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vendredi 27 mars 2009

Représenter par le langage: rendre sensible un objet absent, un concept abstrait, une idée,une réalité extérieure , au moyen d'une image, d'un signe .

" Herr Schulze avait été frappé pendant qu'il écrivait . Le Roi de l'Acier était devant sa table, tenant sa plume de géant, grande comme une lance, et il semblait écrire encore ! N'eût été le regard atone ( inexpressif, fixe) de ses pupilles dilatées, on l'aurait cru vivant . Ce cadavre était là depuis un mois ."

Dessin de Léon Bernett pour l'illustration des Cinq Cents millions de la Bégum ,univers fabuleux de Jules Verne ; gravure correspondante parue dans l'édition Hetzel, 1879 .

.

Lorsque nous ne sommes pas en mesure (car irréalisable, impensable, utopique) d'exprimer directement un phénomène psychologique, un sentiment ou une idée abstraite, nous sommes amené à employer ,à utiliser un symbole, une image, dont l'exactitude repose (à pour base, dépend) non sur la ressemblance réelle du signe et de la chose signifiée, mais sur les associations d'idées qui interviennent et servent de lien entre les termes .
Tel est le procédé constamment usité (habituel, utilisé, en usage) dans le langage courant .
Nous prêtons (attribuons, accordons) aux idées :

Un poids : nous disons ,en effet, des idées graves, légères, précises, bien pesées .
Une couleur : nous énonçons souvent des idées claires,lumineuses, pâles, sombres, brillantes, troubles,floues, noires [ voir tout en rose, être dans le bleu, etc.] .
Une dimension : nous exprimons parfois des idées larges, étroites, profondes, générales, globales .
Une localisation dans l'espace : nous définissons des idées élevées, sublimes, terre à terre ( " au ras des pâquerettes " ! ) , centrales , superficielles .
Une qualité de résistance : nous qualifions des idées fortes, solides, inconsistantes ; un cœur dur, tendre .
Des propriétés géométriques : Nous présentons dans certaines circonstances un esprit pointu, carré, un homme rond en affaires, un " cercle " ou une " sphère d'idées " , un esprit à facettes .
Une saveur : nous parlons de pensées amères, douces, fades, de bon ou de mauvais goût .
Une température : nous précisons un cœur chaud, froid, glacé .
Une cohérence : nous qualifions de lucide, pertinente, rationnelle, réaliste .
Une controverse : nous la dénommons subversive, provocatrice .
Une ambition : nous la présentons comme audacieuse, exigeante, hardie .
Une mode : que nous affirmons être nouvelle, originale .

Tels sont les intermédiaires que l'instinct nous fait trouver pour exprimer un phénomène de la vie morale .
Nous pourrions tirer le meilleur parti de tout ce qui précède pour expliquer notre inexplicable sensibilité musicale .

Prenons en exemple divers chemins qui nous conduirons vers certains aspects des Arts et des Sciences .

Dans le langage artistique de la poésie,de la musique, se multiplient et se développent ces images . La responsabilité habituelle du poète, du musicien, n'est pas d'inventer des sentiments, mais de traduire avec des formes plus imagées des états affectifs communs .
Victor Hugo ne connaît pas la vie de l'âme mieux que Racine ; nous pouvons dire cependant qu'il est plus grand poète que Racine, parce qu'il a plus d'images . Les images ne sont pas tout, il s'en faut ! dans la poésie ; mais elles ont une importance capitale . Prenez le texte d'une pièce de théâtre en vers ou une page de grande éloquence ; dépouillez-là de ses métaphores : il ne restera qu'un squelette !

Dans l'activité musicale, l'expression se fait avec des sensations sonores et non avec des concepts, mais le procédé n'est-il pas souvent le même ? ces sensations sonores [sortes d'images réalisées] n'ont de valeur " imitatives " que par les associations d'idées qu'elles éveillent .

Est-ce possible de nous représenter Chopin improvisant au piano, sous le coup d'une grande émotion, un nocturne ou une ballade ? : il domine sa sensibilité ; le problème qui se pose à lui [problème qu'il résout sans effort, et d'instinct parce qu'il a du génie] c'est de créer avec les sons, une forme plastique ( malléable, souple) capable de représenter ce qui, par nature, répugne ( rebute, déplaît) à toute forme plastique . Il supprime ainsi, l'antinomie ( contradiction, incompatibilité) du monde moral et du monde sensible ; il projette l'âme dans un système de formes ; il fait une sorte de miracle qui nous étonne - mais par des procédés dont on peut dire à la fois qu'ils n' " imitent " rien[directement] et qu'ils peuvent tout " imiter " [indirectement] . Considérée au point de vue de l'expression, la musique serait une suite de métaphores constituées avec des sensations et non des concepts .
Tantôt le compositeur traduit en métaphores ( images, comparaisons) musicales des sentiments ou des objets connus de lui et de l'auditeur; tantôt il traduit des sentiments connus de lui seul et dont il ne juge pas à propos de nous donner l'indication précise ; tantôt enfin il traduit des sentiments dont ni lui ni l'auditeur n'ont la claire notion, parce qu'ils sont à peine conscients .

Nous n'en avons pas fini avec ces types de représentations figurées mais réalistes, dont nous poursuivrons l'analyse dans de prochaines pages .

Bien à vous, Gerboise .

mardi 24 février 2009

Quelques réflexions pertinentes lors de l'édification d'un texte,qui doivent traverser l'esprit pour ajuster subtilement son sujet sans se disperser.

