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samedi 31 janvier 2009

Pline l' "Ancien",un des plus grand Esprit de son époque, en ce début de l'ére chrétienne;il nous livra toutes ses connaissances et sa grandeur d'âme.

Naturaliste romain , [+23 à + 79] il était amiral de la flotte de Misène lorsque se produisit l'éruption du Vésuve, où il se rendit tout à la fois pour observer le phénomène et porter secours aux habitants, et où il trouva la mort . Auteur de nombreux traités de grammaire, d'art ..., il est surtout connu par son Histoire naturelle, vaste encyclopédie des connaissances de son temps .

Avec Virgile (poète latin dont l'influence fut très grande sur toutes les littératures occidentales ) , ~ - 70 à ~+ 19 , la poésie avait dit les derniers mots des préceptes champêtres, quand, trois quarts de siècle plus tard, Pline le Naturaliste, esprit aussi vaste qu'écrivain élégant, entreprit de composer une sorte d'Encyclopédie, que le temps a respectée dans son ensemble, alors qu'il ne nous a légué que partielles et mutilées tant d'autres œuvres remarquables d'une bien moindre étendue .

" Pline, a dit Buffon, naturaliste et écrivain français [1707-1788] , semble avoir mesuré la nature et l'avoir trouvée trop petite encore pour l'immensité de son esprit . Son Histoire Naturelle comprend, indépendamment de l'histoire des animaux, des plantes et des minéraux, l'histoire du ciel et de la terre, la médecine, le commerce, la navigation ; l'histoire des arts libéraux et mécaniques, l'origine des usages ; enfin toutes les sciences naturelles et tous les arts humains ; et ce qu'il y a d'étonnant, c'est que dans chaque partie Pline est également grand ; l'élévation des idées, la noblesse du style, relèvent encore sa profonde érudition . Non seulement il savait tout ce qu'on pouvait savoir de son temps, mais il avait cette finesse de réflexion de laquelle dépendent l'élégance et le goût, et il communique à ses lecteurs une certaine liberté d'esprit, une hardiesse ( témérité) de pensée, qui est le germe de la philosophie . Son ouvrage, toujours aussi varié que la nature, la peint toujours en beau ; c'est, si l'on veut, une compilation (recueil) de tout ce qui avait été écrit avant lui, une copie de tout ce qui avait été fait d'excellent et d'utile à savoir ; mais cette copie a de si grands traits ( caractères de grande qualité ) , cette compilation contient des choses rassemblées d'une matière si neuve, qu'elle est préférable à la plupart des originaux qui traitent des mêmes matières . "

Le travail immense de Buffon fait un si magnifique éloge contient une partie spécialement consacrée à l'agriculture et assez étendue pour qu'en la détachant il ait été possible d'en former un volume où se trouvent résumées, comme d'ailleurs le constate l'auteur lui-même, non seulement toutes les pratiques anciennes, mais encore celles qui, au temps où il écrivait, constituaient de nouvelles découvertes .
Il avait pour but essentiel la vulgarisation des connaissances rustiques . " Ceux, dit-il, qui ont jusqu'à présent traité de cette matière semblent avoir trop oublié qu'ils devaient écrire non pour des savants, mais pour des laboureurs . " Nul doute en effet que les " laboureurs " ses contemporains n'aient tiré de réels avantages du soin qu'il prend d'allier toujours ~sans aucun trivial sacrifice toutefois~ la science exacte à la simplicité, et se donnant à lui-même pour précepte (règle) de la manière d'enseigner que " le temps et l'expérience sont les deux maîtres infaillibles " .
Toujours avide ( impatient de) de pénétrer les secrets de la nature, et d'ailleurs comprenant de la plus noble façon les devoirs inhérents (propres à ) aux importantes fonctions dont il était investi [ car c'était en remplissant avec zèle de hauts emplois qu'il trouvait le temps de se livrer aux études les plus profondes ] , Pline devait couronner la plus active et la plus féconde carrière par un de ces actes d'audace qui font date dans l'histoire de l'honneur et de la passion scientifique .

