haine . Certains Peaux-Rouges correspondaient au moyen de perles de couleurs différentes enfilées sur des cordelettes . Les mélanésiens se servaient de bâtons portant des marques ou des encoches .

Ces moyens de communication ne pouvaient aboutir ( être amenés à leur terme, déboucher sur ... ) à une méthode générale .

C'est du dessin que dérive ( provient) l'écriture .

L'homme primitif créa assez rapidement l'art de reproduire par le dessin ou la gravure ce qu'il voyait . Il commença par représenter des objets et des êtres .

Plus tard il arriva à figurer des actes et même à exprimer des sentiments .

La Pictographie primitive (système d'écriture utilisant des pictogrammes : dessins figuratifs stylisés, qui s'attachent à la représentation de l'objet [opposé à l'art abstrait, ou non figuratif ] fonctionnant comme signes dans l'écriture et sans rapport avec la langue parlée ) évolua ainsi vers l'Idéographie (se dit d'une écriture, d'un système de signes à idéogrammes, c'est-à-dire composé de signes graphiques indécomposables qui représentent à eux seuls un mot, par opposition au signe phonétique qui représente un son ) . Pour indiquer un combat on dessinait deux bras tenant l'un une pique, l'autre un bouclier ; pour exprimer la joie, on représentait un homme qui danse .

L'idéographie n'était pas susceptible d'une grande extension . Mais une transformation se fit, se réalisa, véritable révolution qui devait avoir l'influence la plus heureuse sur le développement de l'écriture et, par conséquent, sur le développement intellectuel de l'humanité . L'image éveillait le nom de l'objet ou de l'être représenté ; elle était donc évocatrice d'un son .

Le trait de génie fut de comprendre qu'on pouvait figurer des sons comme on figurait des idées .

A l'idéographie succédait la phonétographie (phonème : élément sonore du langage articulé, considéré comme une unité distinctive ; phonétique : qui a rapport aux sons du langage ; ...graphie : élément qui signifie tracer, dessiner, enregistrer, désigne l'action ou le procédé) . C'est le système qu'avaient adopté les Aztèques du Mexique et qu'on utilise de nos jours dans les représentations phonétiques que nous dénommons les rébus .

L'objet dessiné évoque le nom, c'est-à-dire le son qui lui est attaché ; comme les langues primitives étaient monosyllabiques, l'évocation aboutissait à un son unique . Prenons pour fixer les idées un mot d'une syllabe et, cela va de soi, un mot français, le mot chat par exemple . L'idéographie représente l'animal ayant une signification réelle ou symbolique ; la phonétographie, par le même dessin, représente le son " cha " .

Bientôt, les voyelles ne jouant dans les langues primitives qu'un rôle restreint, on ne retient que la consonne ; la figure du chat signifia, dès lors, " ch " . ainsi naquit et évolua l'écriture hiéroglyphique utilisée par quatre peuples anciens, les Chinois, les Chaldéens et Assyriens, les Égyptiens, les Hittites .

La langue chinoise étant monosyllabique, se prêtait à merveille à l'emploi des hiéroglyphes . Avec 214 clefs ou idéogrammes, représentant des catégories d'objets ou symbolisant des idées générales, et avec un millier de signes phonétiques, on put attribuer un sens exact à des séries d'hiéroglyphes homophones constituant les 44.449 caractères de l'écriture chinoise .

L'évolution du langage conduisit à transformer les idéogrammes primitifs en syllabaires . Alors les signes se simplifièrent . Ils aboutirent chez certains peuples asiatiques, parmi lesquels les Chaldéens et les Assyriens, à l'écriture cunéiforme, ressemblant à des paquets de clous et, chez les Égyptiens, à l'écriture hiératique (sacrée) qui, entre les XVIe et XVe dynasties, se simplifia encore pour donner naissance à l'écriture populaire ou démotique (qui concerne le peuple) .

Un nouveau progrès fut accompli par les Phéniciens, qui empruntèrent aux Égyptiens leurs hiéroglyphes . Mais ils supprimèrent les signes idéographiques et réduisirent le nombre des signes syllabiques, dont ils ne conservèrent que 22 . Les voyelles étant assez indistinctes dans le langage parlé, ne furent pas figurées .
Les 22 signes qu'on avait choisis représentèrent 22 consonnes .

Ainsi l'alphabet était créé .

L'invention des Phéniciens se répandit dans le bassin de la Méditerranée et se propagea à l'intérieur de l'Europe . Elle subit de nombreuses et profondes modifications pour aboutir aux alphabets actuels .
L'écriture n'eut d'abord et ne pouvait avoir qu'un rôle restreint . On s'en servit pour des inscriptions sur les monuments et les pierres, puis sur des tablettes d'argile .