Lors de l'élaboration, de l'organisation d'un texte, il est irréalisable, illusoire de commencer par la perfection et les premières conceptions et productions engendrées, sauf par des hasards heureux, sauf dans ces moments où les idées arrivent exactement informées et équipées, ainsi que des fragments du futur qui seraient les hôtes du présent, les premières ébauches seront toujours confuses, maladroites et difformes . Ici, il y a du trop et de fausses richesses, qu'il faudra émonder . Là , des lacunes ; l'esprit a passé sans transition d'une idée à l'autre . Ici, c'est une phrase banale, issue de la mémoire et qui remplace ou qui attend une formule neuve, dont elle n'est que la figure .
Trop d'abondance, de volume superflu, qui ne sert à rien, trop de sécheresse, de faux pleins et de grands vides, voilà l'état de ce premier jet . Pour donner à ces pages leur équilibre,leur élégance significative, il faudra bien chercher un caractère prépondérant, caractéristique et, tant que nous serons soumis aux lois du langage, ce caractère s'exprimera dans une formule concise et sobre. C'est un préalable indispensable ! L'acte et l'art d'exprimer efficacement sa pensée, c'est de conduire l'expression de ses idées sur un point précis, la capacité de discerner l'essentiel et la volonté de s'y tenir ; par conséquent, de faire des sacrifices . Précision veut dire bien sûr, évidemment, d'accepter les sacrifices des éliminations et de l'abstraction !

Bien à vous, Gerboise .

lundi 19 janvier 2009

LIRE, déchiffrer, prendre connaissance en vue de connaître et de comprendre, et ECRIRE, consigner, laisser une trace indélébile pour les autres (*)

(*) et pour les générations futures .

La caractéristique, la particularité, la spécificité de l' ÉCRITURE, c'est qu'elle nécessite d'être lue . Mais, comme le milieu, [ notre univers , tous les contextes, les objets, les êtres , que nous pouvons avoir sous nos regards, ceux qui nous interpellent] , que nous avons sous les yeux, le même livre, le même document , offre également au regard une infinité de " perspectives " (contextes) possibles qui varient (qui changent de signification) selon la direction de notre attention, de notre environnement matériel et humain , nos intérêts et nos goûts, de la profondeur et la délicatesse de notre esprit du moment .

Le prodige (cet événement extraordinaire, ce miracle) , le mystère (ce qui est inconnu, caché, presque inaccessible à la raison humaine) de l'écriture, c'est donc de réussir à capter la vie même de la pensée au moment où elle s'en échappe, s'en dégage, d'où elle émane, mais de telle manière qu'elle puisse recommencer une carrière toujours nouvelle, comme cela arrive à la musique, dont nous pouvons dire qu'on ne l'épuise jamais et que, pour essaimer, se propager, se disséminer, " faire tache d'huile " , en quelque sorte se répandre, il faut que, chez celui qui la joue et chez celui qui l'écoute, elle reçoive toujours une interprétation différente, qui ne coïncide pas toujours avec celle de son auteur, et qui y ajoute indéfiniment .
Ce qui est vrai aussi de l'auteur lui-même , quand il se remet en présence de cette œuvre qu'il a faite une fois pour toutes (sauf parfois, pour certains ouvrages, où une nouvelle édition " revue et corrigée "est publiée) et qu'il n'achève jamais de découvrir lorsqu'il en reprend connaissance en d'autres lieux et d'autres circonstances .

Quand nous affirmons : vous devez (il faut) lire ,vous êtes tenu de prendre connaissance de cet ouvrage, vous avez tort de penser qu'il s'agit d'une même opération à laquelle tous les hommes peuvent être conviés et qui pour un moment les égalise . Car nous ne lisons jamais le même livre , nous ne le lisons pas avec le même regard, le même état d'esprit, nous n'y voyons pas les mêmes choses, les mêmes significations, nous n'en tirons pas les mêmes leçons, nous n'en parlons pas dans le même langage . Certains y cherchent certains faits, d'autres certaines idées, une majorité de simples émotions en vue de comprendre le monde et la pensée " dans le vent de l'époque " . Un petit nombre seulement rencontrent la pensée de celui qui a construit le message, qui a voulu nous livrer quelque chose de précis . Les plus nombreux y découvrent, comme dans les reflets d'un plan d'eau agité , une image de leurs préoccupations, de leur philosophie de la vie, de leurs impressions, de leurs projets, de leurs spéculations . Ces dernières valent tantôt moins et tantôt davantage . Elles déterminent en même temps leurs faiblesses et leurs forces .

Nous poursuivrons notre investigation " du lire et de l'écrire " car ce sujet se situe au sein même de nos préoccupations .

A bientôt, bien à vous, Gerboise .

dimanche 4 janvier 2009

L'écriture et la lecture: Le propre d'un écrit doit être de solliciter l'activité de la pensée plutôt que d'en dispenser, de...(*)


(*) ...de proposer la recherche et non l'acquisition .


Les caractéristiques de l' écriture ont évolué depuis les premiers caractères cunéiformes des grands empires de la Mésopotamie tracés sur des tablettes d'argile [voir ci-dessus] .

L'écriture fournit un exemple excellent de ces outils créés par l'homme, qui s'enrichissent avec le temps de tous les perfectionnements que l'usage impose ou suggère . Des premiers signes gravés jadis sur la pierre, aux caractères que nous imprimons aujourd'hui sur le papier, il y a un progrès, qui n'est pas seulement matériel .
Nous savons qu'avant d'écrire des mots, les hommes ont commencé par écrire des idées . L'image, le schéma, a été d'abord employé comme un signe des objets .
L'époque de l'invention de l'écriture, peut être regardée comme un moment critique dans l'histoire de l'esprit humain . Elle a permis de matérialiser la pensée et de réaliser une extériorisation de la mémoire . Sans elle, l'humanité aurait ressemblé à un homme qui ne se souviendrait pas du " tout " (de la totalité) , ou, ce qui est pis, peut-être, se souviendrait inexactement de ce qu'il aurait fait la veille .