En l'an 79 de notre ère, Pline commandait à Misène les forces navales romaines, sous l'empereur Titus [construction du Colisée de 75 à 83] , qui défendaient les côtes méridionales de l'Italie, quand arriva cette première et formidable éruption du Vésuve qui devait ensevelir les villes de Pompéi, d'Herculanum, de Stabie, établies au pied de la montagne [ bien que le Vésuve, ancien cratère éteint sans doute, dût offrir les caractères d'une montagne volcanique, on n'avait alors souvenir d'aucune de ses éruptions . Celle de l'an 79 peut donc être considérée comme la première et comme constituant, si nous pouvons ainsi dire, les débuts de l'activité de ce volcan aux âges historiques ] .
A la première nouvelle du terrible événement, le savant, désireux en même temps et de porter secours aux populations et d'étudier de près le phénomène, fit aussitôt appareiller plusieurs galères, avec lesquelles il se dirigea vers le lieu du désastre .
Bientôt cependant le seul navire qu'il montait continua d'avancer sous la pluie de poussières et de pierres embrasées qui obscurcissait le ciel . Impassible, Pline couvrait de notes ses tablettes . Il voulut même aborder, et aborda en effet sur un des points de la côte les plus voisins du volcan . Là, il périt bientôt étouffé (par les gaz suffocants des émanations toxiques ) ; quelques jours plus tard son corps fut retrouvé couvert de cendres .

Quand Pline fait la critique des écrivains qui, selon lui, pour enseigner la science rurale se tiennent en des "régions littéraires trop élevées ", on croit qu'il a particulièrement en vue son contemporain Modératus Columelle [écrivain latin, originaire de Cadix, en Espagne ] , qui, alors que le Naturaliste donnait simplement un des livres de son grand ouvrage [ le XVIIIe] à l'agriculture, composait et publiait un traité d'agronomie, une Économie rurale très complète, très détaillée, et par conséquent très étendue,d'une grande richesse, formant d'ailleurs l'œuvre la plus considérable en ce genre que nous aient léguée les auteurs romains .
L'Economie rurale de Columelle, divisée en douze livres dont un, le dixième, qui traite de la culture des jardins, est écrit en vers, semble en effet inspirée par un désir aussi évident de faire œuvre belle que de faire œuvre utile .
Pendant que Pline, savant austère (sévère, décrivant strictement la réalité sans effets de langage ) , philosophe pratique, tient à être particulièrement entendu des humbles, et pour cela, sans cesser d'être élégant, s'efforce de parler un langage dépouillé de tous vains ornements, Columelle au contraire, poète rêveur, esprit amoureux du beau, du riche langage, entend, selon la charmante locution consacrée chez les anciens, ne jamais prendre la plume sans " sacrifier aux Grâces " .
Disciple enthousiaste du poète des Géorgiques (poème didactique de Virgile) , dont il aspire non à refaire, mais à continuer ou compléter l'œuvre, il recueille, pour l'accomplir pieusement, un vœu qu'a incidemment formé son glorieux devancier .

" Je laisse les jardins ; un autre les chantera, " a dit Virgile en achevant son poème des champs . Cet autre ce sera lui, Columelle .De là ce dixième livre écrit dans la langue des Muses . Et toutes les fois que, sans s'astreindre ( se soumettre) au rythme poétique, l'occasion s'offrira pour lui d'appeler l'inspiration, de subir l'enthousiasme, toujours il s'abandonnera à ses hauts instincts littéraires .

Aussi, pendant que Pline servira de mentor ( de guide, de conseiller sage et expérimenté ) aux paysans, Columelle sera plus particulièrement lu, goûté par les raffinés (dont l'éducation a conduit à apprécier une grande finesse de présentation dans le langage ) . Et si ~comme le fit jadis son maître Virgile ~il ne les gagne pas à la pratique des travaux champêtres, au moins leur apprendra-t-il à les aimer, à les respecter .

On dira de lui : " Si Orphée entraînait les arbres par les accords de sa lyre, Columelle, en chantant la vie rustique, entraîne les villes même à la campagne . "

Et ainsi, par le concours du savant et du poète, le même but sera doublement atteint . Honneur donc à tous deux .

A bientôt, bien à vous, Gerboise .

vendredi 28 novembre 2008

Premières clartés du matin: Discours de Pierre Termier* au banquet du XIIIe Congrès Géologique International à Bruxelles en 1922 , adressé aux femmes

*) Pierre Termier : [1859-1930], Professeur de Géologie et de Minéralogie à l' École Supérieure des Mines de Paris ; Inspecteur Général du Corps des Mines ; Ancien élève de l' École Polytechnique, major de promotion 1880 ; membre de l'Académie des Sciences en 1909 .