Un progrès considérable fut accompli par l'emploi des papyrus, des peaux tannées, du parchemin, ce qui aboutit à une nouvelle création, le livre . Puis vint l'invention du papier, invention chinoise, qui fut propagée et perfectionnée par les Arabes . Enfin, au milieu du XVe siècle, fut faite l'invention qui devait avoir la plus grande influence sur la diffusion de la pensée humaine, je veux dire l' IMPRIMERIE .

A partir de ce moment, les livres qui jusqu'alors étaient de véritables objets de luxe, recopiés en petit nombre, furent reproduits facilement à des centaines et des milliers d'exemplaires . Vendus à des prix modiques, ils devinrent les agents les plus actifs du progrès ; ils propagèrent les idées nouvelles, permirent les controverses, favorisèrent la lutte contre les erreurs et les préjugés ; ils diffusèrent les œuvres littéraires et les découvertes scientifiques et contribuèrent ainsi à l'éducation des masses et à l'élévation du niveau intellectuel ; ils servirent à l'émancipation des esprits et préparèrent souvent les mouvements révolutionnaires .

On peut dire, sans exagération, que l'imprimerie a été le grand facteur de l'évolution moderne .

Le développement de l'écriture a eu pour conséquence de diminuer notre pouvoir mnémonique (qui a rapport à la mémoire) . Nous inscrivons ce que nous devons faire et nous avons la sensation que ce qui est fixé sur le papier s'efface de notre mémoire .

Dans les temps antiques certains hommes étaient capables de réciter sans une erreur de longs poèmes, de retire de grands discours, de rapporter des textes difficiles . Les prophètes juifs, contrairement à ce qu'on dit souvent, n'étaient pas les commentateurs de la Loi, car la Loi écrite n'existait pas encore ; ils en étaient les auteurs et se transmettaient les textes oraux que leur mémoire savait retenir . En Grèce, les rhapsodes ( chanteurs de la Grèce antique qui allaient de ville en ville récitant des poèmes épiques : qui racontent en vers une action héroïque) récitaient les poèmes homériques . C'est aux Indes qu'on trouve les exemples les plus saisissants du pouvoir de la mémoire, quand elle ne se repose pas sur les relais écrits . Ce qui contribua à favoriser le développement de la tradition orale, c'est qu'on aurait cru commettre une profanation en révélant la parole de Brahma à quiconque savait lire .

Les moines se transmettaient la tradition et gardaient exactement le souvenir des nombreux textes . Ce fut seulement à la fin du XVIIIe siècle ou au commencement du XIXe que les Védas ( nom donné en Inde aux quatre livres " révélés " par les divinités aux sages de l'époque védique et censés contenir toute la sagesse divine : ce sont les livres sacrés des Hindous) furent consignés par écrit .

Aujourd'hui encore, l'enseignement oral est celui qui a le plus de succès . L'homme instruit s'appelle bahuçrata, celui qui a beaucoup entendu . De nombreux conteurs parcourent les villages et, le soir, récitent de longs poèmes . C'est d'ailleurs un usage fort répandu en Orient . J'ai entendu, à Smyrne, ou plutôt j'ai vu, car je ne comprenais guère, dans les cafés indigènes le conteur assis sur une haute chaise, faire pendant des heures, des narrations qui semblaient charmer les nombreux auditeurs : survivance d'un autre âge, remplacée aujourd'hui par le poste de T.S.F., par le poste de Télévision, et par l'Ordinateur .

A bientôt, nous poursuivrons nos réflexions sur l'abstraction en rapport avec le langage , dans un prochain billet .

Bien à vous, cordialement, Gerboise .

lundi 20 avril 2009

Le langage : Fonction d'expression de la pensée, des sentiments, des passions et de communication entre les hommes [*]


.

[*] Cette compétence est mise en œuvre au moyen d'un système de signes vocaux [parole] et éventuellement de signes graphiques [écriture] . Façon de s'exprimer . Faculté d'exprimer sa pensée, tout ce qui se passe dans l'esprit . Langue propre à une Nation .

Observez l'image ci-dessus !

Regardez ce tableau montrant la frégate la " Confiance " commandée par Robert Surcouf, et le vaisseau anglais, le " Kent " de la Compagnie anglaise des Indes , lors de l'abordage du 7 Octobre 1800 , peint par Louis Garneray, aide de camp du Capitaine, grand peintre et écrivain de la Marine .