L'écriture est la mémoire solide du genre humain .

Sachant ce que nous faisons et d'où nous venons , nous pourrons le jour opportun, à tout moment dans le futur, savoir où nous allons , et ce que nous devons faire, réaliser pour parvenir, à partir de ces écrits, à progresser, à nous intégrer pleinement dans toutes les situations ! . L'écriture a permis surtout , à l'humanité, d'avoir la possibilité de conserver les observations, les découvertes, les inventions ou les réflexions des hommes exceptionnels dans les techniques, dans les sciences et dans les arts .

La spécificité de l'écriture, c'est qu'elle requiert, demande logiquement, sa propre lecture .

Cependant, au même titre que les divers milieux que nous avons sous les yeux, le même écrit offre au regard, à notre entendement, une infinité de perspectives, d'éventualités, d'éclairages possibles qui varient, évoluent selon la direction de notre attention, nos intérêts et nos goûts, la profondeur et la délicatesse de notre esprit du moment , les orientations de notre conscience, de notre audace morale et intellectuelle , de notre santé !

Le prodige de l'écriture, c'est donc de réussir à capter l'existence même de la pensée au moment où elle s'échappe, mais de telle manière qu'elle puisse recommencer une activité toujours nouvelle, comme cela arrive à la musique, dont on peut dire qu'on ne l'épuise jamais et que, pour se répandre, chez celui qui la joue et celui qui l'écoute, elle reçoive toujours une interprétation différente, qui ne coïncide pas toujours avec celle de son auteur, et qui y ajoute indéfiniment . Ce qui est vrai aussi de l'auteur lui-même quand il se remet en présence de cette œuvre qu'il a faite une fois pour toutes et qu'il n'achève jamais de découvrir en la relisant .

Quand on dit : " Il faut lire ce livre ", on a tort de penser qu'il s'agit d'une même opération à laquelle tous les êtres humains peuvent être conviés et qui pour un moment les égalise . Car on ne lit jamais le même livre (le même écrit) , on ne le lit pas avec le même regard, on n'y voit pas les mêmes choses, on n'en tire pas les mêmes leçons, on n'en parle pas dans le même langage .

Les uns y cherchent certains faits, les autres certaines idées, d'autres de simples émotions (provocations de l'esprit) . Un petit nombre seulement rencontrent la pensée d'un autre . La plupart y découvrent, comme dans un miroir, une image de la leur, qui vaut tantôt moins et tantôt davantage, et qui mesure à la fois sa faiblesse, sa vulnérabilité et sa force, sa vigueur .

A bientôt vous lire, peut-être ? Bien à vous, Gerboise .

dimanche 28 décembre 2008

Premières clartés du matin : des langages ; les discours et les écrits ; l'expression orale et la communication écrite .

Quand nous exprimons cette pensée (vérité [?] remarquable brièvement énoncée), cette maxime (insiste sur la valeur du fond de la pensée qui peut servir de règle pour un art, une science , et dans la vie pratique) , cette sentence (a surtout rapport à l'expression, sous une forme ramassée, d'une opinion, d'une pensée ou d'une maxime) , cette soi-disant " vérité ", lorsque nous clamons que :

" les paroles s'envolent, mais que les écrits restent ",

c'est souvent pour les déprécier, les rabaisser toutes les deux . Puisque l'écriture est dans cette éventualité une sauvegarde et une précaution contre les excès, les abus que l'on peut faire de la parole par imprudence, par légèreté ou par intention de tromper, de circonvenir (agir auprès de quelqu'un avec ruses et artifices pour le déterminer à faire ce qu'on souhaite de lui) . L'écriture devient alors un artifice de scribe (de greffier, de gratte-papier !) qui ôte ses ailes à la parole et l'enchaîne à la terre . Il ne faut pas passer sous silence les questions de Faust à Méphistophélès (Faust: Poème dramatique de Goethe, 1808, dans lequel Faust, entre Méphistophélès qui s'est juré de le réduire à l'animalité, et Dieu, qui lui laisse les moyens d'assurer son salut par ses seules forces, il apparaît comme le symbole de la condition humaine et de son écartèlement permanent entre le bien et le mal) :

" Quoi, tu me demandes une signature, pédant ? (prétentieux) N'as-tu donc jamais eu affaire à un homme, à la parole d'un homme ? La parole meurt en passant par la plume ."

Cependant, la sagesse de Confucius nous apprend à nous méfier :

" La mémoire la plus forte, la plus intense, dit-elle, est plus faible que l'encre la plus pâle " .