Voici ce texte extraordinaire pour l'époque, grandiose, superbe, où les femmes sont magnifiées, idéalisées pour leur esprit et leurs actions , mais également pour leur personnalité, leurs rôles, leurs missions , leurs vocations, dans notre monde complexe , déjà à cette époque . Aujourd'hui, n'en est-il pas de même ? Dans tous ces contextes ingrats qui constituent notre vie et qui surviennent au fil de toutes les informations qui arrivent jusqu'à nous tous les jours, ne serait-il pas opportun de se rappeler toute la sagesse énoncée dans son discours " aux Dames " par ce grand savant dont sa vaste culture l'avait rendu apte à posséder le sens des réalités et qui savait " regarder les choses en face " ?

Pierre Termier lors de son allocution au banquet du XIIIe Congrès Géologique International à Bruxellles, au Bois de la Chambre, le 18 août 1922 . Toast aux dames, disait, confiait, clamait à toute la "Société " :

" Mesdames ,

C'est à vous, à vous seules, que je m'adresse . (N'en profitait-il pas pour interpeller, apostropher[interpeller brusquement, vivement, d'une façon indirecte, parfois mortifiante] en vue de faire prendre vraiment conscience à tous les " Hommes" de certaine de ses convictions ?)

La série est terminée, des toasts officiels, des congratulations (échanges de compliments ; on dit féliciter ou complimenter, sauf quand il y a une nuance de critique, d'ironie, de dérision ) réciproques . Nous avons fait le tour des patries . Avec vous, je vais rentrer dans l'humanité pure et simple, l'humanité sans acception de race ni de langue, l'humanité telle qu'elle existe depuis le commencement, depuis le miracle inimaginable qui l'a fait jaillir un jour - du Règne vivant ? peut-être ; du Règne inanimé ? je ne sais pas - et l'a jetée sur les chemins du monde ; car les frontières changent, les peuples émigrent et les langues se modifient ; mais, dans leur fond, depuis qu'ils passent sur la terre, les hommes et les femmes n'ont pas changé . Avec vous, je vais rentrer dans l'humanité sans épithète, dont vous êtes, Mesdames, la plus belle et, je crois bien aussi, la meilleure moitié . C'est à vous que je m'adresse .

D'abord, je vous remercie . Je vous remercie d'être venues nombreuses à ce Congrès . Vous ne sauriez croire à quel point votre présence nous était nécessaire . Certes, la Science est magnifique, et tout particulièrement notre Science : j'aurai passé une grande partie de ma vie à exalter sa splendeur . Il est cependant tout un vaste domaine où elle ne pénètre pas ; où, quand elle pénètre, elle demeure comme une étrangère : c'est le domaine de la tendresse . Les géologues sont des contemplatifs . Or, tout contemplatif est un tendre, parce que, dans la profondeur, il n'y a pas de différence entre la Vérité cherchée pour elle-même et l'Amour . La soif de la vérité est une passion d'amour . Les géologues ont donc besoin de vous, qui êtes des êtres de tendresse . Pour quelques-uns d'entre nous, les privilégiés, vous avez été, durant ces jours de travail, la famille même, la famille transplantée et prolongée, l'épouse, la soeur ou la fille . Aux autres, votre simple passage dans nos groupes, le son de votre voix, la fraîcheur de votre rire, ont rappelé la famille absente, les amours lointaines, les joies lointaines, lointaines dans l'espace et que l'on va retrouver bientôt, ou lointaines dans le temps, hélas ! et que l'on ne retrouvera plus jamais ; et, même dans ce dernier cas, le rappel dont je parle n'allait pas sans grande douceur . Il y a d'autres choses encore que votre présence nous a apportées : c'est, dans nos préoccupations et discussions scientifiques, une note plus humaine ; c'est le souci, plus vif, d'expliquer nos idées en un langage simple et clair ; c'est le sentiment que la Géologie n'est pas tout, au monde ; que d'autres domaines existent, non moins beaux, et que, si la vie est faite pour connaître, elle est faite aussi pour aimer ; c'est, enfin, ce je ne sais quoi, qui est vous-mêmes, Mesdames, et que je trouve défini dans ce vers d'un de nos poètes :

Harmonie et parfum, charme, grâce, lumière .