Cette représentation par l'Image ( peinture) est saisissante, mais elle laisse l'imagination de l'observateur interpréter la situation à sa guise (selon son goût,à son gré, à sa fantaisie, selon sa volonté propre et toutes ses expériences vécues antérieurement) .
La description narrative en langage écrit qui suit va nous permettre de nous faire une certaine représentation imagée plus précise des événements .

Le 30 Mars 1800, sur la jolie frégate la Confiance, réputée rapide et ardente, Surcouf appareille pour une nouvelle campagne . Le 7 Octobre, il croise la route du Kent, vaisseau de la Compagnie anglaise des Indes , déplaçant 1200 tonneaux, armé de quarante pièces de fort calibre, mené par un équipage nombreux et expérimenté, soutenu par un groupe du corps d'élite des Royal Fusiliers de l'infanterie de marine .
Une manœuvre magistrale permet à la Confiance d'agripper le Kent .

Surcouf a vite compris qu'un duel d'artillerie lui serait fatal et c'est avec un art consommé (accompli, parfait) qu'il place sa frégate pour prendre le Kent à l'abordage . Alors les Anglais, passant des sarcasmes à l'incrédulité voient surgir à leur bord une meute en furie .
Tel un correspondant de guerre, Louis Garneray, aide de camp de Surcouf, grand peintre et écrivain de marine, nous a laissé le récit de ce combat de légende . Dans le fatras de la fusillade et des hurlements, c'est un affrontement d'une férocité atroce .

Une " boucherie " , écrit Garneray, Surcouf lance ses hommes à l'assaut du gaillard arrière (sur un voilier, partie extrême du pont supérieur) et de la dunette (superstructure élevée sur le pont arrière d'un navire et s'étendant sur toute sa largeur à la différence du rouf ) , en se frayant, à la hache, un passage dans les rangs anglais :
" Là est la victoire ! " . Le carnage ( massacre, tuerie) s'achève dans la batterie ( réunion de pièces d'artillerie et du matériel nécessaire à leur service ; emplacement destiné à les recevoir) .
Puis tout s'arrête, le Kent est pris .

C'est un triomphe qui accueille Surcouf à l' île de France [aujourd'hui l' île Maurice] , tandis d'humiliation et rage s'expriment en Angleterre !

Vous ne pensez -vous pas que , si nous avions vécu à l'époque, et pu assister à l'arrivée de la frégate à l' île Maurice[ l' île de France à l'époque],

Nous n'aurions pas entendu des récits oraux , des narrations de toute autre nature, susceptibles de nous présenter des événements, des anecdotes très diverses ?,

provenant de tous les protagonistes, de tous les acteurs survivants ?

Et puis se pose des interrogations primordiales, fondamentales, incontournables, liées au fait que chaque intervenant dans les combats , lors de l'abordage, n'a pas été en mesure de se rendre compte de l'ensemble des combats : d'où l'impossibilité de narrer avec toute l'objectivité nécessaire, plus tard, les événement du 7 Octobre, après la durée de navigation pour rejoindre l' île de France, après toutes les soirées où l' On racontait ses exploits personnels lors des affrontements .Les protagonistes, les participants survivants Anglais n'étaient-ils pas , eux aussi, enclins, prédisposés à présenter les faits relatifs à leurs propres comportements, de manière plus ou moins différente ? De plus, la psychologie des équipages de l'époque , dans la marine à voiles, était d'une autre nature que les contemporaines, ce qui devait influer fortement sur les témoignages .



" Le langage de la passion, de la peur, etc. Quel étrange langage tenez-vous là ?
Que votre langage soit doux, franc, sincère, rond, naïf et fidèle . Gardez-vous des duplicités ( qui a deux attitudes, exerce un double-jeu, fait preuve d'hypocrisie, de dissimulation) , artifices (des ruses, des pièges) et feintises (actions de donner pour réel un sentiment, une qualité que l'on n'a pas , faire semblant) ; bien qu'il ne soit pas bon de dire toujours toutes sortes de vérités, si n'est-il jamais permis de contrevenir (transgresser,désobéir ) à la vérité ." [Saint-François de Sales]

" Le langage fait avec des mots et de la logique ce que la musique fait avec des notes et du sentiment " [H. Delacroix, langage et pensée] .

" Un langage n'est pas une chose arbitraire, une convention ; loin de là , cela pousse comme une plante " [S. Weil, Écrits de Londres] .



" On ne sait que trop, de nos jours, à quel point les hommes possèdent une perspicacité (une habileté, un discernement) dans leur langage correspondant à celle apprise dans leur enfance, puis au cours de leur vie .
Leurs réactions, leurs relations, leur mode de comprendre et d'être, situés dans le culturel, sont de l'ordre du langage . Les " tenants du féminisme " ont raison d'affirmer que la structure même de la langue place la femme au second plan . Dire Homme pour désigner en même temps le masculin et le féminin est dans l'ordre des choses dans nos sociétés . Construire grammaticalement le féminin à partir du masculin et cent autres exemples de vocabulaire et de syntaxe font comprendre l'attitude masculine [ bien plus que les jeux soi-disant orientant la fille vers la cuisine et l'homme vers la guerre !] .