Écrire, rédiger des idées, c'est choisir, opter parmi les possibles en vue de construire du sens, c'est prendre possession de certains d'entre eux, c'est promettre de les réaliser beaucoup mieux que par la parole, le discours, qui reste presque toujours un essai, une tentative, et a besoin de se redoubler et de se confirmer elle-même pour devenir un engagement, une obligation . Quand l'écriture fixe l'instant, c'est toujours pour l'enchaîner à d'autres instants, comme la parole dans le serment : mais la signature est le sceau du serment . Dans cet engagement, cette promesse, cette résolution, la parole apparaît toujours comme ayant un caractère de solennité : elle cesse d'être un jeu (une action, un acte) fugace, fragile . Nous voulons qu'elle nous lie, nous engage . La parole est un acte spontané qui ne peut pas toujours être repris, modifié ; la signature y ajoute un acte nouveau que nous inscrivons dans les choses par lequel nous nous interdisons en effet de la reprendre .
Si l'écriture est une parole qui, au lieu de s'évanouir (disparaître, se dissiper sans laisser de traces) avec l'instant qui l'a produite, se fixe (s'ancre) dans la durée (espace de temps que dure une chose, un événement) , elle est à la parole ce que la durée est à l'instant (moment très court) . Car l'instant de la lecture n'est point le même que celui de l'écriture . De telle sorte que cette écriture qui, malgré le temps écoulé, a franchi sans changement l'intervalle (distance d'un temps ou d'un lieu à un autre) qui sépare les deux instants, a montré par là qu'elle devait surpasser (aller au-delà ...) toutes les préoccupations (ce dont on a souci, ce dont il convient d'avoir du souci, ce qui occupe fortement l'esprit) de l'instant . Car tout ce qui est né de l'instant n'a de sens que pour l'instant et doit périr (prendre fin, disparaître) aussi dans l'instant . Il en est du livre comme des contrats que l'on signe pour s'engager ; et il valait mieux ne rien écrire que de renier (désavouer) aujourd'hui ce que l'on avait écrit la veille, pour recommencer demain une tentative (démarche) aussi vaine, vouée (destinée irrévocablement) d'avance au même sort .
On ne s'étonnera donc pas de la puissance presque surnaturelle que les scribes (employés aux écritures) ont toujours exercée .

Ceux qui écrivent laissent toujours un monument plus durable que ceux qui agissent et qui ont besoin d'eux pour être capables de survivre .

Bien à vous, Gerboise .

dimanche 21 septembre 2008

Eléments de l'inspiration: "souffle créateur" qui anime tout être qui réfléchit aux arts et à la science; idée, résolution spontanée, soudaine (*).


(*) suite du mercredi 10 Septembre 2008 . Nous poursuivons nos réflexions interrompues ce jour-là .

Les choses usuelles ; les connaissances techniques, la nature et ses merveilles, les animaux et le miracle de leur instinct, les hommes et leur activité illimitée, offrent d'amples réservoirs de connaissances, tous féconds pour l'observation et l'élaboration subconsciente des images .
La plupart de ceux à qui échoit ( échoir : être dévolu, attribué par le sort ou par le hasard) le privilège de manier quelque instrument professionnel, méconnaissent l'appoint que leur fournit ce modèle ami de leur destinée . Faute de réflexion , ils échouent à l'envisager tel qu'il est : un admirable moyen d'éducation générale menant de front la pensée et l'action .
Diverses théories philosophiques émises à presque toutes les époques, ont conclu de l'impossibilité de parler à l'impossibilité radicale de penser . Or nous ne saurions sans muscles proférer un son . La contribution primordiale des serviteurs musculaires à notre vie de relation est ainsi mise en lumière, ils apparaissent comme le pivot de tout ce que nous nous approprions de précieux : notre richesse sentimentale et notre clarté intellective . Adieu le muscle, adieu le mouvement et la sensation qui naît de lui, adieu la substance même de l'émotion et l'aliment subtil de nos cogitations .

La logique rationnelle dont nous sommes si fiers est elle-même fille de la technique, première discipline imposée à l'esprit par la rigueur imbrisable des faits .
Combien erronée la supposition que l'on peut intervertir l'ordre naturel des facteurs pédagogiques et négliger le primat concret des sens pour mieux s'adonner à la culture intensive de l'abstrait choisi en lui-même et pour lui-même .
La profondeur, la génialité des facultés abstraites s'inspirent toujours de la justesse de l'observation . Tant vaut le point de départ, tant vaut le point d'arrivée .

L'esprit ne saurait être envisagé comme une entité indépendante du corps . Tributaire des sens et partant du muscle, la conscience reçoit de ces intermédiaires des données essentielles . Sur la toile de fonds qu'est le jeu musculaire, l'ébat de nos cinq sens vient dessiner de captivantes arabesques . C'est ainsi que le sport, physiologiquement compris et dépouillé de la vanité des records, ou des erreurs d'excès, se révèle un moyen d'éducation des réflexes, un stimulant pour l'auto-culture et l'enrichissement psychologique, voire littéraire .
Monsieur Henry de Montherland leur doit, pour ne citer que celui-là, la meilleure part de son inspiration .

Partout dans l'enseignement officiel, des esprits avisés crient haro (dénoncer à l'indignation de tous) sur les méfaits de l'abstraction à outrance (exagération) . L'absurdité apparaît manifeste d'un savoir verbal et mnémonique (qui à rapport à la mémoire) , scindé (séparé) de l'expérience sensorielle qui en est la source logique . Faute d'avoir pu apprécier l'équivalent olfactif du terme " vireux " (vénéneux) un sujet l'appliquera sa vie durant au rebours de sa signification . La lésion des contresens littéraires n'a pas d'autre origine . Tout intellect privé du point d'appui expérimental, imagine en dehors du réel et par là se fausse irrémédiablement .

Plus d'observation, plus de vérité . C'est donc aux faits qu'il faut revenir, c'est à la réalité qu'il faut puiser . Au XVIIe siècle Bacon le disait déjà et Galilée avant lui, et plus tard tant d'autres encore . L'expérience est la loi, le " Fiat Lux " de tout savoir .

Éduquons nos sens , puisqu'ils nous approvisionnent de richesses intérieures tant émotives que rationnelles . Procédons à une sympathique enquête à travers la nature et le monde animal . Nous nous verrons assiégés tout aussitôt de réflexions innombrables, envahis de suggestions inattendues, pressés, intrigués par de multiples rapports où les disparités et les ressemblances s'accuseront comme deux taches très vives . Notre sens causal s'éveillera, notre intérêt s'aiguisera, et le monde, selon l'aphorisme de Shopenhauer, n'étant en définitive que notre représentation, celle-ci craquera de toutes parts, se dilatera à la mesure illimitée des nouveautés appréhendées . Hors du viel Adam qui sommeille en nous, l'homme nouveau surgira, le surhomme naîtra que l'humanité se doit peut-être de connaître un jour .