Pour tout cela, je vous remercie .
Ensuite, je vous salue, au nom des géologues ici présents, au nom de tous les géologues du monde, frères de ceux-ci . Et je vous apporte de leur part des cadeaux magnifiques, des continents entiers, et des guirlandes d'îles . Voulez-vous des couronnes, pour ceindre vos têtes ? En voici trois, toutes prêtes, de dimensions et d'ancienneté bien inégales, que nous appelons des chaînes : chaîne calédonienne, chaîne hercynienne, chaîne alpine ; et, pour peu que vous le désiriez, nous saurons les tresser ensemble et en faire un tapis merveilleux, qui s'appellera l'Eurasie et que nous étendrons sous vos pieds . Voulez-vous des joyaux qui étincellent ? Rien n'est trop beau pour vous : voici les lacs de nos montagnes, plus bleus que le saphir ; et les neiges de nos régions polaires, plus éblouissantes que le diamant ; et les dunes de nos déserts, plus brûlées que la topaze ; et les laves ardentes de nos volcans, plus rouges que le rubis . Voulez-vous une ceinture, qui laisse bien loin derrière elle celle que portait Cléopâtre ? Voici la " Ceinture de feu du Pacifique " . Et pour charmer vos yeux et vos oreilles, voici le long déroulement des rivages où la mer se brise, et le bruit des vagues sur la côte, et la chanson du vent dans la forêt endormie .

Voulez-vous plus encore ?

Nous ferons sous vos yeux défiler la Vie, depuis les temps fabuleux jusqu'à nos jours : armée innombrable, sans cesse grossie de colonnes nouvelles, sans cesse décimées par des ennemis invisibles ; armée qui se transforme suivant une discipline précise, et qui va, sans une hésitation, sans un regard en arrière, vers des destinées inconnues .

Il n'y a pas de spectacle comparable .

En un mot, nous vous offrons la Terre entière ! c'est un présent digne de vous .

La Terre !

Je l'ai souvent regardée comme une très belle princesse, c'est-à-dire comme une de vos soeurs ;
Elle est toute pleine d'énigmes ; mais la Femme aussi est indiciblement énigmatique . La terre est , comme vous, " maternelle et douce " ; elle est secourable au blessé qui tombe, au chemineau qui n'en peut plus de fatigue, au moribond qui va s'endormir du grand sommeil . Elle aime, comme vous, à changer de vêtement et de parure, suivant la saison, et même suivant l'heure du jour ; elle a, comme vous, le goût des étoffes somptueuses et légères, des écharpes à fleurs . Elle fut le jardin fermé, le jardin paradisiaque par lequel la Femme était exactement préfigurée . Il y a entre la Terre et vous, bien des affinités mystérieuses . Oui, en vérité, c'est un présent digne de vous .

Enfin, je bois à vous, Mesdames, accomplissant ainsi le rite auguste de la libation, par lequel tout banquet doit finir, par lequel tout banquet prend la grandeur et la solennité d'un sacrifice .Italique Je bois à vous, à votre santé, c'est sûr, et au bonheur des êtres qui vous sont chers . Mais , beaucoup plus encore, je bois au développement de votre influence bienfaisante sur l'humanité .

LA SOCIÉTÉ FUTURE SERA CE QUE SERA LA FEMME .

Dans vos mains, si frêles en apparence,

Belles petites mains qui fermerez nos yeux !

Dans vos mains, vous tenez le sort de l'humanité entière . Je souhaite que vous compreniez de mieux en mieux votre rôle . Il n'est pas d'être la rivale de l'homme . Il est d'être la dispensatrice des joies, la confortatrice dans le travail, la consolatrice dans la douleur, et, dans la mesure du possible, la génératrice et l'éducatrice d'hommes nouveaux . Telle est la signification de mon toast ; telle est sa portée, immense ; tel est le souhait que je forme quand je lève mon verre, en votre honneur, Mesdames ! "

Gerboise vous laisse méditer ce texte extraordinaire . Nous reparlerons de l'auteur, lorsqu'il nous parlera de "La joie de connaître " . Bien à vous .

mardi 11 novembre 2008

Le courage*, notion relative qui, dans certains contextes, va dépendre de circonstances infernales : celles des" poilus " de la Grande Guerre ?

Oui , ces images font partie également d'un certain Savoir, que nous ne devons pas oublier, et qui doit nous inciter à nous poser de nombreuses questions pertinentes . Elles doivent nous encourager à construire une Réflexion, qui doit s'intégrer au sein de nos connaissances et de notre entendement des choses de ce monde, si nous voulons rester un " Être humain respectable ", "comme il faut", estimable, digne de vivre dans l' honneur !

