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vendredi 12 juin 2009
Moi et l'Autre, l'Autre et Moi .
En général notre habitude de tout rapporter à nous-même nous empêche de reconnaître et de comprendre les différences, la plupart du temps seulement supposées, superficielles .
" Je n'ay (n'ai, je ne fais pas, je n'ai pas en moi, dans mon esprit ) point cette erreur commune de juger d'un autre selon que je suis . J'en croy (j'en crois, j'accepte) aysement (aisément, facilement) des choses diverses à moy (moi) . Pour me sentir engagé à une forme (à une idée, à une interprétation) , je n'y oblige pas le monde, comme chascun (chacun) fait ; et croy, et conçois mille contraires façons de vie ; et, au rebours (contrairement, à l'inverse) du commun, reçoy (reçois) plus facilement la différence que la ressemblance en nous . Je descharge ( décharge, libère d'une obligation, dispense) tant qu'on veut un autre estre (être) de mes conditions et principes, et le considère en luy-mesme ( lui-même) , sans relation, l'estoffant ( l'étoffant, l'enrichissant, lui donnant de la consistance) sur son propre modelle (modèle, ses propres convictions) ...
Et si, les ayme (aime) et les honore d'autant plus qu'ils sont autres (différant) que moy ."
Michel de Montaigne I, XXXVII, Du jeune Caton .
Si nous refusons d'ordinaire de voir ces différences, c'est pour deux raisons :
-D'une part nous ne voyons point les hommes tels qu'ils sont, mais tels qu'ils se présentent à nous ; nous estimons chacun " tout enveloppé et empaqueté ".
Si nous comparions vraiment un homme à l'âme riche, plein de courage et de jugement, à la " tourbe de nos hommes, servile, basse, instable et continuellement flottante en l'orage des passions diverses " , nous reconnaîtrions qu'entre ceux-ci et ceux-là, il y a plus de distance qu'entre la terre et le ciel . Mais nous sommes incapables de voir l'homme " sans ces eschaces " ( sans ces ~ caractéristiques ~, particularités internes) , nous ne voyons que les aspects extérieurs . Et dès lors, nous oublions les différences essentielles pour les apparentes, " il se présente soudain à nos yeux une extrême disparité qui ne sont différents par manière de dire qu'en leurs chausses " : nous ne voyons pas la vraie disparité (différence) qui est ailleurs mais seulement ce que plus tard la psychologie sociale nommera des stéréotypes (conventions) sociaux .
-D'autre part notre habitude de tout rapporter à nous-même nous empêche de reconnaître et de comprendre les différences .
Il ne s'agit plus tant cette fois d'une distinction comme verticale, d'une hiérarchie, que d'une distinction horizontale . C'est l'esprit de tolérance, délibré des excès de l'égocentrisme, qui ménerait seul à une juste considération des divers styles de vie : " Je n'ay point cette erreur commune ...[voir en tête l'ensemble de la strophe (ensemble cohérent) citée ] ... qu'ils sont autres que moy " .
Sans doute Montaigne parle-t-il ici plutôt de divers styles de vie que de divers naturels ; mais nous savons que derrière ces styles de vie différents, il y a des " formes " naturelles différentes, car les différences entre les hommes intéressent tout leur être .
Nous argumenterons, raisonnerons sur un sujet passionnant : De quelle nature sont donc ces différences entre les hommes, d'après Michel de Montaigne ? Ceci, lors d'un prochain billet .
Cordialement , bien à vous, Gerboise .
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