L'écueil ( le danger, l'obstacle) de cette méthode serait de conduire par pléthore (excès) de la matière observable, à la dispersion de l'esprit . Mais ce danger se pallie aisément puisqu'il nous est donné de pouvoir limiter l'incontinence naturelle de l'attention, et qu'il est toujours loisible de circonscrire à l'avance, le choix délibéré des sujets d'observation .

Séjournez-vous à la campagne ? Tracez-vous un plan d'études prévoyant pour chaque jour une musardise ( petite promenade en flânant) à travers champs . Destinez-en l'emploi à la perception allègre ( leste, enjouée) et profonde de tout ce qui tombe sous l'un de vos sens, mettons l'ouïe pour la circonstance . Vous comparerez entre eux les sonorités, les crissements, les milles rumeurs et frôlements qui trahissent l'existence des êtres et des choses . Les éléments, le vent, la pluie, le soleil, l'orage ; les animaux, la chouette qui hulule, la grenouille qui coasse ; les voix humaines ; la fraîcheur des timbres enfantins, le ahan (halètement) fourbu du laboureur haletant ; tout se nuancera ( précisera, distinguera) à l'infini pour l'oreille attentive, accumulant des réserves d'impressions prêtes à se muer ( transformer, métamorphoser) tôt ou tard en images littéraires .

Personne ne rit, chante ou pleure avec le même ton dans l'émoi, le même diapason dans la douleur, la même euphorie dans la joie . Il suffit d'observer avec volonté, avec rigueur, avec passion pour moissonner d'inépuisables gerbes où plus tard le souvenir fera son tri, artistement. Dans le plus humble des hameaux, chaque crépuscule, chaque aurore, découvre aux sensibilités tendues, de vierges Amériques inexplorées et tentantes . A nous de stimuler cet appétit sain de la beauté pittoresque ou formelle qui gît enclose au cœur de tout, car il n'est pas de laideur qu'elle ne sache dorer d'un reflet occasionnel . Après avoir ouvert nos oreilles pour mieux entendre, ouvrons aussi nos yeux pour mieux voir .

Ce que l'on aura fait pour l'ouïe, qu'on le fasse pour la vue, l'odorat, le toucher, le goût, etc.
Le choix préalable d'un sens ou d'un ordre de faits n'a rien d'arbitraire . Il introduit l'unité dans la diversité, imprime à la Réalité cahotique le sceau d'une synthèse intelligente, préserve l'attention d'une fatigue papillotante, et provoque dans une direction donnée l'établissement d'une échelle de valeurs .

L'analyse uni-sensorielle canalise en un multiple réseau les sensations de même type qui se coordonnent chacune à notre conscience, y trouvent une place, y reçoivent un nom, s'y colorent d'une harmonie plus vivante, vibrant des résonances qu'elles éveillent au fond de notre âme, s'éclairant d'une qualité intellectuelle que suscitent leurs relations à nos perceptions passées . Une classification basée sur l'exercice d'un sens unique, entraîne les plus heureux résultats, à condition que soit variée, lors de chaque expérience, l'unité de mesure ou plus explicitement, le sens type auquel nous rapportons les observations colligées ( assemblées, réunies) . Aucune dissociation sèchement abstraite n'affirme à ce degré le discernement, ne porte à ce même apogée le goût de l'observation patiente, le besoin de la précision loyale, l'aptitude à la nuance subtile et, partant, l'horreur de l'épithète gauche ou ambiguë, vide ou erronée .

Illustrant d'exemples l'inévitable sécheresse d'un exposé théorique, nous allons produire quelques citations où la théorie soutenue apparaîtra sur le vif . Elles aideront à la démonstration et éclaireront d'évidence la pénombre éventuelle de nos explications .

Voici tout d'abord de Chateaubriand, la description d'une tempête relatée de souvenir, où se retrouve avec le relief évocatoire de l'émotion, l'effervescence écumeuse de la sensation nue .

" J'avais passé deux nuits à me promener sur le tillac au glapissement des ondes dans les ténèbres, au bourdonnement du vent dans les cordages et sous les sauts de la mer qui couvrait et découvrait le pont : c'était tout autour de moi une émeute de vagues . Fatigué des chocs et des heurts à l'entrée de la troisième nuit, je m'allais coucher . Le temps était horrible . Mon hamac craquait et blutait aux coups du flot qui, crevant sur le navire en disloquait la carcasse . Bientôt j'entends courir d'un bout du pont à l'autre et tomber des paquets de cordages : j'éprouve le mouvement que l'on ressent lorsqu'un vaisseau vire de bord . Le couvercle de l'échelle de l'entrepont s'ouvre : une voix effrayée appelle le capitaine ; et cette voix au milieu de la nuit et de la tempête avait quelque chose de formidable . Je prête l'oreille . Il me semble ouïr des marins discuter sur le gisement d'une terre . Je me jette à bas de mon lit : une vague enfonce le château de poupe, inonde la chambre du capitaine, renverse et roule pêle-mêle tables, lits, coffres, meubles et armes ; je gagne le tillac à demi noyé .