( Ces 4 images , comme d'habitude, peuvent être agrandies par un clic gauche sur chacune d'entre-elles) .

"Dans la bataille : La contre-attaque française au petit matin . Les assaillants ont été arrêtés, leur flot se retire, et c'est sur un terrain jonché de cadavres allemands qu'avance à la baïonnette notre infanterie [Dessin de J. Simont] ."


Dans les Flandres, passage du canal de l'Yser par l'infanterie du 1er Corps, le 31 Juillet 1917 à 4 h 45 du matin près de l'écluse de Het-Sas [ Croquis de guerre par François Flameng] .


En pleine action : ravitaillement d'artillerie en Mars 1918 au petit matin [dessin d'après nature de Georges Scott ] .



Sur le front Italien en avril 1918 . Italiens et Français discutent, bavardent en causant entre eux de choses et d'autres [futiles et/ou sérieuses ?] avant de monter en ligne ! Au cantonnement : l'heure de la fermeture à l' "Auberge del Sole " . La détente, dans une ambiance plus humaine, en présence d'une femme et de l'enfant . Un moment de répit [ arrêt d'une chose pénible ; temps pendant lequel on cesse d'être menacé ou accablé par elle] , avant de repartir vers l'enfer ! [ Dessin d'après nature de Lucien Jonas ]

Nous vous offrons seulement ces quelques images en ce jour anniversaire mémorable du 11 Novembre 1918 [déjà 90 années se sont écoulées !] publiées dans les numéros du printemps 1918 du grand Journal l' "Illustration" .

Dans le blog de Gerboise, "Elles" sont là pour honorer ces millions de soldats qui furent tous , d'une certaine façon, des héros . Certains disent que pour aller au combat, monter à l'assaut, il valait mieux ne pas réfléchir : " Foutaise! " . C'est avoir une opinion déplorable que de croire à cette ineptie (caractère de ce qui est inepte, chose insignifiante, sans intérêt), ...cette stupidité .

Ces hommes pensaient, réfléchissaient ! c'est certain . Peut-on croire , que sans cela, ils n'auraient pas " laissé tout tomber " ? Nous préférons le penser !
Le courage, notion relative, qui dans certains contextes, va dépendre des circonstances, parfois infernales (qui appartient aux enfers) , qui évoque des conditions insupportables pour un être humain normal !


* ) courage


Nous vous proposons une définition du courage provenant du livre d'Alain : "Définitions" publié en 1953 aux éditions Gallimard, Paris .

Avertissement de l'Editeur

" Alain mettait très haut les définitions . Il en citait d'Aristote, qu'il jugeait magistrales ; il en découvrait aussi avec bonheur en Descartes, en Montesquieu, en Kant ... Il admirait comme la brève exposition d'une idée commune, ramenée à son essence, acquérait, par la simple rigueur de l'énoncé, une vertu tranquille, étrangère aux idéologies, inaccessibles aux polémiques ; modèle et source de toute vraie réflexion .

Ceux qui eurent Alain pour maître pendant ses dernières années d'enseignement [ 1930-1933 environ] ont raconté comment il était parvenu à obtenir de ses élèves la rédaction en classe de définitions improvisées, qui, aussitôt lues, reprises, complétées, ajustées, s'achevaient souvent au tableau en formules puissantes, dont beaucoup ont gardé la trace .
" Cet exercice, écrit Alain, est le meilleur que j'aie jamais inventé . "

A une époque assez incertaine [ sans doute entre 1929 et 1934 ], Alain avait établi ou fait établir environ cinq cents fiches portant chacune un mot . Le hasard et l'humeur semblent avoir joué un grand rôle dans le choix de ces mots, choix qui ne témoigne d'aucune prétention systématique . Alain, de temps en temps, prenait une de ces fiches, et, d'une écriture ferme, sans ratures, il composait une Définition ; il n'a malheureusement pas rempli toutes les fiches .
Un petit nombre de ces Définitions a paru dans le Mercure de France [ 1er décembre 1951] . L'ensemble est publié ici ."