Le langage est déterminant de la psychologie en même temps que du mode de raisonner.

Nous ne cherchons pas à revaloriser le culturel par rapport au naturel , ce n'est pas ici notre propos, mais à marquer la singularité de ce mécanisme de parole dite et entendue qui détermine à la fois l'être psychique et l'être connaissant, comme si tout ce qui est de cet ordre dépendait de l'expression verbale .

La vue et la parole déterminent plus encore deux modes de penser différents .

Le langage qui s'écrit, implique un cheminement processif ( procédurier) . Mes yeux suivent les mots les uns après les autres, et c'est une succession de compréhensions qui s'enchaînent les unes aux autres . La pensée se développe selon l'axe même de cette succession de mots . La connaissance que je reçois est progressive, les éléments de ce que j'ai à comprendre s'enchaînent successivement et le dévoilement (la révélation, l'explication, la connaissance ) s'effectue au fur et à mesure que je suis la phrase . Elle se déroule dans un certain temps, et cette connaissance est forcément alors discursive ( qui procède par une série de raisonnements ordonnés, qui suit le cours spontané du discours ) , elle progresse au travers des détours de ce discours, elle implique une continuité dans la phrase, une rationalité dans le rapport des mots les uns aux autres .Et finalement elle implique toujours la conscience . Le langage est doté d'une rationalité (qui provient de la raison et non de l'expérience, logique, sensé ) : il faut bien que je comprenne ce que me dit l'autre, et je ne puis le faire que s'il y a une rationalité dans la structure même de ce qu'il dit [rationalité qui n'est pas suffisante mais qui est nécessaire] ; c'est donc une opération consciente à laquelle je suis appelé par la parole qui m'amène non seulement à une connaissance nouvelle mais à une conscience accrue et développée .

Le visuel et la signalisation par images est d'un tout autre ordre :

L'image nous transmet instantanément une globalité . Elle nous donne d'un coup d'œil toutes les informations dont nous pourrions avoir besoin . Elle dispense un stock de connaissances que je n'ai pas à détailler, ni à coordonner autrement que l'image le fait, c'est-à-dire de façon spatiale . Et l'instantanéité de la transmission s'effectue dans la mesure où je me situe dans le même espace que l'image .

Ce que me transmet l'image visuelle est de l'ordre de l'évidence, et nous accédons à une conviction sans critique .

Il est étrange que si souvent on puisse considérer que la photographie puisse être considérée comme une preuve alors que l'on restera hésitant [le manque de " fiabilité " ( digne de confiance) des témoignages ! ] ou devant une démonstration discursive . Là où il y a marque visible, il y a sûreté d'information . Et cette conviction est immédiate, elle ne passe pas par un cheminement de l'inconnu à l'incertain et de l'incertain au connu . Mais cette certitude est fondée sur une absence de conscience .

La connaissance produite par l'image est de l'ordre inconscient .

Nous nous rappelons rarement tous les éléments de l'image, ou du spectacle, mais elle a fortement frappé toute notre personnalité, elle a produit un changement en nous qui a son fondement dans l'inconscient .

Cette saisie globale et inconsciente de tout un lot [ " un paquet " ] d'informations sans suivre le cheminement lent et pénible du discours explique aussi que l'homme soit par paresse naturelle porté à regarder les images plutôt qu'à lire un long texte ou à écouter une démonstration . La paresse intellectuelle fait nécessairement gagner l'image sur la parole, ce que nous constatons en effet très largement .

Et finalement le mode de pensée change : car les images s'enchaînent les unes aux autres selon un mode discursif . On procède par associations d'images et par mutations de clichés . Les éléments qui changent dans l'image présentée ne sont jamais que l'état présent du spectacle, et non pas une série cohérente . Ce n'est pas la caractéristique des signaux électriques qui est à l'origine, mais le mode de succession des images, la pensée par images [ typique dans les bandes dessinées] dont chacune est un tout, et dont la succession s'effectue par bond et par saccade .


Voici des éléments de réflexion donnés ici en vue de pouvoir poursuivre notre interrogation sur la valeur des informations de toute nature , images orales (narrées, chantées ou [ interprétées à l'aide d'un instrument de musique ] ) et/ou écrites ( imprimées ou peintes) qui nous parviennent de toute part !

Bien à vous, cordialement, Gerboise