~En mettant la tête à l'entrepont je fus frappé d'un spectacle sublime . Le bâtiment avait essayé de virer de bord ; mais n'ayant pu y parvenir, il s'est affalé sous le vent .A la lueur de la lune écornée qui émergeait des nuages pour s'y replonger aussitôt, on découvrait sur les deux bords du navire à travers une brume jaune, des côtes hérissées de rochers . La mer boursouflant ses flots comme des monts, dans le canal où nous nous trouvions engouffrés ; tantôt ils s'épanouissaient en écume et en étincelles ; tantôt ils n'offraient qu'une surface huileuse et vitreuse, marbrée de taches noires, cuivrées, verdâtres, selon la couleur des bas-fonds sur lesquels ils mugissaient . Pendant deux ou trois minutes les vagissements de l'abîme et ceux du vent étaient confondus ; l'instant d'après on distinguait le détaler des courants, le sifflement des récifs, la voix de la lame lointaine . De la concavité du bâtiment sortaient des bruits qui faisaient battre le cœur des plus intrépides matelots . La proue du navire tranchait la masse épaisse des vagues avec un froissement affreux ; et au gouvernail des torrents d'eau s'écoulaient en tourbillonnant, comme à l'échappée d'une écluse . Au milieu de ce fracas rien n'était aussi alarmant qu'un certain murmure sourd pareil à celui d'un vase qui se remplit ...

~Un essai restait à tenter : la sonde ne marquait plus que quatre brasses sur le fond de sable que traversait le chenal ; il était possible que la lame nous fît franchir le banc et nous portât dans une eau profonde : mais qui oserait saisir le gouvernail et se charger du salut commun ?
~Un faux coup de barre, nous étions perdus ...
~Un matelot de New-York s'empare de la place désertée du pilote . Il me semble encore le voir en chemise, en pantalon de toile les pieds nus, les cheveux épars et diluviés,tenant le timon dans ses fortes serres, tandis que la tête tournée il regardait à la poupe l'onde qui devait nous sauver ou nous perdre .
~Voici venir cette lame embrassant la largeur de la passe, roulant haut sur elle-même, ainsi qu'une mer envahissant les flots d'une autre mer ; de grands oiseaux blancs au vol calme la précèdent comme des oiseaux de la mort . Le navire touchait et talonnait . Il se fit un silence profond, tous les visages blêmirent . La houle arrive : au moment où elle nous attaque, le matelot donne le coup de barre . Le vaisseau près de tomber sur le flanc présente l'arrière et la lame qui paraît nous engloutir nous soulève . On jette la sonde, elle rapporte vingt-sept brasses . Un hourrah monte jusqu'au ciel . "

Il sera bon de noter combien dans ce récit les expressions descriptives, loin d'être juxtaposées à la sensation font corps avec elle , apparaissent fondues, chevillées, unifiées aux impressions auditives et visuelles . A noter aussi le changement des temps verbaux, l'emploi du présent à diverses reprises rendant imminente, plus angoissée la notion du péril .

Comparons maintenant le précédent extrait à la facture de Charles Maurras, dans Anthinéa ; nous y reconnaîtrons un même contingent impressif mais l'ambiance va varier, un intellect avide s'en empare pour l'étirer, le laminer, le filigraner de pensée . Ce que nous livre finalement ce cerveau d'élite semble déjà du transformé, une sorte d'équivalent du chyle ( suc formé dans l'intestin grèle) par rapport à l'aliment brut . Mais voici la citation, qu'on en juge . Il s'agit d'une description de la ville de Florence .

" Aussi quand Florence véritable apparut, l'effet de ma surprise ne fut pas médiocre . A l'angle d'une rue obscure qui débouchait sur une place vivement éclairée, j'ai senti comme un coup au cœur la gravité, la force et la majesté florentine . Quel visage sévère, dur, aux traits anguleux et profonds me montra le génial toscan ! D'âpres maison de pierre nue, de hautes façades aveugles, sombres, mortes à tout, brisant ou lassant le regard, hostiles au mouvement de la curiosité, et enfin presque menaçantes : ce sont les palais de Florence . Des points de fer sortent du mur de place en place . Il paraît que jadis on fixait là-dedans des torches . Mais on les dirait tendus contre le passant . Aucune autre saillie . Et des portes épaisses de bois dur ou de fer massif, couvertes de dessins farouches souvent parsemés de gros clous d'un métal qui ne brille pas ."

La sensation primitive se soumet ici au service d'une émotion plus élaborée, se sous-tend à une pensée plus abstraite et cette description que nous regrettons d'écourter dans ce billet, pourrait illustrer tout autre face de la perfection littéraire, , tant apparaît harmonieux le dosage de ses diverses composantes .
La norme intellectuelle revient donc à fabriquer de l'abstrait avec du concret . Inutile d'éluder ou de rechercher des variantes . Il faut se l'adapter ou se résoudre à ne rien produire . On ne commande à la nature qu'en se soumettant à ses lois . Certes il n'est pas assuré que la cargaison adroitement happée par la conscience élabore, un jour, idées ou sentiments, mais le fait apparaît évident que là où il y a production il y a transformation par l'esprit d'une donnée brute ou concrète, la sensation jouant le rôle de boute-feu littéraire .

Si nous recommandons de vivre en symbiose avec l'univers concret, c'est que la sensation vécue s'atteste pour l'esprit une sorte de Jouvence qui constamment le retrempe . La fâcheuse illusion qui consiste à se suralimenter, par voie exclusivement livresque, des sensations d'autrui est un facteur d'appauvrissement mental . Le style est un outil enchanté, serviteur des seules mains qui ont su le forger, il requiert d'être élaboré par chacun avec les matériaux les mieux appropriés à son équation personnelle .

Au rebours de l'abstraction qui souvent dessèche la veine littéraire, anémie l'esprit qu'elle gave, l'ébat dans le concret fortifie et enrichit l'intellection . Multiplions donc les expériences . Nous croyons souvent à une perte de temps, impuissants que nous sommes à suivre le lent cheminement de l'impression au souterrain de l'inconscient, car c'est en lui que s'accumule le "vaste sédiment" des perceptions qu'il nous restitue, à son heure, suivant ses dons, si nous savons favoriser le processus alchimique au fond de ce vivant athanor .