Le courage

" La vertu qui surmonte la peur . La peur est tremblement, maladresse, faiblesse, fuite, et peur de tout cela . Le courage va directement et par principe contre ces abandons de soi . Toutefois il n'est point dit que le courage poussera vers le plus grand danger . Ce serait alors témérité ; et le courroux [parent de courage] est alors le moyen du courage . Au lieu que le courage peut s'allier avec la prudence et se passe très bien de colère . Et l'action, même imprudente, est souvent nécessaire contre la peur même ; et dans ces cas-là c'est au calme sans colère qu'on reconnaît le courage ."

...et , les poilus sortaient de la tranchée grâce à cet état d'esprit....

Bien à vous tous, à bientôt, Gerboise .

dimanche 13 juillet 2008

14 Juillet 1789 : Prise de la Bastille .

La Bastille en 1740 . Paris à travers les âges .

Firmin-Didot et Cie éditeurs .

" Prise de la Bastille et arrestation du gouverneur De Launay " ; Gouache ( peinture à l'eau où les matières colorantes sont délayées dans une solution de gomme; ici tableau peint à la gouache), choisi dans une illustration abondante, sinon toujours véridique, ce témoignage de facture naïve restitue jusque dans les détails la topographie des lieux et les épisodes du siège .

Musée Carnavalet, Paris . Photographie Lauros-Giraudon .

Tableau de H. JOSSE . La prise de la Bastille . Dressant ses huit tours massives entre le faubourg Saint-Antoine et la ville, la Bastille symbolisait l'arbitraire ( qui dépend du bon plaisir, du caprice de quelqu'un; détention arbitraire, pouvoir despotique, tyrannique) . Réputée imprenable, la forteresse tombe pourtant aisément . L'action insurrectionnelle du 14 Juillet a immédiatement été perçue comme événement révolutionnaire fondateur, ainsi qu'en témoignent les récits des ambassadeurs étrangers . Date de la fête nationale jusqu'à l' Empire, puis à nouveau à partir de 1880, le 14 Juillet demeure la date référentielle de la conquête de la liberté .

Le 14 Juillet 1890, la forteresse étant totalement rasée, eut lieu la première commémoration de la prise de la Bastille, la fête de la Fédération . Ce fut un spectacle extraordinaire qui occupa une place à part dans les fêtes de la Révolution . Cette célébration officielle eut lieu sur le Champ de Mars . Après, les Parisiens de toutes conditions dansèrent du 15 au 20 Juillet à la Bastille et aux Champs-Elysées illuminés . Un défilé militaire, suivi d'une messe célébrée par Talleyrand sur l'autel de la patrie et du serment civique prononcé par La Fayette, fit parti des festivités .
Unanimité nationale, expression d'une révolution achevée ? Tel était le projet ! La réalité fut autre .

Dix années bouleversèrent la France et la feront changer, non seulement de siècle, mais également d'époque .

" Dans cette séquence historique, l'épisode fondateur a, pour certains, tout inventé de notre modernité démocratique . Pour d'autres, en revanche, la révolution constituante a trahi les principes solennellement énoncés en 1789 par la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen . Sans vouloir conjuguer de façon artificielle deux interprétations apparemment contradictoires, une évidence, toutefois, semble s'imposer . " L'an I de la liberté " est et demeure le symbole d'une irrémédiable fracture qui ouvre, à la France et au monde, un horizon nouveau, celui de l'espérance humaine de vivre dignement -- entendons, comme l'écrira un peu plus tard le philosophe allemand Fichte, " aussi facilement, aussi librement, aussi humainement que la Nature le permet sur Terre " . ( Sélection du Reader's Digest, 1987)

La Bastille, ancienne forteresse construite sous Charles V [1370], cette citadelle militaire devint prison d'État sous Richelieu . C'est désormais une vaste place au centre de laquelle se dresse la colonne de Juillet, en bronze et surmontée d'un génie de la Liberté, qui fut érigée de 1833 à 1840 pour commémorer les combattants de Juillet 1830 .

Il ne fallait pas oublier de se joindre aux réjouissances liées à cette étape, ce bouleversement majeur de l' Histoire de notre douce France . Bien à vous, Gerboise .

samedi 15 mars 2008

"Escoliers" du Moyen-Age : Les règles de l' Enseignement et de l'éducation .


Vue de Saint-Germain des Prés et du Pré aux Clercs sous le règne du Roi Charles V (1364-1380) . En premier plan l'enceinte de L'abbaye de Saint-Germain des Prés sur la rive gauche de la Seine . On peut voir derrière, remontant le fleuve , un bateau halé (tiré) à l'aide d'une corde de halage depuis la berge, sur la rive droite . Sur cette rive, vers la gauche de la gravure, se situe la bâtisse majestueuse du Château du Louvre de l'époque, avec ses multiples donjons élancés ; sur cette même rive, en amont on aperçoit le petit Bourbon . Dans le lointain , on découvre la butte Montmartre avec à son sommet, l'ancienne église . C'est dans les jardins de l'Abbaye que se réunissaient les "escoliers" du " quartier latin " !
Fac-similé (reproduction exacte d'un dessin) réduit d'une gravure de l'Histoire de Saint-Germain des Prés, par dom Bouillart, 1724 .

Les " Maîtres " de cette époque, les régents , jouissaient de nombreux privilèges pécuniaires et honorifiques . Pour être considéré comme régent, il fallait donner des leçons ordinaires dans les écoles possédées ou louées par la nation (regroupement d'écoliers) dont il faisait partie .
Aussi bien que les bons professeurs, une bonne méthode de travail était nécessaire . " On a répété bien des fois " , disait-on, " que tout système de l'enseignement se réduisait alors à l'argumentation, à la formule du syllogisme (raisonnement) . Ce n'était là, comme on va pouvoir en juger, qu'un des rouages du mécanisme intellectuel mis en pratique . Un des maîtres les plus compétents, Robert de Sorbon, a tracé aux écoliers un plan fort justement conçu et raisonné, qui nous initie à leurs exercices et à leurs occupations journalières . En voici l'analyse :

" L'écolier qui veut profiter doit observer cinq règles essentielles :

" 1° Consacrer une certaine heure à une lecture déterminée, comme le conseille Saint-Bernard dans sa lettre aux frères du Mont-Dieu ;

"2° Arrêter son attention sur ce qu'il vient de lire, et ne point passer légèrement . Il y a entre la lecture et l'étude, dit encore Saint-Bernard, la même différence qu'entre u hôte et un ami, entre un salut échangé dans la rue et une affection inaltérable ;

"3° Extraire de sa lecture quotidienne une pensée, une vérité quelconque et la graver dans sa mémoire avec un soin spécial . Sénèque (homme politique, écrivain et philosophe romain [+4 à + 65] , exilé en Corse pour ses allusions à la vérité ! ) à dit : Lorsque tu auras beaucoup lu en un jour, choisi quelques points de ta lecture à méditer ;

"4 ° En écrire un résumé, car les paroles qui ne sont pas confiées à l'écriture s'envolent comme la poussière au vent ;

"5° Conférer avec ses condisciples (camarades d'étude) dans les disputationes (discussions vives et critiques) ou dans les entretiens familiers . Cet exercice est encore plus avantageux que la lecture, parce qu'il a pour résultat d'éclaircir tous les doutes, toutes les obscurités que celle-ci a pu laisser : nul savoir n'est parfait qui n'a été éprouvé par la dent de la discussion ."

" Certains écoliers agissent comme des écervelés, déploient de la subtilité dans les niaiseries et se montrent dénués d'intelligence dans les choses capitales . Pour ne point paraître avoir perdu leur temps, ils assemblent les feuilles de parchemin, en forment d'épais volumes, remplis d'intervalles blancs à l'intérieur, et les recouvrent d'élégantes couvertures en peau rouges ; puis ils reviennent à la maison paternelle avec un petit sac bourré de science et avec un esprit complètement vide . Mais qu'est-ce que cette science qui peut être dérobée par un malfaiteur, rongée par les rats ou par les vers (termites!) , détruite par le feu ou par l'eau ? La méditation ne convient pas seulement au maître : le bon écolier doit aller se promener le soir sur les bords de la Seine, non pour y jouer, mais pour y répéter ou y méditer sa leçon " .

Voici un objet de réflexion important . Il nous fait apercevoir une des vérités éternelles : C'est que de tous les temps, les mêmes comportements existaient, c'est un impérissable recommencement qui se reproduit inlassablement chez certains écoliers, élèves de nos jours, étudiants .

Essayez de profiter de cette leçon , venant de ces temps mémorables, car c'est le seul moyen de se laisser imprégner profondément par les Savoirs de toute nature et de parvenir à une maîtrise de leurs conséquences et de leurs applications , tendant vers la perfection (!) .

Nous reviendrons souvent sur ce thème porteur de toutes nos espérances , en ce qui concerne votre relation à la connaissance , telle que nous l'envisageons . Bien à vous, Gerboise .