La fonction vitale de l'esprit littéraire consiste à appréhender le contenu concret pour le dissocier et l'informer en combinaisons imaginatives, selon un mécanisme psychique, si l'on peut dire . Un esprit entraîné à une connaissance précise des nuances sensorielles, habitué à soupeser la variété des résistances et des élasticités, accoutumé à évoquer le mot le plus idoine ( qui convient parfaitement) pour signifier le dégradé des lumières, un esprit exercé aux différenciations tactiles, aux particularités auditives, aux dissociations des complexes de saveur ou de senteur ; un tel esprit acquerrait d'emblée une acuité ( caractère intense) et une pénétration bouleversantes .

Mais le sondage laborieux du réel, son investigation patiente, le souci de se constituer un terrain primaire, base du futur envol pour des talents éventuels, tout exige que nous explorions les gisements les plus divers, inhabiles que nous sommes à détecter, dès l'abord, les mines susceptibles de valoir à notre inspiration les plu précieuses pépites . Il s'agit ici, la chose va de soi, de se familiariser avec le monde phénoménal , ce réactif de la sensibilité trop méconnu de la pédagogie contemporaine . Qu'on ne nous impute surtout pas de vouloir orienter les esprits vers de multiples disciplines .
Nous désirons tout simplement insuffler chez nos lecteurs, le désir de s'instruire et surtout de dominer, de comprendre le savoir en acquérant une "disposition d'esprit", une présence d'esprit qui guide et mène à la possession d'un esprit critique de bon aloi .

Tout ce qui précède mérite " réflexions " ! Qu'en pensez-vous ? Bien à vous, Gerboise .







mercredi 10 septembre 2008

Eléments de l'inspiration : "souffle créateur"qui anime tout être qui réfléchit aux arts et à la science; idée, résolution spontanée,soudaine.



Les impressions
:( première partie) c'est à dire les effets qu'une cause produit sur une personne, ici , les sensations éprouvées . 

Il est nécessaire d'admettre que toutes modification , toute amélioration introduite à dessein dans le ~complexe~ d'un Être humain , modifiera, améliorera, par voie de conséquence, la teneur et la valeur même du comportement en ce qui concerne la façon de s'exprimer dans son écriture et parfois oralement . Cet aspect remarquable de l'expression par le langage écrit, ou " style " : rapport privilégié et personnel des tournures liant les manières de dire et le contenu , cette manière particulière de traiter la matière et les formes dans la réalisation de toute œuvre d'art , cette manière personnelle d'agir, de se comporter , est la caractéristique la plus profonde qui va le caractériser toute sa vie . Ce signe distinctif de la personne pourra évoluer dans le temps , bien sûr, mais "comme une marque de fabrique" ces caractères imprégneront , pénétreront et influenceront cet "Être" de la même manière que son éducation l'a imprégné de certaines croyances, de préjugés, donc d'idées reçues, toutes faites , très difficiles à métamorphoser et même à évacuer .
Lorsque l'on considère avec soin ces deux facteurs, modification et amélioration , une difficulté surgit car ils n'apparaissent pas toujours solidaires en pratique . Des hommes de valeur médiocre, mais ayant reçu en partage le don charmant d'écrire, ne donnent-ils pas le fréquent spectacle d'une insignifiance habile à s'épancher en phrases mélodieuses ?

A l'encontre de ceux qui savent, mais se taisent, faute d'aptitude à s'exprimer, une foule de "petits grands hommes"( !) vont vaticinant (prédisant, prophétisant, déraisonnant) sur toutes choses, tranchant par-ci, rognant par-là, concluant avec aplomb ( assurance) sur les sujets les plus étrangers, les plus notoirement inaccessibles à leur compétence .
Toute objection visant l'opportunité d'une pédagogie stylistique se résout d'elle-même, puisque dès le début, nous avons tenu pour indispensable un minimum d'innéités ( dispositions naturelles) . Là où manque le muscle , l'exercice devient impraticable ; là où fait défaut l'embryon d'une faculté, aucun entraînement ne saurait s'effectuer . Il y faut au moins le germe ( la semence, le point de départ) , la vague étoffe d'une tendance et pour chétive ( dérisoire) que soit celle-ci, sa culture en deviendra légitime, plus que cela encore nécessaire .
Quelle qu'en soit la forme, toute réalisation d'écriture s'appuie sur une idée à orner, sur un fait à décrire, sur une substruction ( base, fondement, structure initiale) à édifier . Or c'est le plus souvent cette substance mère (originelle, nourricière) qui fait défaut ."On se tirerait fort bien d'écrire" , disent certains, si l'on savait au juste quoi dire .
Cette déficience ( défaillance) , cette carence (absence) de l'idée inspiratrice, par quels moyens la combler ?

Toute idéologie, de la plus banale à la plus élevée, repose sur un substrat (ce qui sert de support stable à une existence, à une action) d'observation , de réflexion et d'imagination , celle-ci se résorbant ( résorber : disparaître progressivement, se fondre dans ...) finalement en celle-là . L'imagination revient, en dernière analyse, à dissocier, à fragmenter les données de l'observation . Issue de cette dernière, la puissance créatrice vise à élaborer du nouveau avec de l'accoutumé (habitude), à brocher (relier, exécuter à la hâte) des variantes neuves sur un réel usagé, à tisser une trame où des éléments connus empruntent une originalité au regroupement artificiel des facteurs .
Tout remontant à une source commune : l'observation , c'est elle à n'en pas douter qu'il faut édifier (construire), affiner (perfectionner) , enrichir d'apports multiples puisés à toutes les sources de la connaissance .

Celles-ci sont de trois sortes bien distinctes : d'abord celles ressortissant du mode concret (positif, visible) , puis celles qui agissent en mode émotionnel (affectif)  , et enfin celles qui sont dispensées par le savoir abstrait (théorique, conceptuel).
Au mode concret correspond l'observation exclusivement sensorielle . Au mode émotionnel l'esthétique et ses ramifications : poésie, etc ... Au savoir abstrait, la culture générale et les lectures en particulier .
Il s'agit donc, pour chacun de nous, d'œuvrer en vue de notre expansion individuelle et d'exploiter, par un appel constant aux disciplines afférentes ( qui se rapporte à) , le tribut ( contribution forcée, ce qu'on est obligé de supporter ou d'accorder) d'avantages qu'elles engendrent .
Avant d'aborder de front le stage de cette autoculture, une disposition d'esprit s'impose qui seule en rendra fructueux les efforts . Nous voulons parler de cette intelligence sympathique qui allège la tension de l'esprit, déclanche le processus de l'attention et fixe durablement dans la mémoire les impressions de toute nature . Si la sympathie compréhensive apparaît tel un vaste portique ouvrant l'accès aux notions requises pour l'élaboration de notre structure mentale, la mémoire, sur laquelle nous reviendrons par la suite, s'avère l'indispensable charpente de toute construction viable .
Seule, elle sait capter, préserver et utiliser à toutes fins utiles le butin (les captures) de nos acquisitions aux trois étages du savoir . La sympathie compréhensive mène droit à l'enrichissement intérieur . Les choses de notre milieu, et bien plus encore celles des milieux voisins par lesquels nous devons tenter une rénovation  de nos modes coutumiers, de sentir apparaissent comme autant de réactifs intellectuels et moraux, puissants à nous dépayser, à nous emporter au delà de cette personnalité terre à terre , encroûtée, que nous adoptons à l'accoutumée . Par un louable effort de libération, apprenons à décristalliser ce moi indigent (démuni) , utilitaire et borné ( étroit, à la vue courte, obtus) , tissé de veuleries ( lâcheté, faiblesse) ou de médiocrités ( bassesses, insuffisances) , et qui, faute d'assimilations neuves, d'alluvions originales ( métaphore : matériaux différents , riches, récemment acquis) , va ressassant ( rabâcher, retourner dans sa tête) les mêmes sentiments, les mêmes lieux communs ( banalités) , les mêmes incompréhensions de toujours .
C'est ce moi stagnant, étroit, insuffisant qu'il nous faut dépasser en plongeant de toute notre avidité de connaître dans le vaste univers que nos parcimonieuses oeillères ( ne pas voir certaines choses par étroitesse d'esprit ou par parti pris) ont rétréci à la mesure du moindre effort .

Nul ne saurait écrire sans un fonds personnel de réflexion, sans un prisme de sensations sélectionnées, bagage indispensable à toute personne ayant décidé d'écrire .

Pour nous les constituer sachons faire diversion à l'habitude congénitale ( héréditaire) d'observer mollement ou de sentir au ralenti . Semblables à l'avion qui prend son essor, tâchons de décoller hors des sentiers de pâture, hors des ornières communes, délions ( du verbe délier, se libérer) de nous l'indifférente apathie ( inertie, indolence, passivité) , le lâche désintéressement des réalités ambiantes, et nous pétrissant des coeurs d'Argonautes faisant voile pour la découverte d'inconnues Toisons d'Or . 

L'aventure vous tente-t-elle ? laissez alors que nous en venions au monde concret .

Ces réflexions se poursuivront dans la deuxième partie consacrée à ce théme dans quelques jours . Bien à vous, Gerboise .

jeudi 26 juin 2008

Premières clartés du matin : Courte réflexion sur lesvaleurs .


" La politique, qui est l'art du compromis ( arrangement dans lequel on se fait des concessions mutuelles, chaque interlocuteur abandonnant à son adversaire un point de la discussion) , peut-elle se référer ( se fonder sur) à l'honneur ( à la dignité morale, considération qui s'attache au mérite, à la vertu, aux talents ) , et déjouer ( faire échec à ) les pièges ( dangers cachés où l'on risque de tomber par ignorance ou par imprudence ) des honneurs ? ~ ... notre société est maintenant moins préoccupée de l' Honneur ( bien moral attaché au sentiment d'être digne d'estime ) que des honneurs ( manifestations extérieures) . Elle est une société de représentation ( dans laquelle "on se donne à voir ! " , on se fait remarquer, on se livre aux regards ) plus que de conviction ( de certitude, d' opinion ferme, de détermination ) . L'homme se penche sur les sondages comme Narcisse ( le personnage de la mythologie, l' homme qui se contemple, s'admire, prend plaisir à s'occuper de lui -même ) sur l'eau, pour y chercher le reflet de son image ( celle que les autres ont de lui, non vraiment celle de lui-même , mais celle qu'il veut faire apparaître , et qui ne correspond pas à la réalité). ~ " .

Noël Copin, était depuis 1985 directeur de la rédaction du Journal La Croix . En Mars 1991, il avait publié un important article :Vraies valeurs et fausses monnaies dans un ouvrage des éditions autrement, Série Morales n° 3 , L'honneur . Image de soi ou don de soi un idéal équivoque, ouvrage dirigé par Marie Gautheron . La collection est dirigée par Nicole Czechowski .
Son article, est d'une très grande qualité, à tous les points de vue , et mérite d'être connu . Il y développe un esprit critique qui est un exemple à suivre .

Bien à vous, Gerboise .